Quel lien entre souveraineté numérique et logiciel libre ?

20
9
juin
2021
Justice

Le sujet de la souveraineté numérique, vue comme une autonomie stratégique pour l’Union européenne et les États membres dans l’espace du numérique, est un sujet qui revient de plus en plus souvent dans l’actualité, compte-tenu notamment de la prise de conscience collective de l’influence grandissante et sans doute excessive des GAFAM.

La Commission européenne, dans sa Communication d’octobre 2020 sur sa stratégie open source, en faisait un principe fondateur, et mettait en avant de nombreux arguments faisant le lien entre logiciel libre et souveraineté numérique.

Le gouvernement allemand a décidé au mois d’avril 2021 de créer un « centre pour la souveraineté numérique » (ZenDiS) dont la mission première sera la promotion des logiciels libres dans l’administration publique.

Le CNLL a récemment publié son étude de la filière du logiciel libre en France qui met en avant cette année, entre autres, ce sujet, et notamment l’implication des entreprises de l’écosystème français et des propositions concrètes. Voir en particulier les pages 59 à 93 du rapport détaillé.

Stefane Fermigier, co-président du CNLL, a été auditionné la semaine dernière par la mission d’étude de l’Assemblée nationale sur la souveraineté numérique, et a détaillé l’ensemble de ces points. La vidéo de ses échanges avec le rapporteur de la mission, le député Philippe Latombe, ainsi qu’une transcription, sont à présent disponibles.

Aller plus loin

  • # Les technologies libres ou européennes de cloud sont-elles exclues des marchés publics en France?

    Posté par  . Évalué à 7 (+5/-0).

    À propos du Cloud je signale une tribune de Jean-Paul Smets (Nexedi, Rapid.Space, ERP5, …) paru en anglais sur FDL (le site en commun avec Amarisoft, la boite de Fabrice Bellard) et traduit sur ZDNet :

  • # Naïveté et ignorance sont les 2 mamelles du renoncement

    Posté par  . Évalué à 9 (+10/-1).

    La souveraineté numérique est un sujet crucial pour le futur (généralement, quand on parle du futur, cela veut dire que c'est important là, maintenant, tout de suite). Pour certaines nations (US, Russie, Chine), c'est vue comme un sujet stratégique. La France et l'Europe n'ont plus d'OS (Ubuntu peut-être et faudrait voir l'actionnariat). Le seul acteur européen du logiciel à portée mondial est SAP. OK Dassault Systèmes existe, mais cela reste un acteur de niche. La dernière fois que j'ai regardé en gros, le CA de SAP c'était 1/10ème de celui de Microsoft, et le CA de Dassault Système une fraction de celui de SAP.

    Le problème n'est pas le logiciel libre ou non. Le problème c'est d'avoir une volonté d'exister dans l'univers numérique. Je crains que nos aimables dirigeants soient globalement totalement déconnectés de ces problématiques. Et donc, merci à Stéphane d'avoir porté la bonne parole.

    Si l'on veut créer une industrie du logiciel puissante, il faut prendre des décisions qui ne vont pas faire rigoler. Par exemple, interdire tout logiciel non européen dans l'éducation nationale et l'enseignement supérieur. Parce que pour avoir des entreprises, il faut qu'il y ait des marchés. Les logiciels américains déjà payés sur leur marché nationaux seront toujours moins chers, mieux finis, moins bugués que ce que 3 pelés et 4 tondus développent dans leur cave. Mais les 3 pelés et les 4 tondus, ils peuvent être quelques centaines quelques années après s'il y a le CA correspondant.

    Octave Klaba d'OVH dit qu'une des contraintes supplémentaires des startups en France, c'est d'être rentable. Effectivement, c'est une petite contrainte supplémentaire. On peut discuter, mais disons OK. A ce moment là, que l'état soutienne l'industrie européenne du logiciel en la privilégiant toujours, systématiquement. Les plans de R&D, c'est bien, les clients et le CA c'est toujours mieux.

    Il ne viendrait pas à l'idée de qui que ce soit à la Maison Blanche d'utiliser des softs non américains. Pourquoi n'adoptons-nous pas la même attitude ?

    • [^] # Re: Naïveté et ignorance sont les 2 mamelles du renoncement

      Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 3 (+5/-4).

      Il ne viendrait pas à l'idée de qui que ce soit à la Maison Blanche d'utiliser des softs non américains. Pourquoi n'adoptons-nous pas la même attitude ?

      Ah, mais parce que c'est national(iste) et que donc, c'est mal. Et attention hein, pas juste un peu mal.

      C'est tout ! :) Donc non seulement ils (pas juste les US hein) nous fourguent leur daube, ne touchent même pas la notre (de daube) avec un baton, mais ils ont également réussi à nous persuader de ce que sa mise en valeur est un discours de "haine".

      Eux n'ont aucun problème à aimer leur pays, leur industrie, c'est bien, ils ont le droit ; nous, on se l'interdit.

      Now that's good marketing :)

    • [^] # Re: Naïveté et ignorance sont les 2 mamelles du renoncement

      Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 6 (+7/-3).

      Par exemple, interdire tout logiciel non européen dans l'éducation nationale et l'enseignement supérieur.

      Les enfants vont rigoler avec le minitel.

      Mais sinon on peut aussi arrêter d'imaginer des trucs inutiles et faire un truc utile. Oui, j'ai de grands souvenir d'ATM enseigné à mon école d'ingé, le truc "parfait" sauf son coût : pour le prix d'un contrat garantissant le débit de bout en bout, les américains offraient 10x plus de bande passante avec Ethernet ce qui laissait large le débit voulu et en bonus on avait plus de débit.

      Tu penses contraindre pour vendre, perso je préférerai qu'on fasse des trucs utiles, et pour ça on ne peut s'en prendre qu'à nous même. Perso (c'est subjectif, certes) je pense que c'est cette mentalité de contraindre plutôt que de réfléchir à ce que veulent les acheteurs pour acheter qui met dans la merde.

      Il ne viendrait pas à l'idée de qui que ce soit à la Maison Blanche d'utiliser des softs non américains. Pourquoi n'adoptons-nous pas la même attitude ?

      C'est quoi la nationalité d'une logiciel libre patché par des gens partout sur la planète?
      A ma connaissance les américains utilisent pas mal Linux à certains endroits et ce dernier est né pas aux USA, et a des patch de pas des USA.

      C'est l'avantage du logiciel libre : on s'en fout complet de la "nationalité" du logiciel, si ça merde avec le mainteneur on forke.

      • [^] # Re: Naïveté et ignorance sont les 2 mamelles du renoncement

        Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 6 (+6/-2). Dernière modification le 10/06/21 à 00:56.

        Tu penses contraindre pour vendre, perso je préférerai qu'on fasse des trucs utiles, et pour ça on ne peut s'en prendre qu'à nous même.

        Globalement d'accord, les grands programmes gouvernementaux sont des usines à pognon, en plus d'être obsolètes. Et de fait, cette période (CII / Thomson, MO5 / X25 à l'école etc.) est révolue depuis bien longtemps.

        Clairement, pour moi aussi ça passe d'abord par une bienveillance de base quand il s'agit de choisir un produit, pas forcément informatique bien sur ; toutes les écoles du bled qui passent leur comm avec les parents sous Whatsapp, je l'ai encore en travers de la gorge.

        Contraindre, tout de suite les grands mots, conseiller ce serait pas mal, déjà.

        C'est toujours dans le même sens : Elles sont sous Movim, les écoles US ?

        C'est quoi la nationalité d'une logiciel libre patché par des gens partout sur la planète?

        Justement, la souveraineté numérique, c'est aussi de savoir où et quand choisir ce logiciel.

        La "nationalité" d'un cloud, c'est assez simple à déterminer : Qui a accès aux données ?

        Une autre réponse, plus simple, à ta question est: Là où va le pognon ?

        Moi je veux (quite sérieusement) bien jouer le jeu à la loyale, new deal, une économie (au sens large) totalement libre, un vrai partage de ressources, transparent, logique, mais c'est pas vraiment toujours comme ça que ça se passe, en vrai.

        Tout le monde pousse sa techno, ça triche à tous les étages, et si l'idée de ce rapport (qui est surtout orienté "libre Eu contre non-libre pas Eu" lis-le, bon après t'apprendras pas grand' chose, hein) est de pousser du libre à la place de "solutions" non seulement proprios mais extra-nationales (j'ai failli dire "étrangères" malheureux :p) pour faire bosser un peu les copains, bin alors, y'a pas d'raisons.

      • [^] # Re: Naïveté et ignorance sont les 2 mamelles du renoncement

        Posté par  . Évalué à 4 (+4/-1).

        Tiens, en faisant les louanges d’Ethernet sais-tu toute la base est française et que c'est ce qu'aurait pu être justement le Minitel ? Le souci de ce dernier a été d'avoir été contraint et voulu commercial+rentable rapidement…

      • [^] # Re: Naïveté et ignorance sont les 2 mamelles du renoncement

        Posté par  . Évalué à 1 (+1/-0).

        En fait, il faut faire une grande distinction avec ATM et autres. L'idée n'est pas d'imposer une solution donnée, c'est juste d'avoir un marché contraint ouvert. On peut installer / acheter ce que l'on veut, si c'est européen. Et le fait d'ouvrir un marché "intérieur" aux boites européennes de soft, c'est pour le coup extrêmement utile.

        Sur "ce que veulent les acheteurs", en fait, en informatique, les acheteurs n'ont plus vraiment le choix : logiciel américain, matériel chinois. Merci aux acteurs du libre, d'entretenir la flamme.

        Et la nationalité d'un logiciel libre est un sujet intéressant. Par contre, la nationalité de celui qui profite commercialement du logiciel libre, là, on a une idée précise. La boite faisant le plus de CA autour du libre c'est Redhat, et Redhat est américain. Suse est devenue rentable (bien) après avoir été racheté par Novell.

        • [^] # Re: Naïveté et ignorance sont les 2 mamelles du renoncement

          Posté par  . Évalué à 0 (+0/-1). Dernière modification le 11/06/21 à 17:58.

          Parlant de ça, tu me fais penser combien les décideurs en France, en bon consommateurs, aiment acheter du RHEL ou, en amoureux de gratuité et ne fidèles à leurs précâblages aiment pirater du CentOS. [trolldi bijour]

    • [^] # Re: Naïveté et ignorance sont les 2 mamelles du renoncement

      Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 4 (+1/-0).

      Le problème n'est pas le logiciel libre ou non. Le problème c'est d'avoir une volonté d'exister dans l'univers numérique. Je crains que nos aimables dirigeants soient globalement totalement déconnectés de ces problématiques. Et donc, merci à Stéphane d'avoir porté la bonne parole.

      Nos politiciens ont quasiment aucun des formations techniques ou scientifiques. Ils se font enfler par des commerciaux qui leur vendent leurs salades pour "rattraper notre retard".
      Quand on achète un logiciel de développement à Microsoft, ce n'est déjà plus le logiciel utilisé en interne. Quand on achète des outillages de développement de circuits électroniques, c'est pareil. Ce sont des investissements à fonds perdus. De plus la corruption n'est pas exclue.

      Les décideurs veulent ce qu'ils peuvent voir et comprendre : la partie émergée de l'iceberg. Le problème, c'est que les techniques actuelles sont dépendantes de beaucoup d'autres et de façon récursive.

      Développer une bonne filière informatique pourrait aller assez vite en finançant des développeurs autour de Mageia qui est la plus française des distributions. Une coopération avec les développeurs de KDE et de Suse permettrait de mettre en place un support efficace au niveau européen.

  • # Cloud souverain

    Posté par  . Évalué à 4 (+2/-0).

    A mettre en rapport avec la notion de cloud souverain sous licences fermées :

    https://linuxfr.org/users/wilk/journaux/le-cloud-souverain-francoogle

Envoyer un commentaire

Suivre le flux des commentaires

Note : les commentaires appartiennent à ceux qui les ont postés. Nous n’en sommes pas responsables.