Journal La crise économique qui vient

25
30
avr.
2026

Je profite du journal de Thomas sur l'envolée des prix des IA (ici) pour te parler des autres problèmes que connaîtra sans doute l'économie mondiale dans les semaines ou les mois à venir.

L'analyse n'est pas de moi mais de Frédéric Lordon, qui en parle de manière beaucoup plus détaillée dans le diplo du mois de mai, disponible en kiosques (éviter les Relay, propriété de Bolloré), mais aussi en libre accès sur son blog, La pompe à phynance. Je tente un petit résumé succinct ci-dessous.

Beaucoup attendaient en effet la crise du côté de la bulle IA, comme on avait vu venir la bulle internet en 2000. Lordon relativise énormément cette piste : pour lui, les krachs boursiers ne font en général pas trop de dégâts. Ce qui détruit vraiment les économies, ce sont les crises de la dette — et de la dette privée, précise-t-il (pas publique, quoi qu'on nous rabâche en permanence).

La prochaine bombe s'appelle le private credit. Le principe : des fonds gérés par Blackrock, Blackstone et consorts prêtent directement à des entreprises moyennes qui n'ont plus accès aux banques ni aux marchés obligataires car trop petites / trop risquées. Rendement annoncé de 10 %, en échange d'actifs totalement illiquides du fait de retraits limités contractuellement à 5 % par trimestre et de l'absence de titrisation. Tout va bien quand tout va bien.

Sauf que l'IA est effectivement en train de ravager le secteur de la tech, dans lequel ces fonds sont investis à hauteur de 20 à 30 %. Les taux de défaut sont passés de 1 % début 2024 à 5,8 % fin 2025, et UBS estime qu'ils pourraient atteindre 15 %, avec 35 % des actifs en danger. Les investisseurs commencent à vouloir sortir : Blackrock a reçu des demandes de retrait à 9 %, Morgan Stanley à 11 %, Cliffwater à 14 %. Tout le monde ne sert que les 5 % contractuels. Blue Owl, lui, a versé zéro.

Le problème, c'est que les banques ont elles aussi massivement prêté à ces fonds — 1 800 milliards de dollars d'engagements. L'encours total du private credit dépasse 1 500 à 2 000 milliards, soit le double des subprimes en 2008. Si des fonds tombent, des banques tombent avec. Wells Fargo est exposée à hauteur de 60 milliards. On commence à parler de risque systémique, et le mot Lehman ressurgit.

Pour couronner le tout, la dette des ménages américains est elle aussi sous forte tension : 8 % de retards sur les crédits auto et les cartes de crédit, 14 % sur la dette étudiante, 12 % sur l'immobilier commercial — un record depuis 2008. Et la guerre contre l'Iran, déclenchée dans ce contexte, désorganise le marché pétrolier et les chaînes d'approvisionnement mondiales au pire moment possible, en renchérissant les coûts des entreprises, réduisant ainsi leurs marges et leurs capacités de remboursement.

Lordon conclut en décrivant la mécanique bien connue de la crise de liquidité : tout le monde cherche du cash mais plus personne ne prête à personne, le crédit se fige, la banque centrale finit par envoyer les « camions citernes ». Un effet d'emballement potentiellement plus dévastateur que la crise des subprime, les capacités des états à porter secours aux banques étant diminuées.

Il note aussi que Michael Burry — celui du Big Short — a d'ores et déjà massivement liquidé ses positions pour revenir au cash, tout comme Warren Buffet.

Et il termine sur une note politique : contrairement à 2008, il faudrait cette fois faire quelque chose (de radicalement différent) de cette nouvelle crise majeure.

L'article est long, dense, et sourcé. Ça se lit d'une traite. Comme je suis sympa je vous remets le lien.

  • # Il ne nous reste plus qu'un mème à sortir

    Posté par  (Mastodon) . Évalué à 10 (+14/-2).

    • [^] # Re: Il ne nous reste plus qu'un mème à sortir

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 3 (+4/-4).

      C'est idiot comme mème. Ou idiot comme un mème, comme vous voudrez.

      Les problèmes économiques majeurs sont des problèmes qui touchent à peu près tout le monde. Peut-être pas de façon aussi égalitaire qu'un hiver nucléaire, mais ça peut quand même être bien assez grave. Parce que l'économie, ça ne veut pas dire la finance, ça veut dire la production, la répartition, l'échange et la consommation de biens et de services.

      À moins d'être autosuffisant en tout, les humains sont tous dépendants de l'économie. Même le village des Schtroumpfs a une économie, c'est l'exemple-type d'économie communiste primitive il me semble.

      • [^] # Re: Il ne nous reste plus qu'un mème à sortir

        Posté par  . Évalué à 4 (+2/-0).

        Ben justement, tout le monde va être impacté comme pour l'histoire des dinosaures et de l'astéroïde ?

        • [^] # Re: Il ne nous reste plus qu'un mème à sortir

          Posté par  (site web personnel) . Évalué à 2 (+1/-2).

          Clairement, une crise économique ça touche les gens d'une façon moins égalitaire qu'un impact d'astéroïde. Maintenant à y réfléchir je ne suis plus trop sûr de ce qu'il faut comprendre de cette image. :-/

          • [^] # Re: Il ne nous reste plus qu'un mème à sortir

            Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 10 (+17/-1).

            C'est plutôt dans l'autre sens: on est en pleine crise climatique avec un réchauffement à +3°, et y'a encore des dinosaures pour s'inquiéter d'une crise économique comme si c'était ça le problème.

            • [^] # Re: Il ne nous reste plus qu'un mème à sortir

              Posté par  . Évalué à -10 (+1/-12).

              Laisse-moi deviner, t'es du genre à dire "L'argent ne fait pas le bonheur" avec un PEA maxé et un crédit immobilier quasiment payé, non ?

              • [^] # Re: Il ne nous reste plus qu'un mème à sortir

                Posté par  (site web personnel) . Évalué à 4 (+2/-0).

                Goenka est né une cuillère en or dans la bouche et disait que l'argent ne faisait pas le bonheur. Eh bien il a plaqué sa vie dorée pour une vie de méditation. Juste pour dire qu'on peut être riche et sincère, ça existe. (Et je donne l'exemple de cette personne car ça me fait penser à une citation mais on pourrait bien sûr citer toutes sortes d'autres personnes en exemple)

            • [^] # Re: Il ne nous reste plus qu'un mème à sortir

              Posté par  . Évalué à 7 (+6/-2).

              Ben quoi, l'industrie pétrolière fait d'énorme profits, on va quand même pas faire une croix sur tout cet argent en investissant dans les renouvelables !

            • [^] # Re: Il ne nous reste plus qu'un mème à sortir

              Posté par  . Évalué à 9 (+7/-0).

              Oui alors j'ai du mal à voir en quoi une crise économique majeure ne sera pas une excuse pour bazarder toutes les (maigres) réglementations environnementales en place, au nom justement du primat (certes injustifié) de l'économie. Donc la crise climatique et plus largement écologique est plus grave, on est d'accord, mais elle aussi sera fortement aggravée par cette crise économique.

            • [^] # Re: Il ne nous reste plus qu'un mème à sortir

              Posté par  (site web personnel) . Évalué à 10 (+8/-0).

              Je pense que plein de gens sont multi taches et capables de s'inquiéter pour plusieurs choses en même temps.

              • [^] # Re: Il ne nous reste plus qu'un mème à sortir

                Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 10 (+11/-0).

                Pour ma part, je trouve que ces derniers temps j'atteins ou je dépasse les limites du nombre de choses inquiétantes que je suis capable de traiter en parallèle. Tant mieux si vous y arrivez mieux que moi.

              • [^] # Re: Il ne nous reste plus qu'un mème à sortir

                Posté par  . Évalué à 7 (+5/-1).

                Alors on pouvait déjà s'inquiéter pour le climat avec le boom de l'IA quand les GAFAMS ont dit "fuck la neutralité carbone". Ce n'est que la suite logique du déroulement des opérations. Non seulement ça fout en l'air leurs objectifs en propre mais aussi ça rentre en concurrence (financière par ex.) avec les potentiels efforts de décarbonation des autres.

                L'argent d'abord, toujours, et l'argent vite. Pour la transition de l'énergie ça marche quand c'est vraiment la merde genre "il n'y a plus du tout de pétrole" ou "oups c'est la guerre et on bouffe du pétrole vraiment trop vite, quand ça s'arrête tout s'arrête, on a vraiment besoin d'une alternative". Mais on peut craindre que quand ça va repartir … ben le pétrole sera cramé quand même, on profitera juste de plus d'énergie sous forme d'électricité, ptete pour l'IA pour … whatever. Faire de l'argent à court terme.

          • [^] # Re: Il ne nous reste plus qu'un mème à sortir

            Posté par  (site web personnel) . Évalué à 10 (+9/-0).

            Ou alors les dinosaures s'extasient sur la possibilité que cet impact génèrera 65 millions d'années plus tard une croissance économique fulgurante avec pour fondement le carburant fossile provenant des dits dinosaures.

            Peut être la forme d'immortalité souhaitée par cette espèce.

          • [^] # Re: Il ne nous reste plus qu'un mème à sortir

            Posté par  (site web personnel) . Évalué à 5 (+3/-0).

            ça me parait tout l'intérêt de cette image - on peut l'interpréter de six manières différentes. C'est le génie du meme - qui se présente comme une évidence mais en réalité sait jouer sur notre subjectivité.

  • # Vidéo de F.Lordon sur le sujet

    Posté par  (site web personnel) . Évalué à 8 (+7/-1).

    https://youtu.be/Yu-wqYCyInU?is=7mJJLuqAoyObwDuS

    (si qq'un a une source alternative à YT, qu'il n'hésite pas)

    Votez les 30 juin et 7 juillet, en connaissance de cause. http://www.pointal.net/VotesDeputesRN

  • # Solution

    Posté par  (site web personnel) . Évalué à 10 (+11/-0).

    Faire générer du cash par un LLM (sous forme de NFT) ?

    Ce post est offensant ? Prévenez moi sur https://linuxfr.org/board

  • # Tout est lié

    Posté par  (site web personnel) . Évalué à 10 (+10/-0).

    Vu le poids financier de la bulle IA, il me semble clair que quand la bulle claquera, il y aura des répercussions dans le monde réel. Ne serait-ce qu'à cause des GAFA …

  • # Cash

    Posté par  (site web personnel) . Évalué à 10 (+7/-0).

    Michael Burry — celui du Big Short — a d'ores et déjà massivement liquidé ses positions pour revenir au cash

    Ça veut dire quoi "revenir au cash" dans ce contexte ? Sortir un milliard de dollars en petite coupures et les planquer dans son matelas ?

    • [^] # Re: Cash

      Posté par  . Évalué à 6 (+4/-0).

      Des pistes ici.

    • [^] # Re: Cash

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 10 (+8/-0).

      Acheter des obligations d'États libellées dans leur propre monnaie.

    • [^] # Re: Cash

      Posté par  . Évalué à 7 (+5/-0).

      J'ai l'impression que cash ici veut dire "à la banque", par opposition à "investi dans des actions et autres outils financiers". De l'argent que tu peux sortir tout de suite quoi.

      • [^] # Re: Cash

        Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 3 (+1/-0).

        Pas dans le cas de Warren Buffet et autres gros investisseurs, si certaines banques font faillite.

        Mais pour le commun des mortels, il y a certes la garantie des dépôts qui suffit.

    • [^] # Re: Cash

      Posté par  (Mastodon) . Évalué à 9 (+6/-0).

      C'est surtout ne pas avoir de titre de propriété d'entreprises quelles quelles soient. Prends de la dette d'État par exemple (les fameux fonds en Euro).

      En théorie, la théorie et la pratique c'est pareil. En pratique c'est pas vrai.

      • [^] # Re: Cash

        Posté par  . Évalué à 5 (+5/-0).

        « les fameux fonds en Euro » ne sont pas forcément constitués d'obligations d'État même si beaucoup en contiennent, ils peuvent contenir beaucoup d'autres choses : obligations d'entreprises, actions cotées ou non, immobilier… Si on veut vraiment de la dette souveraine, il y a des fonds obligataires pour ça, disponibles sur beaucoup d'assurances-vie.

    • [^] # Re: Cash

      Posté par  . Évalué à 1 (+0/-0).

      Sur un "compte courant" et non sous la forme d'un actif financier.

  • # La crise économique c'est fantastique

    Posté par  . Évalué à 2 (+0/-0).

    La décadence, c'est la bonne ambiance

    https://www.youtube.com/watch?v=_COyP0BkXkY

    Les civils (1981).

    A écouter ici aussi: https://www.bide-et-musique.com/song/1034.html

    "Si tous les cons volaient, il ferait nuit" F. Dard

  • # Petite précision

    Posté par  (site web personnel) . Évalué à 5 (+3/-0).

    prêtent directement à des entreprises moyennes qui n'ont plus accès aux banques ni aux marchés obligataires car trop petites / trop risquées.

    La phrase est un peu ambiguë.

    des entreprises moyennes qui n'ont plus accès aux banques car elles sont trop risquées, ni aux marchés obligataires car elles sont trop petites.

  • # Ah les biais de confirmation

    Posté par  . Évalué à 1 (+0/-0).

    Et je dis pas que tu a forcément tord, mais
    -la partie crédit privé c'est pas nouveau comme problème…. Et même si ça fera mal ça n'a toujours pas créé de cataclysme…
    - tu exagères d'autres points. Y'a de l'idéalisme, pour ne pas dire une forme de parti pris….

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