Éditer de la littérature libre : les Éditions du Renard Spatial

Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Édité par Benoît Sibaud et bobble bubble. Modéré par Ysabeau 🧶. Licence CC By‑SA.
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7
5
août
2026
Rien à voir

J’aime le logiciel libre. J’aime la littérature. Alors, un jour, je me suis demandé s’il était possible d’éditer de la littérature libre.
Les premiers essais ont eu lieu au début de l’été 2020, le covid laissait le temps libre à des expérimentations.

Six ans plus tard, les Éditions du Renard Spatial existent, éditent des littératures de l’imaginaire libres, et viennent de publier « Ça ne peut pas être pire qu’ici » par Lisa Refur (une amie), un roman court de fantasy/apprentissage, au format papier.
C’est l’aboutissement d’une aventure que je vais vous raconter ici.

Couverture du livre « Ça ne peut pas être pire qu’ici », de Lisa Refur, aux Éditions du Renard Spatial

Sommaire

L’art libre, une discipline très différente du logiciel libre

On parle assez peu d’art libre, que ce soit sur LinuxFR.org ou ailleurs (il n’y a même pas de catégorie dédiée !) ; on peut même considérer que le sujet est ignoré, y compris des personnes qui baignent dans le logiciel libre depuis des décennies. C’est que l’art libre et le logiciel libre sont différents sur beaucoup d’aspects, y compris des points fondamentaux. On pourrait disserter longtemps sur ce point, mais ça n’est pas le sujet ; je vais plutôt me concentrer sur quatre points qui sont utiles à comprendre pour la suite.

Le premier, c’est que la personne qui développe un logiciel développe d’abord un outil.
D’accord, elle peut y tenir énormément, avoir une vision forte ; mais l’implication personnelle reste beaucoup moins forte que celle d’un·e auteur·ice dans son œuvre artistique. Les créateur·ices de logiciels libres acceptent donc beaucoup plus facilement la réappropriation et la modification de leur production ; au contraire des artistes qui ont tendance à vouloir conserver le contrôle sur des œuvres qui peuvent être très personnelles.

Le second, c’est que mis à part quelques exceptions comme le cinéma, beaucoup d’arts sont profondément solitaires ou se pratiquent en tout petit comité, là où le développement logiciel est généralement un travail d’équipe. Les notions de partage, d’amélioration mutuelle sont beaucoup plus fréquents dans le développement logiciel que dans l’art.

Le troisième, c’est que la réutilisation d’éléments – la réutilisation directe, au contraire de l’inspiration – est infiniment plus fréquente dans le développement logiciel que dans l’art.
Tous les logiciels ou presque réutilisent du code, via des bibliothèques, des API, des ABI, ou directement. Au contraire, la réutilisation directe en art est rare, hors quelques cas précis, et souvent mal vue.

Le quatrième et le plus important, c’est l’argent, la thune, le fric, la moula.
Les développeurs informatiques sont généralement bien, voire très bien payés, même avec les changements introduits par les IAs génératives. Au contraire, rares sont les artistes qui peuvent vivre de leur art ; celles et ceux qui peuvent en vivre décemment sont encore plus rares.

Les trois premiers points expliquent pourquoi la notion de « Liberté » (dans le sens de l’expression « art libre ») est moins importante pour les artistes que pour les développeurs et développeuses de logiciels. Le dernier explique pourquoi les artistes ont une énorme difficulté matérielle à contribuer à de l’art libre, quand bien même ils et elles en auraient envie ; parce que pour offrir de son temps, ou trouver un modèle de financement compatible avec l’art libre, il faut d’abord pouvoir manger à sa faim.

Mais cette longue digression introductive ne nous apprend toujours rien sur le sujet d’origine !

Le projet des Éditions du Renard Spatial

Dès le début, mon projet était clair : je voulais éditer de la littérature libre, et pas n’importe comment.

La direction éditoriale

Tout éditeur a besoin d’une direction éditoriale, pour que les client·es ne soient pas perdu·es. Quel sens ça aurait d’éditer en vrac des livres de cuisine, des polars, des livres sur l’informatique et des albums photo ?

Je lis principalement des littératures de l’imaginaire – science-fiction, fantasy, fantastique, le tout pris au sens large. C’est pour cela que les Éditions du Renard Spatial éditent des littératures de l’imaginaire. J’ai aussi décidé de partir sur des formats courts : on trouve beaucoup de sagas et œuvres à rallonge dans ces univers ; mais j’aime bien lire des histoires percutantes et efficaces. En prime, c’est plus rapide à éditer (je n’ai pas écrit « plus facile »).

De la littérature libre

Je veux dire : vraiment libre ; donc sous des licences qui respectent les quatre libertés habituelles (même si on peut se poser la question de savoir ce qu’est le « code source » d’un texte si ce n’est le texte lui-même). J’ai donc choisi de partir, par défaut, sur les licences Creative Commons, qui ont le bon gout d’être adaptées à ce genre de projet et connues. Je me limite aux licences libres, ce qui exclut les clauses -NC et -ND, qui en font des licences « de libre diffusion ».

Ça a été l’occasion de se poser sérieusement la question de l’intérêt de licences libres appliquées à la littérature. J’en vois deux assez immédiats.

Le premier, c’est la diffusion de l’œuvre.
Une œuvre, une fois publiée, va circuler, qu’on le veuille ou non. Elle sera « piratée », que l’éditeur ait protégé son œuvre ou non ; d’ailleurs, saviez-vous que beaucoup de fuites de livres sur les sites de partage illégaux proviennent de sources internes à la chaine du livre ? C’est un point d’autant plus important pour moi que je veux que les textes que je publie, vivent, même si ma maison d’édition doit disparaitre.

Le second, c’est le fandom de l’œuvre.
Si une œuvre plait, alors il va se créer tout un tas d’œuvre dérivées – que l’auteur·ice et l’éditeur·ice le veuillent ou non – à base de fanfictions, de dessins, et j’en passe. Aujourd’hui tout ça existe sans aucun cadre légal, et les licences libres permettent de créer ce cadre.

De la littérature pour tout le monde

La culture, c’est vite cher, et je refuse la position d’une culture réservée à une élite.

Les livres que j’édite sont donc les moins chers possibles, dans la limite du raisonnable. Ça implique que les livres papier sont d’office des formats « poche » – 11 x 18 cm – et que les livres électroniques sont sensiblement moins chers que les versions imprimées.

En bonus, ça m’arrange parce que je n’ai jamais aimé les grands formats. Alors, c’est joli dans une bibliothèque et ça fait un bel objet à offrir – et, soyons honnêtes, à revendre – mais en ce qui concerne la fonction livre, je trouve ça nul, parce qu’un grand format, c’est encombrant, c’est lourd, c’est pénible à transporter (et je lis souvent dans les transports) ou même à tenir quand on est vautré dans un canapé.

Un vrai éditeur, pas un éditeur-Amazon

Je voulais que les livres des Éditions du Renard Spatial soient de « vrais » livres, que l’on peut acheter dans n’importe quelle librairie, avec un ISBN, un référencement qui va bien, et tout. L’idée du livre qui existe, mais qui ne peut être acheté que sur le site du vendeur, ou en ligne chez un seul libraire – en général Amazon – me gonfle.

C’est sans doute parce que j’aime beaucoup mes libraires (qui sont d’excellent conseil). En prime, ça m’évite d’avoir à gérer toute la logistique, le stockage, les factures individuelles, l’envoie de commandes… tout ce que je déteste.

De tous mes choix, c’est – de loin – celui qui m’a le plus cassé les pieds.

Production locale et raisonnée

Faire imprimer des livres en Chine pour les vendre principalement en France me semble absurde ; donc l’idée de base était de trouver un imprimeur en France, ou à défaut quelque part dans l’UE.

D’autre part, la chaine du livre repose beaucoup sur une notion de stock qui voyage. En très résumé, l’imprimeur imprime un tas de livre, qui est en partie stocké, en partie envoyé aux libraires, qui vendent ce qu’ils peuvent et qui – chose exceptionnelle dans le monde de la vente – renvoient les exemplaires invendus… qui finissent au pilon s’ils ne se vendent pas pendant un peu trop longtemps (ou sont trop abimés à cause des voyages), parce que le stockage, ça coute cher. Donc, si je peux éviter de faire imprimer des livres pour les stocker et finir par les détruire, ça m’arrange, parce que tout ça c’est une perte sèche.

Le difficile problème des couvertures

Pour commencer, une illustration de couverture, c’est un budget important pour une petite structure, surtout en refusant l’usage d’IA générative (ah oui, il y a la question de l’IA générative qui est venue s’inviter au milieu du projet).

Alors, j’ai réfléchi. Le premier intérêt d’une couverture, c’est d’attirer l’œil, d’être facile à repérer dans un magasin ou sur un site, au milieu de beaucoup d’autres.
Autre chose : les livres que j’ai achetés à leur couverture se comptent sur un doigt d’une main ; quant aux couvertures que je suis capables de décrire sans aller les vérifier, il y en a très peu, la plupart d’entre elles sont sobres – et à l’exception de celle déjà nommée, aucune d’elle n’a été un critère d’achat. Inversement, beaucoup de littératures de l’imaginaire ont des couvertures illustrées, avec une typographie soignée, mais à cause des effets de mode, elles ont tendance à toutes se ressembler, ce qui fait qu’aucune ne se repère facilement dans la masse.

La solution s’est imposée d’elle-même : je peux me contenter de couvertures sobres, très lisibles, très faciles à reconnaitres, avec une harmonie dans la collection.

Le temps et l’énergie que je peux y consacrer

Ce projet n’est pas mon activité principale, et je n’ai pas pour projet d’en vivre.

L’avantage, c’est que ça me libère d’une contrainte financière extrêmement forte – rares sont les petites maisons d’édition rentables.

L’inconvénient, c’est que ça m’empêche de faire du volume, ce qui n’aide ni pour la reconnaissance, ni pour la publicité, ni pour les revenus.

Profils d’auteur·ices cible

Un tout petit éditeur, avec des conditions d’édition étranges (de l’art libre, des formats qui rapportent moins à l’unité), qui est-ce que ça va intéresser ?
C’est une vraie question.

Ma réponse, c’est : le même genre de profil que celui intéressé par le logiciel libre, mais dans le monde de la littérature.

Concrètement, c’est un·e auteur·ice qui écrit pour le plaisir, en loisir, et donc n’a pas besoin de ce revenu pour vivre.

Je vais être très clair sur un point : je paie mes auteur·ices, et il n’a jamais été question de ne pas le faire. Simplement, je ne peux pas me permettre d’avance sur droits ni promettre des ventes faramineuses, cf. le point précédent.

Ainsi donc, après une première publication-test sur l’un de mes textes, j’ai convaincu une amie, Lisa, de se lancer dans l’aventure avec moi…

Créer les Éditions du Renard Spatial, de façon légale et complète

À ce stade – en réalité, avant la dernière ligne du paragraphe précédent, j’ai toute la vision cible, il n'y a plus qu’à passer à la réalisaton !

D’abord, une entreprise

La France propose le système de « microentreprises » ou « autoentrepreneurs », un système légal qui est censé permettre à tout le monde de se créer facilement une entreprise pour se créer un complément de revenu, et qui correspond bien à mon projet.

Le mot-clé est « facilement ». Eh ben, si ça, c'est facile, je veux même pas imaginer la prise de tête que ça doit être de créer une entreprise « normale », même unipersonnelle. Je passe les détails – déjà parce que ça fait six ans donc ça a pu changer –, mais au cas où, sachez tout de même que :

  1. Une autoentreprise peut avoir un nom commercial, mais le nom réel, celui enregistré au SIREN, est impérativement votre identité réelle. Il y a bien une option qui permet de masquer ces informations personnelles – la base SIREN étant publique –, mais tous les systèmes d’interconnection informatique dont vous allez avoir besoin partent du principe que cette information est disponible dans les données publiques. Donc, impossible d’activer la confidentialité tant que toute la paperasserie n’est pas terminée.
  2. En théorie, un compte bancaire séparé suffit, pas besoin d’avoir un compte bancaire professionnel ; donc on peut utiliser un compte personnel gratuit. En pratique, le site des impôts impose un IBAN professionnel… et toutes les banques ont bidouillé leurs règles commerciales pour limiter l’émission d’IBAN professionnels aux seuls comptes professionnels payants.
  3. Et, à partir de septembre 2026, il faut aussi un système de facture électronique.

OK, l’entreprise et ses dépendants (la banque, l’inscription au RCS via le Tribunal de Commerce, les impôts, l’URSSAF…), c’est fait.
Et ensuite ?

Éditer c’est vendre, et vendre c’est communiquer

Avant toute chose : déposer sa marque à l’INPI. C’est pas gratuit, mais ça évite les abus un peu trop faciles.

Il me faut donc des outils de communication. Ça passe par divers comptes sur les réseaux, pour communiquer avec les gens là où ils sont, même si ça ne m’enchante pas. Je décide de ratisser large : BlueSky, Instagram, Discord, LinkedIn, Facebook, et même à l’époque un compte Twitter qui a été abandonné. Je n’ai pas de compte Mastodon parce qu’il faut d’abord que je trouve une instance adaptée à ce genre de projet ; je prends les conseils.

Puis, un site web ; et là, j’ai un gros avantage : je peux le créer et l’héberger moi-même.
C’est un site 100 % statique créé avec Hugo, sobre (sans JS ni framework CSS) et disponible ici : https://renardspatial.com/. J’y ai tenté des trucs d’un point de vue design – et je ne suis pas du tout designer. Mais je cherchais quelque chose d’un peu original, qu’on a pas l’impression d’avoir déjà vu partout, et qui soit utilisable sur mobile (ça reste la majorité des utilisateurs). Là aussi, je prends les retours (seulement les constructifs). Les polices d’écriture sont celles utilisées pour les livres et, bien évidemment, sont libres.

Un livre doit avoir un ISBN

L’ISBN (pour « International Standard Book Number ») c’est un numéro d’identification unique pour chaque livre dans le monde depuis les années 1980.

C’est la partie facile : pour une modique somme, l’AFNIL en fournit très largement assez pour des années, il suffit juste d’un peu de patience. Les numéros sont fournis sous la forme d’une liste, à l’éditeur de les attribuer à chaque ouvrage ; la version numérique et la version papier ne comptant que pour un que s’ils sont strictement identiques.

Ouf ! J’ai enfin toute la structure et tout le nécessaire pour que l’entreprise fonctionne ; maintenant, je peux enfin commencer à éditer !

Créer de la littérature libre… avec des logiciels libres ?

Éditer le texte lui-même

Pour l’instant, c’est la partie facile : mon amie Lisa – seule autrice tierce pour l’instant – et moi utilisons LibreOffice, dont le système de commentaires fait l’affaire. D’autre part, on se voit souvent en vrai, ce qui simplifie beaucoup le travail.

L’outil de PAO

La PAO, c’est la Pagination Assistée par Ordinateur, ce qui permet à l’ouvrage – livre, magasine, etc. – d’avoir une mise en page correcte.

Un fait peu connu du grand public : un logiciel de traitement de texte est incapable de faire une mise en page correcte, et j’entends par là d’avoir une qualité professionnelle, notamment en ce qui concerne la typographie. Un LibreOffice Writer – ou même un Microsoft Word – ne gèrent pas les alignements sur grilles, ont des options de césure, de lignes veuves et orphelines très réduites, ne gèrent pas les ligatures de manière fine, n’ont pas d’option pour activer (et encore moins paramétrer) l’alignement visuel, et j’en passe. Or, j’ai envie d’avoir une mise en page correcte, même si certains gros éditeurs, eux, ont décidé de s’en passer.

Le logiciel libre le plus connu pour ce faire, c’est LaTeX. Il est excellent sur la typographie, et… atroce sur le reste. Pour moi ça n’est pas un choix acceptable, il ne correspond tout simplement pas à ma façon de travailler (et, si vous êtes aficionados de LaTeX, pas la peine de venir le défendre en commentaires, je le connais depuis plus de 20 ans).

Le choix suivant, c’est Scribus. Donc je l’installe, l’essaie, l’essaie encore, l’essaie toujours ; et après beaucoup trop longtemps, je n’arrive toujours pas à faire le quart de ce que je veux avec. (Il semblerait que le logiciel se soit beaucoup amélioré depuis, il faudra que je réessaie).

La solution que je trouve n’est hélas pas libre et à l’époque elle n’était même pas gratuite, bien qu’infiniment moins chère que les mastodontes du genre. C’est Affinity Publisher ; et en une après-midi, j’ai une maquette qui est à 90 % ce que je veux, couverture comprise, donc je décide d’être pragmatique et de partir sur ce logiciel.

Créer les fichiers pour l’impression

C’est facile : tous les imprimeurs prennent des fichiers PDF (et indiquent la version exacte qu’ils attendent), donc en suivant les instructions, il ne devrait pas y avoir de surprise. Et de fait, j’en ai pas eu.

Créer les livres électroniques

Mon diffuseur (je reviendrai sur son rôle dans la section suivante) me dit que je peux me contenter de fournir un EPUB et un PDF, et qu’il transforme lui-même le livre aux éventuels autres formats, dont l’infâme Kindle.

Le PDF, c’est facile, j’ai déjà. Mais l’EPUB ? Je découvre trois choses :

  1. Un livre électronique au format EPUB, c’est juste un fichier ZIP renommé avec le texte au format XHTML (oui !), un fichier de styles CSS (qui sera largement ignoré par le logiciel de lecture…) et une poignée de métadonnées, en général du XML (parfois renommé).
  2. Malgré ça, personne ne semble savoir générer un EPUB correct. La plupart des logiciels et convertisseurs que j’essaie me génèrent une soupe de balises sans aucun sens ; d’ailleurs la plupart de ceux que j’ai sur ma liseuse ont des problèmes plus ou moins graves à l’usage.
  3. Le format EPUB semble être plus une vague indication qu’une norme, et les différentes liseuses et logiciels de lecture ont tous des interprétations, disons créatives de comment ce format doit être rendu.

Donc, je finis par décider de le générer à la main ; et en fait, c’est facile : en une journée, j’ai un fichier tout à fait valide qui passe bien sur ma liseuse physique, et sur diverses liseuses logicielles sur PC et smartphone. Mon seul échec, c’est la page de faux-titre qui n’est pas stylisée correctement. Il y avait un seul piège : les fichiers ZIP définissent l’ordre dans lequel sont stockés les fichiers, et le format EPUB attend un ordre précis qui doit être respecté (mimetype, puis META-INF/*, puis OEBPS/*). Il semblerait que les versions récentes de LibreOffice produisent un résultat correct, il faut que je réessaie.

Et donc maintenant, j’ai des livres qui contiennent de la littérature libre, qu’il me faut vendre.

Vendre de la littérature libre

Parce que si je parle de littérature libre depuis le début, je n’ai jamais parlé de littérature gratuite, et pour cause : mon but est bien de vendre cette littérature, même libre, ne serait-ce que parce qu’il faut bien que je paie les intermédiaires. Justement, parlons-en.

La chaine du livre

Le processus de création d’un livre implique tout ce petit monde :

  1. L’auteur·ice, qui écrit le livre.
  2. L’éditeur – ici moi-même, au nom des Éditions du Renard Spatial – qui édite le livre, et qui peut faire appel à :
    1. Une correctrice, qui s’assure qu’il ne reste pas de fautes d’orthographe et de grammaire ; et croyez-moi la langue française aurait bien besoin d’une simplification. Une grosse.
    2. Une graphiste, pour la couverture, les éléments de communication, etc.
    3. Un maquettiste, pour la mise en page.
    4. … et j’en passe, surtout dans les grands groupes (notamment le directeur de collection).
  3. L’imprimeur, qui, ben, imprime le livre.
  4. Le distributeur, qui assure la logistique, c’est-à-dire de stocker les livres imprimés et les envoyer aux libraires.
  5. Le diffuseur, qui va assurer la promotion des livres auprès des libraires et s’assurer de leur présence.
  6. La libraire, qui va vendre le livre.

Sachant que dans la liste principale, seul l’imprimeur travaille à tarif fixe ; tous les autres se rémunèrent au pourcentage du prix de vente final… et donc vont sans doute refuser les partenariats vus comme non rentables. Comme, par exemple, travailler avec un petit éditeur qui vend des livres pas chers, libres, et qui ne fait même pas ça à plein temps.

Pour l’instant, coté édition, je fais tout moi-même. Si jamais un jour, j'ai les moyens (je compte sur vous !), j’investirai d’abord dans une correction professionnelle.

Vendre des livres électroniques

Trouver un distributeur de livres électroniques, c’était facile ; et très vite, j’ai eu une nouvelle à mon pseudo disponible sur à peu près toutes les plateformes.
On a donc travaillé un premier livre avec mon amie Lisa, on l’a réalisé, vendu partout où on peut acheter un livre électronique, et on a découvert la triste vérité :

Les livres électroniques, ça n’intéresse personne.

C’était le plus beau « Vu et s’en tape » de toute notre vie. En fait, sans version papier, c’est comme si le livre n’existait même pas.

Mais il y a un problème…

Vendre des livres papier

Vous vous rappelez quand, plus haut, j’écrivais que j’avais créé l’entreprise en 2020 ? Eh bien, le covid avait mis un grand bazar dans le monde de l’impression, et les prix du papier s’étaient envolés.

Ça s’est ensuite calmé. Quelques semaines. Après quoi, la Russie a déclaré la guerre à l’Ukraine, grande fournisseuse européenne de bois et de papier, donc re-crise, retour des prix absurdes, priorité absolue aux clients de longue date, etc. (j’ai même quelques mangas de cette époque qui sont visiblement imprimés sur du papier machine, le même qu’on utilise dans nos imprimantes !)

Quand c’est de nouveau revenu à une certaine normale, j’ai cherché imprimeurs, distributeurs et diffuseurs. L’imprimeur, c’est facile, tous les imprimeurs de France et de Navarre veulent bien faire des livres de poche. Facile, pour eux, on paie un tarif fixe par livre et ça leur va bien. Le distributeur et le diffuseur, c’est beaucoup plus compliqué. Ce que je veux faire, c’est pas assez cher, y’a pas assez de volume, j’ai pas assez de poids dans un marché déjà saturé.

Alors, je me suis dirigé vers l’impression à la demande, qui finalement a beaucoup d’avantages pour une structure comme la mienne ; et on en trouve qui cumulent prix correct, bonne réputation, et qui impriment dans l’Union Européenne. En particulier, on peut avoir de l’impression à la demande qui est référencée sur Dilicom et Electre, donc commendable en libraire, ce dont je n’étais pas sûr à l’origine.

Encore un peu de paperasse, puis davantage de paperasse (notamment pour faire corriger une erreur d’attribution d’éditeur), et un envoi au dépôt légal, et enfin – enfin ! – on est en juillet 2026 on a une version papier de notre premier livre !

« Ça ne peut pas être pire qu’ici »

Couverture du livre

« Ça ne peut pas être pire qu’ici » est une novella (à mi-chemin entre une nouvelle et un roman) de fantasy et d’apprentissage de Lisa Refur, publié sous licence CC-BY 4.0 dont voici la quatrième de couverture :

Cette ligne de chemin de fer apparue par magie agit comme un déclencheur dans l’esprit des adolescents désœuvrés. Et s’il existait un monde au-delà de cette ville de banlieue décrépie ? Qu’est-ce qui interdit aux quatre amis de quitter Villeneuve ? Rien, en fait. C’est le début de l’aventure pour Ajax, Dro, Biénale et Zef ; l’abandon d’une cité cité sans avenir, la quête d’une vie meilleure. Mais pour aller où ? Suivre la ligne ? D’où vient-elle, et où va-t-elle ? Est-ce mieux ailleurs ?

La seule solution qu’ont les jeunes gens pour le découvrir : prendre la route, se confronter à ses difficultés, ses joies et ses peines, dans l’espoir que la destination soit bonne.

Il est disponible pour 6,99 € au format papier (11 x 18 cm, 84 pages, demandez l’ISBN 9782492575037 à votre libraire préféré) ; et pour 2,99 € au format électronique, sans DRM quand la librairie le permet, cherchez l’ISBN 9782492575013.

Éditer de la littérature libre : premier point d’étape

Le premier enseignement que j’en tire, c’est celui-ci : tout le monde s’en cogne.

Le sujet n’intéresse personne, en bien comme en mal : je n’ai eu aucune remarque sur le sujet. Les textes, le site, les couvertures ont généré beaucoup plus de commentaires. D’un côté, c’est un peu triste ; d’un autre ça n’a pas déclenché de rejet, et c’était le point que je craignais le plus dans cette expérience. Je croise les doigts.

La conclusion que j’en tire pour l’instant, c’est la suivante : pour l’instant, publier de la littérature sous licence libre ne m’a rien apporté directement, et c’était attendu : l’intérêt du libre, c’est d’abord pour les personnes qui utilisent plus que pour celles qui produisent, surtout dans un domaine où la création collaborative est minoritaire.

Mais surtout, publier de la littérature libre ne m’a pas handicapé, donc je n’ai aucune raison d’arrêter de le faire, et par conséquent, je vais continuer !

Et maintenant ?

Les Éditions du Renard Spatial vont continuer à publier des littératures de l’imaginaire libres.

Le prochain livre ne devrait pas attendre trois ans de plus, puisqu’on a un projet de recueil de nouvelles en cours avec Lisa. Si tout va bien, il devrait sortir quelque part entre cet automne et cet hiver – j’ai arrêté de croire à une date précise tant que tout n’est pas terminé.

Mais surtout, les soumissions sont maintenant ouvertes ! Si vous êtes intéressé·es, pouvez vous proposer votre projet en suivant la procédure détaillée ici. Attention ! Il ne s’agit pas d’envoyer un texte complet avec à peine un bonjour (j’en ai déjà eu !).

J’avais imaginé terminer par une sorte de FAQ, mais cette dépêche est déjà extrêmemement longue, donc je vous propose de lire celle du site, et de me poser toute question restante en commentaires.

Merci de m’avoir lu !

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