Journal Lattice et l'open-source, la fin d'un rêve ?

42
5
juin
2020

Cher Journal.

Hier, David Shah, un des principaux développeur d'outils open source pour les FPGA (NextPnR, Trellis, prjoxide, ..) postait une citation de la nouvelle licence Lattice sur twitter:

Titre de l'image

Lattice interdit expressément de faire la rétroingénierie du format de ses fichiers de configuration appelé «bitstream».

L'ironie du sort c'est que cette nouvelle licence vient avec un SDK de développement basé massivement sur des logiciels libres et qui ne génère pas les fameux bitstream Lattice).

Bref la réaction stupide de Lattice au mouvement open-source n'est pas vraiment surprenante, c'est assez classique. Mais elle fait toujours mal.

D'autant que la communauté open-source s'est beaucoup engagée dans le support des composants de cette marque avec le support complet des ICE40, ECP5 et le support bien avancé des Crosslink-ng.

Ce qui a permit à Lattice de vendre beaucoup de kits de développement (le Icestick est régulièrement en rupture de stock) et de baser beaucoup de projet sur leurs composants.

Rappelons quand même que Lattice est un vendeur de composants électronique, pas un vendeur de logiciel. Donc la logique voudrait qu'ils cherchent à ce que leurs composants soient supportés par le maximum de logiciels (opensource ou non).

Bref, une réaction qui ne fait pas rire grand monde :(

  • # légal ?

    Posté par  . Évalué à 10 (+14/-0).

    Je ne suis même pas sur que cette clause soit applicable en Europe.

    Il existe un droit à l'ingénierie inverse quand la compagnie ne fait rien pour l'interopérabilité. Il faut par contre faire attention de ne pas leur piquer du code (violation de droit d'auteur), et donc de séparer celui qui écrit la spec avec le reverse, de celui qui implémente le code.

    "La première sécurité est la liberté"

  • # Le «Bad buzz» ça sert !

    Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 10 (+14/-0).

    Lattice a vu le bad buzz monter ces dernier jours.

    Hé bien vous savez quoi ?

    Ils ont bien réagit en supprimant la clause \o/

    Le message sur twitter :

    Thanks for pointing out a new bitstream usage restriction in the Lattice Propel license. It is not our intent to hinder open source tools. See http://www.latticesemi.com/FileExplorer?media={26E903C5-25C7-41AC-873C-27A8D6CED778}&document_id=52956 re an updated license. We are excited with the open source community’s FPGA achievements and their potential.

    Et sur linkedin:

    To the open source community, thank-you for pointing out a new bitstream usage restriction in the Lattice Propel license. We are excited about the community’s engagement with Lattice devices and our intent is to not hinder the creation of innovative open source FPGA tools.

    You can log into the Lattice website and check out the updated license text at http://www.latticesemi.com/FileExplorer?media={26E903C5-25C7-41AC-873C-27A8D6CED778}&document_id=52956. Please note that the license text is also replicated during install, and the new text will be available in tools available for download early next week. Thanks again for the feedback.

    Le chapitre de la license en question :

    e. Licensee shall not distribute, copy, transfer, lend, incorporate, modify, use or sublicense the Software or any Modules for any purpose except as expressly provided herein or as otherwise permitted under relevant law, or in advance by Lattice in writing. In particular, no right is granted hereunder (1) to use the Software or any output of the Software to program or develop designs for devices or semiconductors other than those of Lattice Semiconductor itself or (2) for purposes of benchmarking or competitive analysis of the Software with respect to any other software or programmable logic design tool.

    Bon il reste toujours l'interdiction bizarre (et qui n'a aucune valeur juridique) de faire du benchmarking de leur soft.

    C'est une bonne réponse de Lattice. L'employé(e) du service juridique qui a voulu faire son malin a peut-être chaud à ses fesses maintenant ;)

    • [^] # Re: Le «Bad buzz» ça sert !

      Posté par  . Évalué à 8 (+5/-0).

      Bon il reste toujours l'interdiction bizarre (et qui n'a aucune valeur juridique) de faire du benchmarking de leur soft.

      C'est fréquent comme clause, ce serait con de se retrouver moins bon qu'un autre dans un benchmark. Le but n'est pas d'empêcher l'usage interne mais la publication de benchmark surtout.

      L'employé(e) du service juridique qui a voulu faire son malin a peut-être chaud à ses fesses maintenant ;)

      Il doit plutôt s'agir d'une société externe qui a un contrat type.

      « Rappelez-vous toujours que si la Gestapo avait les moyens de vous faire parler, les politiciens ont, eux, les moyens de vous faire taire. » Coluche

      • [^] # Re: Le «Bad buzz» ça sert !

        Posté par  . Évalué à 6 (+5/-1).

        C'est fréquent comme clause

        Le fait que ça soit fréquent ne contredit en rien le fait que ça n'ait aucune valeur juridique. La clause me semble même assez farfelue; si quelqu'un publie un benchmark défavorable, c'est du ressort du délit de presse (on peut porter plainte pour diffamation contre le responsable de la publication). Le lien entre le responsable de la publication et le propriétaire du matériel me semble très difficile à établir (il faudrait prouver sur quel matos le test a été physiquement réalisé (?!?)) pour aller accuser ce dernier de violation de licence (?!?)). Un peu comme si la licence de MS Word t'interdisait de ne jamais publier aucun commentaire comparant le logiciel avec un autre traitement de texte; le jour où tu publie sur facebook "Essaye LibreOffice, il y a des fonctions qui marchent mieux que dans Word" -> crac, tu as violé la licence?

        Après, raconter n'importe quoi dans des conditions générales de vente est une pratique courante, et peu risquée (au pire, après l'action d'une association de consommateurs, on peut se retrouver obligé de retirer la clause; une sorte de jeu où l'on ne peut pas vraiment perdre, quoi). Typiquement, les instructions qui essayent de t'expliquer que sans réserve écrite au moment de la livraison tu ne peux pas demander le remboursement d'un truc livré cassé, ou que pour faire jouer la garantie légale il faut retourner l'appareil dans son emballage initial… Ça ne coûte rien d'essayer, peut-être que des gens se font impressionner par ce genre de clauses.

        • [^] # Re: Le «Bad buzz» ça sert !

          Posté par  . Évalué à 4 (+1/-0).

          De mémoire, la clause de non benchmark est assez courante, par exemple, c'est difficile de trouver des benchmarks de base de données commerciales.

          J'imagine qu'à la base, il en avait marre des testes biaisés (son propre produit ultra optimisé, vs le produit du concurrent en mode par défaut, ou dans un contexte défavorable dans le meilleur cas)

          "La première sécurité est la liberté"

          • [^] # Re: Le «Bad buzz» ça sert !

            Posté par  . Évalué à 7 (+4/-0).

            De mémoire, la clause de non benchmark est assez courante, par exemple, c'est difficile de trouver des benchmarks de base de données commerciales.

            Ou dans les hyperviseurs. Tu ne trouve pas de benchmark VMware par exemple. Par contre, eux ne se gênent pas pour faire des benchmarks biaisés avec des produits opensources.

            « Rappelez-vous toujours que si la Gestapo avait les moyens de vous faire parler, les politiciens ont, eux, les moyens de vous faire taire. » Coluche

        • [^] # Re: Le «Bad buzz» ça sert !

          Posté par  . Évalué à 5 (+2/-0).

          Le fait que ça soit fréquent ne contredit en rien le fait que ça n'ait aucune valeur juridique.

          Tout à fait, ça contredit plus le fait que c’est bizarre.

          La clause me semble même assez farfelue; si quelqu'un publie un benchmark défavorable, c'est du ressort du délit de presse (on peut porter plainte pour diffamation contre le responsable de la publication).

          Ce n’est valable qu’en France (et certains autres pays). En plus, Tu peux publier un benchmark défavorable de manière honnête, mais ça, ils ne veulent pas non plus.

          Le lien entre le responsable de la publication et le propriétaire du matériel me semble très difficile à établir (il faudrait prouver sur quel matos le test a été physiquement réalisé (?!?)) pour aller accuser ce dernier de violation de licence (?!?)).

          Le but, c’est d’éviter la publication. Donc d’être assez menaçant.

          Ça ne coûte rien d'essayer, peut-être que des gens se font impressionner par ce genre de clauses.

          Ou qu’ils n’ont pas envie de perdre des dizaines d’heures à se battre contre le service commercial.

          « Rappelez-vous toujours que si la Gestapo avait les moyens de vous faire parler, les politiciens ont, eux, les moyens de vous faire taire. » Coluche

          • [^] # Re: Le «Bad buzz» ça sert !

            Posté par  . Évalué à 3 (+3/-2).

            Ce n’est valable qu’en France (et certains autres pays). En plus, Tu peux publier un benchmark défavorable de manière honnête, mais ça, ils ne veulent pas non plus.

            La diffamation ne se détermine pas sur le caractère honnête ou malhonnête. Il suffit de dire publiquement "X a fait Y" pour que la diffamation soit caractérisée. Après, c'est au niveau de la condamnation que ça va jouer; tu peux plaider la publication d'informations fausses de bonne foi, ou la publication d'informations vraies, ce qui devrait alléger la peine ou même l'annuler.

            Ou qu’ils n’ont pas envie de perdre des dizaines d’heures à se battre contre le service commercial.

            Oui, mais c'est ça que je ne comprends pas. OK, tu publies un benchmark dans un billet de blog, par exemple. Le service commercial te contacte pour te dire "attention, vous n'avez pas le droit, la licence l'interdit". Tu réponds "Bonjour; ça n'est pas moi qui ai réalisé les tests, je n'ai jamais eu le matériel en mains, j'ai juste récupéré les données et je les ai analysées; je ne suis donc pas concerné par les clauses de la licence". Ils peuvent toujours essayer de te demander qui a fait les tests, mais rien ne t'oblige à répondre. À partir de ce moment là, je ne vois pas comment ce bazar peut continuer sans aller dans le sens d'un délit de presse (qui est constituté), vu qu'ils sont dans l'impossibilité totale de prouver que tu es lié par leur licence, si tu as pris un minimum de précautions…

            • [^] # Re: Le «Bad buzz» ça sert !

              Posté par  . Évalué à 4 (+1/-0).

              La diffamation ne se détermine pas sur le caractère honnête ou malhonnête.

              « allégation ou [l']imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé »

              Si je dit que X a les même perfs que Y, ça ne porte pas atteinte à son honneur ou à sa considération. Par contre, le service marketing de X qui dit que Y est tout pourri ne pas pas trop apprécier.

              À partir de ce moment là, je ne vois pas comment ce bazar peut continuer sans aller dans le sens d'un délit de presse (qui est constituté), vu qu'ils sont dans l'impossibilité totale de prouver que tu es lié par leur licence, si tu as pris un minimum de précautions…

              Je crois qu'ils peuvent au moins te demander de retirer les infos de ton site vu que celui qui te les as donné n'avait pas le droit de le faire.

              « Rappelez-vous toujours que si la Gestapo avait les moyens de vous faire parler, les politiciens ont, eux, les moyens de vous faire taire. » Coluche

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