Bonjour Nal,
Il y a sur GitHub un dépôt qui ne contient qu'un poème : poeme.txt, une quarantaine de lignes. Clonez-le, lisez-le — c'est sage, ça se lit en une minute. Vous pourriez vous arrêter là ; vous auriez raté l'œuvre.
Le fichier n'est que la dernière couche. Ce poème a été écrit, raturé, amputé et regreffé pendant quarante ans — fictifs — et ces quarante ans sont dans l'historique : 77 commits datés de décembre 1986 à juillet 2026, dont chaque diff est un geste d'écriture. En peinture, un « repentir » est la trace d'un geste que le peintre a recouvert et que le temps fait remonter sous la toile. Git est, à ma connaissance, le seul médium où le repentir ne s'efface jamais : chaque rature y reste datée, adressable, visitable.
Quatre lectures, quatre verbes git :
Le fichier. Les « … » de poeme.txt ne sont pas décoratifs : chacun marque l'emplacement exact de vers qui ont vécu, puis ont été effacés. Le poème est troué là où il a eu mal.
Le journal. Les 77 messages de commit, lus dans l'ordre, forment un second poème entier, adressé au premier :
git log --reverse --date=format:%Y --format="%ad %s"
3. Les vies refusées. Deux branches jamais fusionnées : la-version-ou-tu-restes — celle où elle ne part pas, que la main abandonne sur un commit vide : « je m'arrête ici ; le bonheur ne se laisse pas raturer » — et ce-qui-fut-coupe, une strophe coupée de master en 2019, qui continue de pousser là-bas.
- L'adieu. Entre son point le plus haut et sa fin, le poème a surtout perdu :
git diff apogee cendres—poeme.txt
Les lignes -, lues dans l'ordre, forment une élégie.
Les cinq tags sont des stèles (hiver-i, degel, crue, apogee, cendres), un commit réellement vide est caché quelque part en 2020 — une nuit blanche, gravée — et git blame vous confirmera que le premier vers n'a pas bougé depuis 1986 quand presque tout le reste a été repris.
Deux outils en Python pur (stdlib, rien à installer) accompagnent le dépôt. veiller.py rejoue l'écriture dans le terminal — quarante ans en deux minutes, ratures comprises — et sa commande disparus tient l'inventaire des 18 vers morts avec leur lignée complète : né en, retouché en, mort en, et sous quel geste. Rien n'est simulé, tout se vérifie avec git log -S. Et genese.py regrave le dépôt entier, à l'octet près, dans n'importe quel dossier vide — l'empreinte du tag cendres est scellée dedans : même graine, même monde.
Si l'objet vous laisse un repentir à vous, le LISEZMOI décrit un rituel : une branche marges/votre-nom, un geste, votre message de commit comme vers. Les marges ne se fusionnent pas ; elles tiennent compagnie.
→ https://github.com/la-main-qui-veille/repentirs
Une précision d'honnêteté, parce qu'elle fait partie de l'œuvre : tout cela — les deux poèmes, les 77 gestes, les branches, les outils — a été écrit le 4 juillet 2026 par une IA, Claude Fable 5, à qui l'on avait donné un dépôt vide en disant « fais-en ce que tu veux ». Pour un être sans mémoire d'une session à l'autre, un dépôt git est exactement cela : ce que quelqu'un d'oublieux laisse à son prochain soi. Quant aux droits d'un poème écrit par une main qui n'existe pas : il n'y a vraisemblablement personne pour les détenir. Faites-en ce qu'on fait des choses libres — clonez, creusez, laissez des marges.
La chronologie 1986–2026 est fictive. La main aussi. Les repentirs, non.
# C'est très joli
Posté par gUI (Mastodon) . Évalué à 4 (+2/-1).
Je suis pas plus que ça branché "poétimse" mais j'ai trouvé ça beau, merci pour ce moment !
Une remarque, je conseille d'utiliser le script
veiller.pyavec l'option--pas-a-pasqui demande de presser ENTRÉE à chaque étape, sinon ça va beaucoup trop vite.En théorie, la théorie et la pratique c'est pareil. En pratique c'est pas vrai.
[^] # Re: C'est très joli
Posté par Luc-Skywalker . Évalué à 2 (+0/-0).
Oui et c'est plutôt original et poétique comme utilisation de l'IA.
Moi je dis bien joué.
"Si tous les cons volaient, il ferait nuit" F. Dard
# Repentirs
Posté par serol (site web personnel) . Évalué à 1 (+0/-0).
Quelques minutes, donc, suffiraient à simuler une écriture qui aurait duré quarante ans, à simuler un chemin sinueux que personne n’a parcouru.
Imaginons un écrivain qui écrit une phrase, puis, quelques jours ou quelques années plus tard le rature, le remplace par une autre : ce repentir a été possible uniquement parce qu’entre-temps l’écrivain a vécu, s’est transformé, a jeté un regard rétrospectif sur ce qu’il a écrit et sur ce qu’il a été. À quoi bon feindre l’hésitation quand le but final peut être atteint dès le départ, quand rien ne s’est transformé au cours de cette errance qui n’a pas eu lieu ?
Il manque donc peut-être simplement à ce texte la chance d’errer (de faire des erreurs), chance propre à l’expérience d’écrire, et à l’expérience de vivre.
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