Prix Ig Nobel de 2011 à 2014

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sept.
2014
Science

Les prix Ig Nobel (jeu de mot sur ignoble et Nobel) 2014 ont été attribués le 18 septembre dernier. Rappelons qu’ils récompensent des publications ou des travaux scientifiques qui font des recherches inusuelles et imaginatives. Les vainqueurs ont tous fait des choses qui ont d’abord fait rire, puis réfléchir les gens.

Liste des prix 2014 :

  • nutrition : la caractérisation d'une bactérie liée à l'acide lactique, isolée depuis les selles d'un enfant, comme démarreur de culture probiotique pour saucisses fermentées ;
  • psychologie : les couche-tard plus égocentriques, manipulateurs et psychopathes que les lève-tôt ;
  • santé publique : les risques mentaux d'avoir un chat ;
  • médecine : le traitement des saignements de nez incontrôlés par la tranche de porc ;
  • science arctique : la réaction des rennes face à des humains déguisés en ours polaires ;
  • biologie : l'alignement nord-sud des chiens durant la défécation et la miction ;
  • physique : étude des frictions lorsque l'on marche sur une peau de banane ;
  • art : la différence de souffrance à regarder une mauvaise peinture par rapport à une belle peinture, lorsque l'on est pointé par un laser puissant ;
  • économie : la croissance de l'économie nationale en prenant en compte la prostitution, les ventes de drogues, la contrebande et autres transactions financières illégales ;
  • neuroscience : ce qui se passe dans votre cerveau lorsque vous voyez un toast avec un visage de Jésus dessus.

D’abord faire rire puis réfléchir les gens ?

On rappellera, comme l’avait fait Malicia en 2010, que « Andre Geim a été récompensé par le Prix Nobel de Physique 2010 (avec Konstantin Novoselov) après avoir eu une récompense Ig Nobel en 2000 (avec Sir Michael Berry), pour avoir fait léviter une grenouille avec des aimants ». On peut aussi citer le professeur Keller qui a reçu deux prix Ig Nobel en physique en 1999 et en 2012.

Historique

Ces prix sont évoqués depuis plusieurs années sur LinuxFr.org (2001, 2002, 2004, 2005, 2006, 2008, 2010, 2011).

Et puis, ça change des Prix FSF du logiciel libre (Awards for the Advancement of Free Software) (2001 et 2001, 2005, 2008, 2013, etc.), ou même des plus pessimistes Big Brother Awards (2000, 2001 et 2001, 2002, 2003, 2005, 2007, 2009, 2010, 2012 Belgique, 2013, etc.) ou Darwin Awards.

Et en bonus,

comme ça serait dommage d'avoir manqué des avancées scientifiques notables, voici le palmarès Ig Nobel depuis la dépêche précédente :

2013

  • médecine : l'écoute de l'opéra durant la transplantation cardiaque chez les souris ;
  • psychologie : la confirmation que les personnes saoules se pensent séduisantes ;
  • astronomie et biologie : la réorientation des coccinelles perdues par l'observation de la Voie lactée ;
  • ingénierie sûre : la capture et le parachutage automatique de pirates aériens en vol ;
  • physique : la possibilité pour certaines personnes de courir à la surface d'une mare, sur la Lune ;
  • chimie : la complexité inattendue des processus biochimiques entraînant les larmes lors de l'épluchage d'oignons ;
  • archéologie : la cuisson et l'ingurgitation sans mâcher d'une musaraigne et l'étude des selles les jours suivant ;
  • paix : le président du Belarus Alexander Lukashenko pour avoir rendu les applaudissements en public illégal et la police d'État Belarus pour avoir arrêté un manchot pour applaudissement ;
  • probabilité : plus une vache est restée longtemps couchée, plus il est probable qu'elle se lève, et ensuite il est impossible de savoir quand elle va se recoucher ;
  • santé publique : la chirurgie lors de l'épidémie d'amputations de pénis au Siam, sauf dans les cas d'ingurgitation par un canard ;

2012

  • psychologie : se pencher vers la gauche rend la Tour Eiffel plus petite ;
  • paix : l'entreprise russe SKN qui convertit des anciennes munitions en diamants ;
  • acoustique : le brouilleur de communication SpeechJammer, qui vous répète vos paroles avec un délai ;
  • neuroscience : les neuro-chercheurs peuvent mesurer l'activité du cerveau, même sur un saumon mort ;
  • chimie : la solution de l'énigme du pourquoi à Anderslöv en Suède certains cheveux sont devenus verts ;
  • littérature : la « Cour des comptes » (GAO) américaine pour la publication d'un rapport sur les rapports concernant les rapports recommandant l'écriture d'un rapport sur le rapport sur les rapports à propos des rapports ;
  • physique : le calcul de l'équilibre des forces qui s'applique sur une coupe queue de cheval ;
  • dynamique des fluides : la tasse de café durant la marche ;
  • anatomie : l'identification entre chimpanzés en voyant des photos de leur postérieur ;
  • médecine : comment aider les médecins à limiter l'explosion des patients durant la coloscopie.

2011

  • psychologie :
    • l'absence de preuve de la contagion du bâillement chez la tortue charbonnière à pattes rouges ;
    • pourquoi les gens soupirent dans la vie de tous les jours ;
  • chimie : la densité idéale de wasabi aéroporté pour réveiller les gens en cas de feu ou d'urgence ;
  • médecine : la démonstration que les gens prennent des décisions meilleures concernant certaines choses et d'autres plus mauvaises, lorsqu'elles sont pressées d'uriner ;
  • littérature : la théorie de la procrastination structurée ;
  • biologie : le rapprochement de certaines coccinelles avec certaines bouteilles de bières australiennes ;
  • physique : pourquoi les lanceurs de disque deviennent étourdis alors que les lanceurs de marteaux non ;
  • mathématiques : la prédiction de la fin du monde en 1954, 1982, 1990, 1992, 1994, 1999 et 2011 ;
  • paix : le maire de Vilnius pour le traitement du stationnement illégal de voitures de luxe par l'écrasement au véhicule blindé ;
  • santé publique : la conduite sur autoroute lors d'aveuglements.
  • # Erreur de trad

    Posté par . Évalué à 2.

    Petite erreur de traduction je pense pour la psychologie : ce sont les couche-tard et les lève-tôt (et non couche-tôt !).

    "for amassing evidence that people who habitually stay up late are, on average, more self-admiring, more manipulative, and more psychopathic than people who habitually arise early in the morning"

  • # On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde...

    Posté par . Évalué à 8.

    Il y a quelque chose qui me gène dans ces prix. Bien sûr, leurs auteurs ont ajouté l'idée de "qui fait réfléchir", ce qui n'était pas du tout là au départ (en fait, les premières années, c'était plutôt un "worst-of" des journaux scientifiques pourris). Il n'y a qu'à voir le titre "IgNobel", c'est quand même assez violent. De manière générale, il s'agit quand même de se moquer d'études de recherche, pas forcément que de la recherche fondamentale d'ailleurs, qui ne semblent pas "mainstream". C'est sûr qu'avec le deuxième degré, il y a 10 ans, ça aurait été marrant. Mais l'ambiance a radicalement changé ces dernières années, au moins en France, et il existe une part très significative de la population qui iraient bien arracher le mec qui fait léviter les grenouilles de son labo pour lui demander de faire un "vrai boulot".

    Du coup, je me demande si les blagues sur les chercheurs qui font des trucs rigolos qui n'intéressent qu'eux, ça n'est pas comme les blagues sur les étrangers ou les homos : on trouve tous ça super drôle, jusqu'au jour où on se rend compte que le deuxième degré n'est pas forcément évident pour tout le monde. Il y a probablement des gens qui le prennent bien, et qui vont même chercher le prix; mais il y en a certainement d'autres qui le prennent comme une forme d'insulte.

    Malheureusement, j'ai l'impression qu'on vit une époque un peu triste où communiquer autour de l'importance de l'éducation, de l'investissement, de la recherche, de la culture scientifique et artistique, etc., est extrêmement difficile, et que ces efforts peuvent être détruits en quelques secondes avec une blague potache. Il faut bien doser, quoi.

    • [^] # Re: On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde...

      Posté par . Évalué à 8.

      On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde…

      Du coup j'y vois un corollaire, surtout ces dernières années, comme tu dis:
      "On ne peut plus rire de rien sauf avec les gens qu'on connait bien".

      Et oui, c'est triste.

      • [^] # Re: On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde...

        Posté par . Évalué à 1.

        Du coup j'y vois un corollaire, surtout ces dernières années, comme tu dis:
        "On ne peut plus rire de rien sauf avec les gens qu'on connait bien".

        Farpaitement ! Et un corollaire de ce corollaire, puisque le rire est le propre de l'homme, c'est que les politiquement corrects veulent qu'on ne soit des hommes qu'avec les gens qu'on connaît bien (et encore, pas pour longtemps j'imagine, puisque les propos en privé sont de plus en plus accessibles aux oreilles indiscrètes)

        • [^] # Re: On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde...

          Posté par . Évalué à 1.

          c'est que les politiquement corrects veulent qu'on ne soit des hommes (…)

          Et voila, les politiquement corrects vont me tomber dessus, "et les femmes alors ?". Ça m'apprendra à tenir des propos privés en public ;-)

        • [^] # Re: On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde...

          Posté par . Évalué à 1.

          Tu n'as pas compris la citation.
          "on peut rire de tout mais pas avec tout le monde" signifie: je rigole volontiers de tout, mais ça ne me fait plus rire si je vois des idiots qui rient également.
          Aucun "politiquement correct" t'interdit de rire.
          Par contre, le rire diminue, car certains remarquent qu'ils y a de plus en plus de cons dans la salle (et pas parce qu'ils sont interdit par le politiquement correct).

    • [^] # Re: On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde...

      Posté par (page perso) . Évalué à 1.

      Bonne exemple que la lévitation des grenouilles puisque quelques années après, le gars Andre Geim a obtenu un vrai prix Nobel de physique

    • [^] # Re: On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde...

      Posté par . Évalué à 2.

      on trouve tous ça super drôle, jusqu'au jour où on se rend compte que le deuxième degré n'est pas forcément évident pour tout le monde. Il y a probablement des gens qui le prennent bien, et qui vont même chercher le prix; mais il y en a certainement d'autres qui le prennent comme une forme d'insulte.

      Pour préciser les choses (parce que certains ne comprennent pas le sens de cette citation), le sens de la citation de Desproges est: on peut rigoler d'une blague sur les juifs entre potes, même si l'un d'eux est juif (et s'il le prend mal, tant pis pour lui), mais quand Lepen est parmi nous, la blague sur les juifs ne fait plus rire (car on sait que Lepen ne va pas rire de l'absurdité de la blague, mais parce que "c'est drôle parce que c'est vrai", et que la blague sert ici à valider le racisme).

      Cette citation est bien placée ici: les premiers IgNobel était de l'auto-dérision, personne n'en déduisait qu'un récipiendaire d'un IgNobel ne méritait pas son salaire.
      Aujourd'hui, on voit de plus en plus de gens qui prennent les IgNobel au premier degré et en conclut que c'est la preuve que ces scientifiques sont des mauvais scientifiques.

      Le problème n'est pas celui qui prend le prix comme une forme d'insulte, le problème est qu'aujourd'hui, le prix est de plus en plus devenu, en pratique, objectivement, une réelle insulte (puisque la réception du prix permet à certains de se moquer du récipiendaire).

      La citation s'y applique bien: je riais de bon cœur aux IgNobel lorsqu'ils étaient compris et acceptés pour ce qu'ils sont, je n'ai plus trop envie de rire quand je sais que ça fait pouffer les crétins qui pensent que ça démontre que le récipiendaire est un mauvais scientifique (ou que sa recherche est stupide).

      • [^] # Re: On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde...

        Posté par . Évalué à 7.

        Euh… D'où ça sort que maintenant les gens n'aiment pas les chercheurs ? L'image du chercheur feignant ça existe au moins depuis les années 90 (avec entre autre les polémiques autour de Guillaume Allègre), qu'est-ce qui vous fait dire qu'aujourd'hui c'est pire ? Au contraire l'émergence depuis 10 ans le fait que les geeks soient devenu à la mode, que le monde deviens hyper-connecté a tendance à rendre les gens plus sensible à la recherche scientifiques et aux sciences en générale (sans pour autant suivre des études scientifiques). Il n'y a qu'à voir qu'aujourd'hui on fait des séries dessus, rien de tel pour rendre ces travaux moins opaque et arrêter de faire croire aux gens que les chercheurs sont enfermés dans leurs labos.

        Pour préciser les choses (parce que certains ne comprennent pas le sens de cette citation), le sens de la citation de Desproges est: on peut rigoler d'une blague sur les juifs entre potes, même si l'un d'eux est juif (et s'il le prend mal, tant pis pour lui), mais quand Lepen est parmi nous, la blague sur les juifs ne fait plus rire (car on sait que Lepen ne va pas rire de l'absurdité de la blague, mais parce que "c'est drôle parce que c'est vrai", et que la blague sert ici à valider le racisme).

        Je ne crois pas du tout que c'était les propos de Desproges. Je ne vois pas dans sa plaidoirie de lien entre le sujet de l'humour et les personnes avec qui il rit (ou pas). AMHA, pour lui, rire avec monsieur Le Pen lui est juste impossible, même s'il s'agit d'une blague carambar.

        Tous les contenus que j'écris ici sont sous licence CC0 (j'abandonne autant que possible mes droits d'auteur sur mes écrits)

        • [^] # Re: On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde...

          Posté par (page perso) . Évalué à 4. Dernière modification le 22/09/14 à 11:16.

          L'image du chercheur feignant ça existe au moins depuis les années 90 (avec entre autre les polémiques autour de Guillaume Allègre)

          « Fainéant » plutôt :). Sinon on trouve facilement Jean-Robert Pitte et Valérie Pécresse dans le rôle universitaires=fainéants (cf http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2009/02/universitaires.html ) ou Claude Allègre dans le rôle éducnat=mammouth, mais pas spécialement un « Guillaume » Allègre (le chercheur en éco ?, le libriste grenoblois ?). Référence ?

          • [^] # Re: On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde...

            Posté par . Évalué à 3.

            J'ai inversé les 2 prénoms… (désolé Guillaume si tu passe par là, je vais aller me fouetter)

            Claude Allègre a pendant longtemps était plus polémiste que chercheur (par exemple au sujet du réchauffement climatique) ce qui n'aide pas à donner une image travailleur aux chercheur.

            Tous les contenus que j'écris ici sont sous licence CC0 (j'abandonne autant que possible mes droits d'auteur sur mes écrits)

        • [^] # Re: On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde...

          Posté par . Évalué à 2.

          D'où ça sort que maintenant les gens n'aiment pas les chercheurs ?

          Bon, évidemment, c'est une impression, et elle vaut ce qu'elle vaut.
          Mais j'ai quand même l'impression que par rapport à avant, il y a une plus grande tendance à la "défiance sans réflexion".
          J'ai l'impression que la mode est à "l'esprit rebelle", et tout ce qui peut faire figure d'autorité ou d'institution est perçu avec un a priori négatif.
          Cela implique aussi que bcp de gens se considère plus apte à conclure sur un sujet sur lequel ils n'ont même pas réfléchi que ceux qui travaillent là-dessus depuis des années.

          Je me trompe p-e, mais par exemple, je ne connais pas de cas similaires à ce qui se passe par rapport au Giec, où on accorde plus d'importance à l'hypothèse du complot qu'à la compréhension de ce qui est réellement dit.

          que les geeks soient devenu à la mode, que le monde deviens hyper-connecté a tendance à rendre les gens plus sensible à la recherche scientifiques et aux sciences en générale

          La représentation de la communauté des geeks est justement l'opposé de la recherche scientifique.
          Tout d'abord, l'image à la mode des geeks, ce sont des gens qui font des bricolages pratiques, justement opposé aux "études qui servent à rien".
          Ensuite, ce sont des individus en dehors de toutes institutions.
          J'ai l'impression au contraire que le fait que les geeks soient à la mode confirme mon impression: les gens pensent que les sciences importantes, c'est Facebook et Apple, et que si on fait de la science, c'est pas parce que la réponse est utile à l'humanité, mais parce que les scientifiques sont passionnés par ça (en d'autres termes: c'est un peu une faveur qu'on leur fait en acceptant qu'ils soient payés pour ça).

          Je ne crois pas du tout que c'était les propos de Desproges.

          C'est vrai que ce n'est pas dit explicitement, mais c'est également une conséquence de ton interprétation "forte".
          L'interprétation "forte" est: peu importe la blague, si un raciste rit, je ne ris pas. Donc, je ne ris jamais à aucune blague hilarante.
          L'interprétation "faible" est: si un raciste rit, je ne ris pas. Donc, si c'est une blague raciste, la probabilité qu'un raciste rit est bien plus grande, donc, forcément, je ne ris pas aux blagues racistes (mais je ris aux autres vu que je ne sais pas si le raciste rit ou pas).

          • [^] # Re: On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde...

            Posté par . Évalué à 2.

            C'est vrai que ce n'est pas dit explicitement, mais c'est également une conséquence de ton interprétation "forte".
            L'interprétation "forte" est: peu importe la blague, si un raciste rit, je ne ris pas. Donc, je ne ris jamais à aucune blague hilarante.
            L'interprétation "faible" est: si un raciste rit, je ne ris pas. Donc, si c'est une blague raciste, la probabilité qu'un raciste rit est bien plus grande, donc, forcément, je ne ris pas aux blagues racistes (mais je ris aux autres vu que je ne sais pas si le raciste rit ou pas).

            Alors là AMHA tu t'éloigne. Il ne parle pas du fait que les racistes (ou autre) rient ou pas. Au contraire, Le Pen rit beaucoup à la tirade de Desproges. Il dit la présence d'un terroriste ne me fait pas rire. L'ambiance que cela crée l'empêche de rire, il ne leur refuse pas le droit de rire ou de faire des blagues.

            Tous les contenus que j'écris ici sont sous licence CC0 (j'abandonne autant que possible mes droits d'auteur sur mes écrits)

            • [^] # Re: On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde...

              Posté par . Évalué à 0. Dernière modification le 22/09/14 à 23:30.

              Pourtant, Desproges rit plusieurs fois lors de son réquisitoire en présence de Le Pen.
              Pour illustrer ce qu'il veut dire, Desproges raconte l'histoire du chauffeur de taxi. Il explique à un moment qu'après avoir compris que le chauffeur est raciste, il lui dit que son père est arabe, et lui et son amie se marre doucement de voir le raciste prit au dépourvu.

              Ça colle pas trop à ton explication.

              Par contre, si on interprète comme moi le "rire avec" par "établir un lien de complicité par l'intermédiaire du rire" ("complicité" est un grand mot, mais j'espère que tu vois ce que je veux dire par là), alors, ça marche beaucoup mieux: Desproges peut rire en présence d'un raciste, du moment qu'il n'établit pas de complicité avec lui. Si par contre, il fait une blague qu'il sait fera rire le raciste par son côté raciste, il établit la complicité entre les deux, et cela lui coupe l'envie de rire.

              On notera aussi que Le Pen rit également lors du réquisitoire de Desproges, mais ça n'empêche pas Desproges de rire, car la blague est faite telle que le lien de complicité n'est pas établi.

              Donc, oui, tu as raison: on s'en fout que le raciste rit ou pas. Ce qui compte, c'est si on "rit avec" (c-à-d pas "en présence de", mais "avec la complicité de") (et dans mon explication précédente, j'ai fait l'erreur d'oublier qu'on peut rire sans que cette complicité soit établie).

              (par contre, je ne vois pas du tout où dans mon discours il est question de "refuser le droit de rire au raciste", au contraire, j'insiste sur le fait que c'est le non-raciste qui n'a plus envie de participer à la blague si le fait qu'il sait que cela fera rire le raciste pour les mauvaises raisons lui plombe l'ambiance)

        • [^] # Re: On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde...

          Posté par . Évalué à 7.

          D'où ça sort que maintenant les gens n'aiment pas les chercheurs ?

          Vu de l'intérieur, le déclencheur a été les discours de N. Sarkozy entre fin 2008 et début 2009. Plusieurs charges hyper-violentes contre les chercheurs eux-même (ils sont là parce qu'il y a du chauffage, les prix Nobel sont l'arbre qui cache la forêt, etc), et contre le système de recherche "à la française" (avec des instituts indépendants qui échappent plus ou moins au contrôle de l'État).

          En parallèle, le mouvement "sauvons la recherche" n'a pas connu un énorme soutien du grand public, parce que les grèves ont été vécues comme celles de fonctionnaires corporatistes (alors que, pour une fois, ça n'était pas vraiment le cas, en tout cas, les grèvistes défendaient plutôt le status des jeunes et des précaires). En quelques années, l'image des organismes de recherche, et en particulier du CNRS, se sont dégradées très significativement, et l'image du chercheur fonctionnaire, même si elle existait probablement au sein des milieux d'ultra-droite avant ça, s'est complètement banalisée au sein du grand public.

          Dans les faits, on vit une sale période pour la recherche fondamentale. De plus en plus, par exemple, les rejets des projets déposés à l'ANR se basent sur des argumentaires de type "l'utilité du projet n'est pas démontrée", ou "le projet semble trop ambitieux". Le financement va à des projets de développement, avec un fonctionnement de type projet industriel ; la recherche exploratoire, fondamentale, ou innovante, est baillonnée par un harcèlement politique, administratif, et financier.

    • [^] # Re: On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde...

      Posté par . Évalué à 2.

      Justement, il y a en ce moment une initiative à ce sujet, pour alerter sur le manque d'investissement dans le domaine scientifique. Les recrutements sont en baisse depuis des années et les conditions de travail se dégradent, en partie à cause du mode de financement, qui est lui-même problématique.
      http://sciencesenmarche.org/fr/
      La marche arrivera à Paris le 17 octobre.

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