Journal Fuites de données, vous m'en direz tant

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6
12
sept.
2026

Faut bien dire ce qui est, j'suis passablement énervé. Ah, petit divulgâchage en passant : ce journal s'inspire d'un autre, publié récemment, qui nous invitait à nous demander qui sont les pirates informatiques d'aujourd'hui. Normalement vous devriez me voir venir.

Alors voilà. Ceux qui regardent/écoutent/lisent les nouvelles de temps en temps commencent à être habitués à la petite musique : "fuite de données personnelles par ci", "fuite massive de données par là", etc. Et puis mon petit côté parano (assumé) me dit que c'est logiquement la partie émergée de l'iceberg. Pour une fuite de données vue dans la presse, combien de fuites sont soit tues (même si c'est illégal), soit tout simplement jamais détectées ? À cette échelle, il est clair qu'individuellement on est tous concernés. Et comment réagit-on en général ? Ben en bon français que nous sommes, on fait ce qu'on sait faire le mieux. Ce pourquoi on est reconnus dans le monde entier : on se plaint et on râle (je sais de quoi je parle, j'écris bien ce journal !).

Un exemple concret : j'ai reçu il y a quelques temps un mail d'un fournisseur de services, qui m'informe que mes données personnelles sont parties dans la nature à l'insu de son plein gré et qu'il est désolé tout ça tout ça. En l'occurrence : mon nom, mon prénom, ma civilité, mon adresse, mon numéro de téléphone, et mon numéro de contrat. Ah. Bon. D'accord. Et ?

  • mon nom et mes coordonnées : il fût un temps où l'on trouvait un gros bottin blanc sur la table de l'entrée, sous l'unique combiné téléphonique familial. Il était bourré de noms, d'adresses et de numéros de téléphone, pourtant personne ne criait au scandale. Même pas les paranos (comme moi) qui étaient sur la fameuse "liste rouge"
  • ma civilité : non, je ne me prénomme ni Claude ni Camille, mon prénom indique donc clairement qu'il faut m'appeler "Monsieur"
  • mon numéro de contrat : c'est vrai qu'après ça, je risque de recevoir du hameçonnage assez crédible. Bon… c'est pas comme si j'en recevais déjà des caisses avant, et mon numéro de contrat je le connais pas par cœur.

Alors, boaf… J'dis pas que c'est agréable, mais est-ce si catastrophique que ça ? N'y a-t-il pas nettement plus grave ? Avec un peu de recul, prenons l'exemple de Monsieur et Madame Machin, qui ont vu leurs données fiscales partir dans la nature récemment. "Ben quoi, ils pourraient faire gaffe quand même, c'est vachement perso ça !".

Monsieur et Madame Machin ont une adresse mail @gmail.com. Combien de fois cette année ont-ils envoyé par mail leur avis de (non-) imposition, pour profiter d'un tarif préférentiel au centre social ou pour l'activité culturelle du petit dernier ? Lequel avis d'imposition est stocké sur un Cloud gratuit, avec tout le reste de leurs dossiers administratifs. Par ailleurs, il ne se plaignent jamais d'être géolocalisés 24h/24 par Whatsapp. Ni que Meta revende leur carnet d'adresse au complet, à quelle heure et combien de temps ils sont restés à discuter avec Monsieur Truc. C'est bizarre, mais mon pharmacien n'a même pas compris quand j'ai refusé d'envoyer ma carte de mutuelle et mon ordonnance à sa-pharmacie-de-quelque-part (…) @gmail.com. C'est vrai ça, où est le problème ? Et pourquoi donc ce jeu à la mode qu'on installe sur son téléphone demande-t-il l'accès au carnet d'adresses ? "Bof, clique donc sur "oui" sinon ça va pas marcher". Faut-il aussi mentionner les télés connectées, les "assistants personnels", … ? On n'en finirait pas.

Vous me direz peut-être que c'est différent, parce que là c'est légal. Oui mais ça reste discutable. Quand on se cache derrière des conditions générales d'utilisation qui sont copieusement rédigées pour être indigestes, ça ne peut que se terminer par TL;DR. Si seulement ces conditions générales étaient rédigées pour être franches et lisibles, ben faut reconnaître que ça donnerait moins envie :

  • on prend toutes vos données
  • on en fait ce qu'on veut
  • si vous n'êtes pas content on vous emmerde

Ce qui me déprime le plus, c'est que même avec ça la majorité des gens continuerait probablement de les accepter.

Et puis comme je ne suis pas moins parano qu'au début de ce journal, je ne peux pas m'empêcher de penser à mon iceberg. Combien de données (théoriquement) privées sortent discrètement - chiffrées - de tous nos machins connectés ? Chiffrement oblige, ça n'est pas identifiable comme des données personnelles, et donc personne ne peut se plaindre. Même si c'est illégal le risque de se faire prendre est quasi nul. Voir par exemple cet article qui date de 2021, je ne vois aucune raison pour laquelle la situation se serait améliorée depuis. Et puis tous ces fabricants seront très forts pour nous expliquer que ces données sont nécessaires pour le processus de mise à jour, et que tout ça c'est pour notre sécurité, hein, c'est important la sécurité. Excusez-moi, j'avais oublié que la motivation première de ces entreprises c'est certainement la philanthropie, et qu'elle prend sûrement le dessus sur la valorisation financière de ma vie privée…

Alors bon. Très cher hacker, oui toi, celui qu'on voit dans les journaux : tu peux rester sagement planqué derrière ta console toute verte, avec ta capuche de survêtement noire sur la tête. Prend donc mon nom et mon adresse, c'est de bon cœur. Mais sache tout de même que si tu fais ça pour la gloire, alors mon vieux tu peux ranger ton ego au placard. Tu n'atteins pas le millième de la cheville de l'industrie du pillage des données personnelles.

Voilà voilà. J'ai fini ma petite diatribe énervée, vous pouvez reprendre une activité normale.

  • # > la majorité des gens continuerait probablement de les accepter

    Posté par  (site web personnel) . Évalué à 4 (+2/-0).

    Ils ne les lisent pas en fait (perso j'ai arrêté il y a bien long temps). Ça avait inspiré un South Park mémorable d'ailleurs : https://fr.wikipedia.org/wiki/HumancentiPad

    Petite anecdote de la semaine : dossier d'entrée en crèche. Il y a pari plein de papiers à signer, un accusé de réception/lecture du règlement intérieur. Je rempli tout sauf ça, et je fais gentiment remarquer à mon interlocutrice que je n'ai pas reçu de règlement intérieur ; je ne peux donc déclarer l'avoir lu. Il s'est passé quelques secondes d'incompréhension avant qu'elle comprenne ce dont je parle et m'indique dans un casier comment accéder au dit règlement. J'imagine donc qu'on doit ne pas être nombreux à en réclamer la lecture…

    Adhérer à l'April, ça vous tente ?

  • # pas de civilisation, pas de fuite

    Posté par  (Mastodon) . Évalué à 3 (+2/-1).

    c'est que même avec ça la majorité des gens continuerait probablement de les accepter.

    Sont forcés à l'accepter ; être dans aucune fuite, c'est vivre en monastère ou en autarcie. C'est vivre sans aucune interaction avec la société moderne.

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