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: Râleurs pessimistes ou visionnaires d'un avenir sombre ?

Posté par Benoît Sibaud (Jabber id, page perso, ). Modéré le 11 août 2004.
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Signe des temps, un certain nombre de textes parus ces dernières années nous prédisent un avenir dans le style du livre « 1984 » de George Orwell ; ils se fondent sur les évolutions légales ou techniques récentes : l'informatique dite de « confiance » (TCPA, Palladium), les directives liberticides sur le droit d'auteur : DMCA (Digital Millenium Copyright Act), EUCD (European Union Copyright Directive), IPRE (IP Rights Enforcement), brevets logiciels, LEN (Loi sur la Confiance dans l'Économie Numérique), etc.

Rappel de quelques textes :
- en 1997, Richard Stallman écrivait pour la revue Communications of the ACM « Le droit de lire » (aussi appelé « The Road to Tycho »).
- en 2000, Mark Summerfield publiait « Lettre de 2020 » (traduit ensuite par Frédéric Renet).
- en 2002, Nyco diffusait « Le droit d'écouter ».
- tout récemment, Khane a écrit « Le droit d'écrire ».

Signe des temps ou cris d'orfraie ?

> Lire la suite (219 commentaires, moyenne: 2,1).   [dépêche : 1258 caractères]

Les batailles autour de l'immatériel sont multiples : révolution du numérique, volonté de tirer tous les profits de la « propriété intellectuelle » (DRM, augmentation de la durée des droits, reprivatisation du domaine public, utilisation de la technique pour limiter la copie privée/fair use, brevets logiciels, brevets sur les médicaments, traité dit des « casters », etc), bataille autour des formats, pratiques anti-concurrentielles sur l'interopérabilité, etc. Entre les FAI qui veulent plein de clients et vendre de la bande passante, les producteurs de vidéo et de musique qui veulent pressurer le client sans s'adapter, et puiser dans le domaine public mais jamais rien y faire entrer, les producteurs de matériel qui veulent vendre des graveurs et des baladeurs, les consommateurs qui veulent tirer le meilleur de la technologie sans se préoccuper du reste, les gens qui se ruent sur les bons coups médiatico-commerciaux genre kazaa et skype, les politiques qui après le 11/9 veulent fliquer un maximum les internautes, les sociétés de gestion des droits des artistes aux comptes opaques qui ramassent la redevance pour compensation de la copie privée...

Et elles inquiètent visiblement nos contemporains, si l'on en juge par leurs textes sombres.

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Dans le même genre

Posté par dhaos () le 11/08/2004 à 09:46. (lien). Évalué à 5.

Globalia de Jean-Christophe Rufin

"Chacun y est libre de ses actes. Or, la tendance naturelle des êtres humains est d'abuser de leur liberté, c'est-à-dire d'empiéter sur celle des autres. La plus grande menace sur la liberté, c'est la liberté elle-même. Comment défendre la liberté contre elle-même ? En garantissant à tous la sécurité. La sécurité, c'est la liberté. La sécurité, c'est la protection. La protection, c'est la surveillance. La surveillance, c'est la liberté. "

Great !

Posté par akauffmann (page perso, ) le 11/08/2004 à 09:59. (lien). Évalué à 4.

C'est franchement une excellente idée de prendre un peu de recul sur l'actualité brulante, de sortir de l'ombre quelques perles des journaux et de les mettre en perspective avec de plus anciennes réalisations.

Merci Mister Sibaud :)

L'hominisation au service de la finance ?

Posté par Manuel Menal (page perso, ) le 11/08/2004 à 10:00. (lien). Évalué à 8.

Quitte à susciter les habituelles accusations de « récupération politicienne », et de déchaîner les foudres des libéraux présents, je tenais à vous faire partager les quelques lignes sur lesquelles je suis tombé en relisant un livre datant de 2000, mais qui me semble proposer un début d'analyse tout à fait actuelle de la logique guidant l'ensemble de ces mesures.


Aussi bien est-ce sur un tout autre terrain que le passage de ces services sous la coupe du capital a des conséquences proprement bouleversantes : celui des contenus d'activités et de leurs fins. pour les soumettre à sa loi de rentabilité, le capital doit les reconditionner plus ou moins entièrement, quitte à en altérer le sens même. Premier impératif : la marchandisation, rien n'étant plus nécessaire au dégagement de profit que l'objectivation préalable de la valeur dans un produit. Or rien non plus n'est en général aussi contraire à l'essence même des activités de service dont le partenaire direct est l'être humain. Leur prise en main capitaliste n'en a cure : tout a vocation d'être métamorphosé en "produit", dût sa raison d'être en périr. C'est l'invasion de la vénalité chosifiante. Dans le sport de haut niveau financiarisé par exemple, comme on sait, tout s'achète et se vend : sportif sponsorisé, performance dopée, victoire médiatiséée - jusqu'au moment où, le produit ayant perdu son intérêt et par suite sa profitabilité, la finance ira tuer ailleurs. L'information scientifique, autre exemple, ne peut être une marchandise, puisqu'une fois cédée je la possède encore. Qu'à cela ne tienne : en organisant le secret, en l'imposant même au chercheur par contrat, dénaturant ainsi la prise de brevet en principe faite pour concilier protection et transparence de l'idée nouvelle, je la métamorphose en produit vendable, au prix il est vrai d'un détail : le savoir, même fondamental, cesse d'être bien public...


(J'ai volontairement laissé le premier exemple, qui aide, à mon avis, à comprendre la teneur de l'analyse. Pour les curieux, il s'agit d'un extrait de « Commencer par les fins » (sous-titre : « La nouvelle question communiste »), de Lucien Sève.)

On retrouve bien les éléments déjà à la base de la création du mouvement du Libre - organisation du secret, avec les « Non-Disclosure Agreement » -, l'extension du brevet au delà de sa fonction traditionnelle, et les renforcements successifs et incessants de la « propriété intellectuelle ».

Les altermondialistes me répondront que l'analyse de la marchandisation n'a rien de nouveau : la rattacher à une analyse complète, marxienne, des logiques du capitalisme permet d'imaginer en quoi ces logiques contiennent en elle-même les présupposés de leur dépassement. Pour l'ensemble des gens concernés par la question des brevets logiciels, je vous invite à vous intéresser au problème de la publication scientifique, en lisant le passionant essai de Jean-Claude Guédon, que certains d'entre nous ont eu l'occasion de découvrir lors d'une conférence improvisée aux RMLL 2003 : http://doc-iep.univ-lyon2.fr/Edelec/(...) (le lien ne répond plus pour l'instant, et je ne trouve pas de miroir :-/) ;

la faute : l'abus de p2p

Posté par python () le 11/08/2004 à 10:21. (lien). Évalué à 4.

Si la LEN existe c'est en partie parce que les français ont un triste record d'utilisation de p2p. Certains français fréquentant le forum hardware.fr me disent qu'ils font le triple de gigaoctets de ce que je télécharge en amont par mois.