Extensions Inkscape, brodeuse et palettes

Posté par (page perso) . Édité par ZeroHeure, Davy Defaud, Nÿco, Pierre Jarillon et Benoît Sibaud. Modéré par tankey. Licence CC by-sa.
45
2
fév.
2019
Do It Yourself

Au départ de cette série de trois tutoriels, un « instructable » du site du même nom : Inkscape to Embroidery Machine, dont l’objet porte sur l’utilisation de l’extension Inkstitch de mon logiciel de dessin vectoriel préféré. Cette extension est, à ma connaissance, la seule façon de pouvoir utiliser une brodeuse en travaillant sous GNU/Linux et, de fait, ôte un frein au passage à un système d’exploitation libre.
Je me suis empressée de demander la permission de traduction, qui fut accordée tout aussi promptement. À l’arrivée, on a une simili‐série de trois tutoriels sur :

En effet, l’instructable s’est révélé assez succinct à la lecture et, de toute façon, il fallait refaire toutes les captures d’écran.

Sommaire

Installation d’une extension dans Inkscape

Installer une extension dans Inkscape n’est ni très compliqué, ni très évident.

Pas évident, parce qu’il n’y a rien dans les menus qui indique que l’on peut en installer une à partir du logiciel, comme dans Firefox, LibreOffice ou Thunderbird, par exemple. Et pas évident, parce que la FAQ d’Inkscape sur le sujet est pour le moins succincte.

Pas compliqué, parce qu’il suffit presque d’ajouter les fichiers de l’extension dans le dossier de profil d’Inkscape. Sur les ordinateurs normaux, donc sur GNU/Linux, il figure par défaut à ce niveau : home/<nom d’utilisateur>/.config/Inkscape.

Curieusement, la FAQ du logiciel ne donne que l’adresse d’un seul système d’exploitation.

Ce premier tutoriel explique plus en détails comment télécharger l’extension et l’installer, notamment si elle est assez complexe avec des tas de fichiers et des sous‐dossiers, et il délivre des conseils judicieux (enfin, je l’espère), fruit de mes errements.

Utilisation d’Inkstitch pour créer des motifs pour machine brodeuse

Une fois qu’on a installé l’extension, ouvrir Inkscape. Il faudra aussi installer les palettes de couleurs d’Inkstitch : menu Extensions → Ink/Stitch → Installer des extensions pour Inkscape. Et, bien sûr, redémarrer.

Ces palettes sont importantes pour l’extension car ce sont celles des fils à broder des fabricants, un peu comme les étiquettes dans LibreOffice.

L’extension elle‐même propose plusieurs fonctionnalités utiles :
Aperçu des commandes dans Inkstitch

  • ajout de commandes, début, fin du remplissage, coupe du fil, etc. (voir l’image ci‐dessus pour un rendu des commandes) ;
  • simulation de la broderie (voir la capture d’écran ci‐dessous) ;
  • exportation dans un format de broderie.

Simulation de broderie

Le tutoriel ne va pas dans les détails des commandes qui dépendent un peu de la brodeuse (je n’en suis pas équipée), mais donne deux ou ou trois trucs pour la création de motifs. Je me suis rendu compte notamment que pouvoir simuler correctement le dessin ne signifie pas qu’on puisse le transférer en fichier de broderie. Si vous voulez utiliser, à tout hasard, le manchot rose du meilleur site français sur GNU/Linux, il va falloir sacrément le retravailler pour que cela fonctionne, et maîtriser les diverses fonctions d’Inkscape pour vectoriser une image matricielle, en plus des fonctionnalités de votre machine brodeuse. La version anglaise détaille un peu plus comment relier le motif sur la clef USB avec la machine brodeuse, mais comme ça dépend aussi des machines…

Pour finir, l’article donne quelques conseils d’achat en matière de brodeuse, mais uniquement sur ce qui concerne la partie informatique et plus précisément les formats de fichiers.

Les palettes de couleurs dans Inkscape

En complément des deux tutoriels précédents, celui‐ci indique comment utiliser l’extension Palette pour en générer une (ou plusieurs). Il montre aussi l’intérêt, la facilité d’utilisation et les limites, comme l’impossibilité de donner des noms aux couleurs qui sont donc recensées par leur numéro hexadécimal. L’extension est en anglais, si vous n’êtes pas très à l’aise avec cette langue, il vous permettra donc de comprendre ce qu’il faut faire et les options des palettes générées par l’extension.

Évidemment, ce tutoriel n’aurait pas été complet sans une partie sur l’utilisation des palettes. Rien de compliqué d’ailleurs, on affiche les palettes (menu Affichage ou raccourci clavier Maj + Ctrl + W) et ensuite on peut choisir celle que l’on veut dans la liste des palettes. Utiliser des palettes spécifiques permet de gagner beaucoup de temps, et pas uniquement pour faire des motifs de broderie.

Arrivé à ce stade, un tutoriel sur la gestion des couleurs et la création de diverses palettes s’impose, ce que je ferai dans un avenir proche et qui complètera celui que j’avais écrit sur les couleurs dans LibreOffice. En attendant, je vous souhaite une bonne lecture !


Petite interview

Nous avons profité de cette dépêche pour interroger Ysabeau sur ses activités. Elle est relativement nouvelle ici et nous a gratifié de plusieurs dépêche originales et vivantes, elle est un peu atypique parmi les contributeurs réguliers. Ça méritait bien une petite présentation.

Tu es formatrice, tu animes plusieurs sites et participe activement à des associations. Qu’est‐ce qui te pousse dans tes contributions : le militantisme, le plaisir, parce que ça rejoint ton travail, les gens ?…

Dans le lot, j’ai deux sites professionnels (numericoach.net et dutailly.net) qu’il faut bien animer et pour lesquels je pense qu’il est nécessaire de montrer ce que je sais faire. Par ailleurs, au fil du temps, le site Tutoriels et logiciels libres (dutailly.net) est devenu aussi, pour moi personnellement, un endroit où je vais chercher facilement manipulations ou autres dont je peux avoir besoin anecdotiquement (typiquement : installation SPIP ou création d’une palette de couleurs LibreOffice). Le troisième, aiguilles-magiques.com, c’était, au départ, pour partager mes modèles de tricot dans le cadre d’un forum, et ensuite, c’est devenu aussi un terrain d’exploration, d’apprentissage et de formation continue sur la construction de sites Internet.

Pour les associations, je ne sais pas ce que veut dire « activement », mais disons que je fais de temps en temps des trucs pour l’April (j’ai fait un lot de modèles de documents pour des fiches pour les bénévoles sur les salons par exemple ou encore la housse pour le fameux clavier à clous), La Mouette (association pour une bureautique libre, surtout une présence à la Fête de l’Huma, en fait) et j’interviens de temps en temps sur le forum de Mageia online où j’ai, à mon petit niveau (wiki), participé à la prochaine version de la distribution.

Après, le Libre, c’est aussi une question d’éthique et une forme d’investissement politique sans être politicien. Et j’aimerais bien pouvoir ne plus faire des formations qu’avec des logiciels libres, c’est tellement plus simple.

C’est donc un engagement militant ?

Plutôt humaniste, éthique et pragmatique en fait. Disons que sur ce point j’aurais tendance à me situer un peu dans la lignée (et toutes proportions gardées) des révolutionnaires de 1790 qui ont donné le système métrique au monde.

On connaît tous des gens qui s’excusent de ne pas contribuer au Libre sous des prétextes divers, fréquemment parce qu’ils manquent de temps ou de connaissance. Pourtant il suffit de s’y mettre peu à peu. Comment t’organises‐tu entre toutes tes activités ?

D’abord, je fais ce que je veux. Je veux dire, je choisis, quitte à proposer quelque chose parce que j’ai envie de le faire. Ensuite, beaucoup tourne autour de la rédaction, c’est tout de même un de mes métiers. Et puis je suis indépendante, pas trop débordée par mes clients, donc je peux plus facilement gérer mon emploi du temps. Et, enfin ça me donne des prétextes pour concevoir, fabriquer ou encore m’exercer à des logiciels. C’est pour ça, d’ailleurs, qu’en préparation de la version 7 de Mageia, j’avais proposé de dessiner un lot d’icônes pour une page wiki et pour faire mumuse avec Inkscape.

Est‐ce qu’une formatrice saurait lister quelques écueils typiques en informatique sur lesquels il faudrait réfléchir ?

L’informatique c’est du langage, de la réflexion et du pragmatisme.

C’est valable pour tout le monde et tous les secteurs, le gros problème, c’est le jargonisme, mais aussi le manque de vocabulaire des fanas d’informatique.

Les gens, et ce n’est pas une question de genre, d’intelligence, de niveau intellectuel ou de connaissance de l’informatique, ne lisent en général pas les indications de l’écran : menus, boîtes de dialogue, etc. Et certaines traductions dans les logiciels sont épouvantables (on va mettre ça sur le compte des traductions…) et pas vraiment claires pour tout le monde. Par exemple, « éditer », en français, cela veut dire « publier » et surtout pas « modifier ». En anglais, publier se dit « to publish ». En règle générale, le logiciel, même le plus pourri du monde qu’on connaît par cœur, est meilleur que celui, même excellent, que l’on vient d’installer.

Après, ça dépend des gens. Je me suis retrouvée une fois devant des personnes (professions intellectuelles) qui m’ont regardé avec des yeux ronds quand je parlais de « ranger ses fichiers ». C’était une notion qui leur était totalement étrangère (une de leur collègue m’a ensuite dit que, pour l’un deux, c’était l’épouse qui venait ranger son bureau dans l’entreprise).

Le plus compliqué c’est peut‐être l’aspect basique justement : ranger, retrouver ses fichiers, les organiser, et ça touche toutes les générations. C’est pourtant plus facile qu’en vrai je trouve. Mais c’est de la faute à ces saletés de dossiers par défaut. Et aussi, ce qui est agaçant le fameux « c’est pas intuitif ». Mais rien n’est intuitif, tout s’apprend, à commencer par la propreté et la marche, mais ça on ne s’en souvient pas.

On est souvent très technique sur LinuxFr.org. Trop, peut‐être, pour le public ? C’est rebutant ?

Non, on prend ce que l’on veut, sinon on ne va pas sur le site. Ce qui est rebutant, c’est le jargonisme, tous ces mots anglais plus ou moins bien employés (faux amis). Surtout dans les commentaires, j’ai parfois l’impression d’avoir affaire à des gars qui se la jouent.

Ce qui est rebutant, aussi, c’est le sexisme avec cette sempiternelle Madame Michu donnée en exemple de bêtise informatique. Et ça, c’est d’une stupidité confondante car c’est fondé sur une idée que tous les utilisateurs lambdas seraient identiques. C’est peut‐être le problème plus général de l’informatique en fait.

C’est un site de référence, pas forcément celui vers lequel je me tournerai d’office pour appeler à l’aide, mais celui qui me permet de suivre l’actualité du Libre. Et il est bien sympa. Comme je le disais à Jehan dans un commentaire sur GIMP : les dépêches et les commentaires sont bien utiles et on apprend beaucoup.

Sinon, je ne sais toujours pas ce que signifie « Il vous reste xx avis ».

Aller plus loin

  • # Il vous reste xx avis

    Posté par (page perso) . Évalué à 10.

    Sinon, je ne sais toujours pas ce que signifie "Il vous reste xx avis".

    Le nombre de fois que l'on peut noter pertinent/inutile des contenus ou commentaires, sur une journée, calculé suivant le karma. Cf https://linuxfr.org/aide#aide-karma

    • [^] # Re: Il vous reste xx avis

      Posté par (page perso) . Évalué à 9. Dernière modification le 03/02/19 à 15:43.

      Ah merci, j'ai bien dû lire cette page plus d'une fois sans trouver l'explication.
      Sinon j'aurais tendance à suggérer de multiplier le nombre de base par la constante d'Avogadro, de diviser ça par Pi et d'ajouter 2,54. Ça ne serait pas beaucoup plus compliqué, mais ça ferait plus classe.

      OS préféré Mageia 6 et Mageia 7, CMS préféré SPIP, suite bureautique préférée LibreOffice, logiciel de dessin préféré Inkscape.

  • # Définir les mots

    Posté par (page perso) . Évalué à 8.

    Le mot « instructable » revient souvent. Ce qui me chagrine, c'est que ce mot n'ait pas de définition dans les dictionnaires.
    Fabriquer des néologismes est cependant nécessaire pour suivre l'évolution des technologies, mais il faut les définir avant de s'en servir dans le texte qui les emploie.

    Un exemple plutôt ardu est celui des écrits de Teillard de Chardin. Il arrive à donner un sens à des mots et à des phrases qui prises isolément n'auraient que peu d'intérêt.
    Pour rester simple, je vous recommande de voir Les quatre sens des mots. C'est beaucoup plus facile et vite lu…

    Je voudrais remercier chaleureusement Ysabeau pour ses articles très originaux qui piquent notre curiosité.

    • [^] # Re: Définir les mots

      Posté par . Évalué à 2.

      Dans ton texte titré « Les quatre sens des mots », tu affirmes ceci sur la façon d'aborder le sens des mots par les philosophes :

      Pour avoir de tout temps répugné à restreindre le sens des mots, croyant restreindre aussi leur pensée, ils n'ont que très peu progressé en logique depuis l'antiquité. C'est ainsi qu'ils ne peuvent que décrire leur ignorance.

      Peut-être n'as-tu pas connaissance de cette branche de la philosophie nommée Philosophie analytique… Voici un court extrait du chapeau de l'article :

      Sa démarche s'appuie sur une analyse logique du langage cherchant à mettre en évidence les erreurs de raisonnement que celui-ci peut induire et faisant ainsi de la « clarification logique de la pensée » le but de la philosophie selon le mot de Carnap.

    • [^] # Re: Définir les mots

      Posté par (page perso) . Évalué à 3.

      Il suffit de suivre le lien pour du site éponyme pour comprendre le terme. Et si on considère la phrase initiale :
      Au départ de cette série de trois tutoriels, un « instructable » du site du même nom : Inkscape to Embroidery Machine, dont l’objet porte sur l’utilisation de l’extension Inkstitch de mon logiciel de dessin vectoriel préféré.

      De nombreux indices sont données pour comprendre le sens sans passer par une définition. L'utilisation de guillemets nous suggère qu'il s'agit d'un nom particulier, qu'il est normal de ne pas le connaitre. Le fait que le nom corresponde à un nom de site web laisse supposer que ce sont les auteurs du site qui sont à l'origine de ce nom. Leur site doit donc permettre de comprendre à quelle pratique se réfère ce nouveau mot. Et effectivement, la consultation du site permet rapidement de comprendre que les instructables sont un type particulier de tutoriels pour fabriquer des choses.

      Les dictionnaires ne sont censés refléter que l'usage. Si on commence à limiter l'usage aux dictionnaires, nous arrivons à une bouche qui empêchent tout néologisme. Perso, je suis contre.

      Sinon, la définition n'est qu'une façon, qui généralement ne marche pas très bien mais, lorsqu'on a un contexte, nous aide à comprendre l'objet donc il est question, de partager la signification d'un mot. Renvoyer à l'objet en question me semble aussi intéressant, surtout avec de nombreux autres indices sémantiques. C'est d'ailleurs souvent à partir de ces indices qu'on, les lexicographes, élaborent des définitions… En tous cas, il n'y a pas qu'une manière de faire, ni quatre comme le suggère le texte "Les quatre sens des mots", qui est rempli de préjugés faciles d'ailleurs, dont voici quelques morceaux tristes choisis :

      "La troisième approche est celle des littéraires. Ils se contentent de décrire tous les sens que l'on peut donner aux mots." => on sent un mépris des "littéraires" couplés à une méconnaissance totale de travaux litéraires,

      "Chacun sait aujourd'hui que l'approche scientifique est la seule qui conduise à un progrès." => arg… chais pas trop ce qu'est le progrès déjà, il va falloir commencer par définir ce terme.

      La conclusion ne reflète pas les idées développées au cours du texte :
      "Je voudrais seulement dire que toutes les façons d'aborder le sens des mots sont bonnes.", ni le commentaire que je critique…

      • [^] # Re: Définir les mots

        Posté par (page perso) . Évalué à 2.

        Désolé, j'ai écrit sans mes lunettes, que je ne retrouve plus. Même la syntaxe n'est pas très claire à cause des reformulations :/

    • [^] # Re: Définir les mots

      Posté par (page perso) . Évalué à 9.

      Franchement Pierre, tes exemples pour la philo et la littérature montrent que tu connais mal ces sujets.

      Les grands philosophes ont voulu se doter d'un vocabulaire particulier comme dans toutes les sciences. C'est ainsi que le transcendental chez Emmanuel Kant (pour reprendre ton exemple) a un sens défini. Que ce vocabulaire n'ait pas été adopté par les autres philosophes prouve seulement que cette discipline est toujours en recherche d'elle-même. Pour continuer sur Kant, ses écrits sur le droit et sa philosophie critique (Critique de la Raison Pure, Critique de la raison pratique, Critique de la faculté de juger) cherchent les bases solides qui permetront de fonder "scientifiquement" (le mot est un anachronisme), des domaines séparés : le juridique, la morale, la connaissance du monde (elle-même subdivisée), le fonctionnement de l'esprit, etc.
      Tandis que tu colportes un lieu commun très ancien, l'histoire des sciences montre que la plupart des domaines scientifiques ont fait partie de la philosophie. C'est en se séparant de la philosophie qu'ils fixent définitivement leurs vocabulaires et pratiques. Dernier en date, je crois, la sociologie, fondée par des philosophes qui ont su circonscrire ses mots et son domaine.

      La structure des devoirs de philo de Terminale en France permet à l'élève de raisonner tout en recrachant du cours. Tout comme les problèmes de Math, de Bio, de Physique-Chimie, … Le jeu sur les mots est intentionel, pour que l'élève commence par définir. Mais ce n'est qu'un support.

      Quant à la littérature, c'est comme parler d'informatique : la stylistique, la grammaire, la philologie, l'histoire littéraire, etc. sont autant de pratiques différentes qui ne se recoupent pas. L'étude des mots ou du langage est un petit champ de la littérature.

      "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

      • [^] # Re: Définir les mots

        Posté par . Évalué à 5.

        Pour continuer sur Kant, ses écrits sur le droit et sa philosophie critique (Critique de la Raison Pure, Critique de la raison pratique, Critique de la faculté de juger) cherchent les bases solides qui permetront de fonder "scientifiquement" (le mot est un anachronisme), des domaines séparés : le juridique, la morale, la connaissance du monde (elle-même subdivisée), le fonctionnement de l'esprit, etc.

        Pourquoi le qualificatif « scientifiquement » serait anachronique ? C'était bel et bien son intention et, de mon point de vue, il a atteint son objectif. :-)

        Ces prolégomènes ne sont pas à l’usage des élèves ; ils s’adressent aux maîtres futurs, auxquels même ils doivent servir, non pas pour l’exposition méthodique d’une science toute faite, mais uniquement pour l’invention de cette science.

        Il y a des savants pour lesquels l’histoire de la philosophie (tant ancienne que moderne) est la philosophie même. Ces prolégomènes ne sont pas à leur adresse ; ceux-là doivent attendre que ceux qui s’efforcent de puiser aux sources de la raison même aient fait leur œuvre ; alors leur tour sera venu de dire au monde ce qui s’est fait. Rien au contraire, suivant eux, ne peut être dit qui ne soit une répétition ; c’est même là de leur part une prédiction immanquable pour tout ce qui peut désormais s’écrire en philosophie. L’entendement humain ayant extravagué de toute façon sur une infinité de sujets depuis tant de siècles, il doit arriver difficilement que le nouveau ne ressemble pas en quelque point à l’ancien.

        Je me propose de persuader à tous ceux qui s’occupent sérieusement de métaphysique, qu’il est absolument nécessaire de suspendre leur travail, de considérer tout ce qui s’est fait jusqu’ici comme non avenu, et de se poser avant tout la question de savoir « si quelque chose de pareil à ce qu’on appelle la métaphysique est seulement possible absolument. »

        Si c’est une science, d’où vient qu’elle ne peut, comme les autres sciences, obtenir un assentiment universel et durable ? Si ce n’en est pas une, comment se fait-il qu’elle en affecte toujours l’apparence, et qu’elle nourrit l’esprit humain d’un espoir incessant et jamais satisfait ? Qu’on démontre que la métaphysique est ou n’est pas une science, il est en tout cas nécessaire d’établir quelque chose de certain sur cette prétendue science ; il est impossible de rester plus longtemps dans une pareille situation à cet égard. Il est presque ridicule en effet, quand toute autre science marche d’un pas incessant, de tourner toujours à la même place dans la métaphysique qui veut néanmoins être la sagesse même, que chacun consulte comme un oracle, et de ne pas faire le moindre progrès. Déjà le nombre de ses partisans diminue, et l’on ne voit pas que ceux qui se sentent assez forts pour briller dans les autres sciences soient tentés de compromettre leur réputation dans celle-ci, où chacun, fût-il ignorant dans tout le reste, prétend juger d’une manière décisive, parce qu’en réalité il n’y a dans ces régions ni poids ni mesures propres à faire distinguer la fondamentalité d’un stérile verbiage.

        Kant, Prolégomènes à toute métaphysique (qui pourra se présenter comme science)

        Je n'ai pas le temps de développer les résultats de la philosophie critique, ce serait bien trop long, mais il est certain qu'on ne peut lui reprocher de ne point avoir été scrupuleux et rigoureux dans la délimitation de la sémantique de sa terminologie; à tel point que Mme de Staël lui reprochait de prendre les mots pour des nombres. Pour reprendre l'exemple discuté, est qualifié de transcendantal tout ce qui a trait à la possibilité de la connaissance pure et a priori comme, par exemple, l'esthétique transcendantale qui, avec les formes pures et a priori de la sensibilité que sont l'espace et le temps1, rend possible la mathématique pure. Ça c'est pour les sens.

        Maintenant, si on regarde du côté de la pensée et des concepts, les lois de la logique générale deviennent les principes d'une logique transcendantale lorsqu'il s'agit de déterminer les pures lois formelles de la connaissance des objets. Ce dernier point est fondamentalement analogue à l'usage de la logique formelle dans la théorie des types pour les langages de programmation. Par exemple, le raisonnement dit du double modus ponens (si A alors B et si B alors C donc si A alors C) est le type de la composition de fonction dans les langages fonctionnels (comme Haskell ou OCaml). Son pendant, dans les langages impératifs, est la règle de composition dans la logique de Hoare :

          {P} S {Q} , {Q} T {R}
          ---------------------
             {P} S ; T {R}
        

        La règle a deux prémisses : la première dit que l'instruction S fait passer de l'état P à l'état Q et la deuxième que l'instruction T fait passer de l'état Q à l'état R, puis la règle conclue que dans ces conditions la séquence des instructions S ; T fait passer de l'état P à l'état R.

        Ici on parle des états d'une machine réelle et physique, or qui dit changement d'état dit cause agissante (principe de base de la physique). Que le principe de causalité est, pour fondement, la forme logique des jugements dits hypothétiques (si A alors B) et pour loi un analogue du modus ponens (si A alors B, or A, donc B), c'est justement ce que Kant affirmait dans la logique transcendantale de la Critique de la raison Pure (voir la table des catégories, on voit bien dans les deux tables la démarche identique à celle de la correspondance de Curry-Howard). C'est d'ailleurs parce qu'il voulait réfuter la conception de la causalité de David Hume qu'il a fait cette découverte.

        Après, là où ça devient marrant, c'est que ces principes mènent à des problèmes dialectiques en apparence insolubles où thèse et antithèse s'affrontent sans fin : la métaphysique étant le champ de ces querelles qui n'ont jamais de fin. Dans le cas de la causalité, se pose la question d'une cause inconditionnée qui ne présuppose plus une autre cause qui la précéderait et dont elle serait l'effet; autrement dit, peut-on admettre une causalité par liberté dans l'ordre de la nature ? Soit : l'homme est-il libre ? Cette antinomie dialectique est plus connue sous sa forme populaire : qui de l'œuf et de la poule est venu en premier ? Et la réponse kantienne est : ni l'un ni l'autre, mais l'homme est libre! :-P


        1. on notera que ces deux notions, espace et temps, sont centrales dans la théorie de la complexité algorithmique. ;-) 

        Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.

        • [^] # Re: Définir les mots

          Posté par (page perso) . Évalué à 3. Dernière modification le 04/02/19 à 00:07.

          Pourquoi le qualificatif « scientifiquement » serait anachronique ? C'était bel et bien son intention et, de mon point de vue, il a atteint son objectif. :-)

          Oui mais pas avec la totalité du sens contemporain. Tout à fait d'accord sinon.

          Je souscrit à tout ton commentaire, c'est bien vu et très très très pertinent (je ne suis qu'un petit kantien ;-).

          Au fait, tu tombes bien je voulais justement te proposer une petite relecture : j'ai fait le travail d'édition du Projet de paix perpétuelle sur Wikisource. J'ai très très soigneusement et longuement relu, mais il manque une lecture par un tiers pour validation. Ça te dirait ?

          "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

          • [^] # Re: Définir les mots

            Posté par . Évalué à 2.

            Oui mais pas avec la totalité du sens contemporain.

            Toujours pas convaincu. En quoi la signification du mot science aurait évolué et ne serait pas adéquat pour qualifier la philosophie critique ? Ce n'est certes pas une science expérimentale, mais une science pure au même titre que la mathématique pure et la logique formelle. Toutes les sciences ne sont pas fondées sur l'expérience et l'observation et, d'ailleurs, celles-ci ne seraient même pas possibles sans les autres (non empiriques ou pures) pour leur servir de fondement stable. Un principe et une loi issue de l'expérience ne signifie rien d'autre que ceci : « pour autant que nous l'ayons perçu jusqu'ici, il ne se trouve pas d'exception à telle ou telle règle; mais rien ne garantie qu'une expérience future vienne la remettre en cause ». Que vaudrait le savoir humain s'il n'était assuré que par de tels principes ? Réponse : rien! Vouloir fonder la totalité du savoir humain sur la seule expérience est une entreprise ridicule, voire inepte. La mathématique pure et la logique formelle ne sont pas suffisantes comme fondement a priori. Reste donc la nécessité d'une autre science formelle et a priori pour fonder le savoir humain selon les principes du rationalisme : en quoi la solution kantienne n'est pas satisfaisante ? Pourquoi donc ce que Xavier Leroy a enseigné cette année au Collège de France serait de la science (en l'occurence de l'informatique théorique), mais pas ce que Kant a professé il y a plus de 200 ans ?

            Je souscrit à tout ton commentaire, c'est bien vu et très très très pertinent (je ne suis qu'un petit kantien ;-).

            Merci, j'ai essayé de présenter certaines caractéristiques de la démarche kantienne en philosophie sous un jour qui serait le plus accessible possible pour un lectorat majoritairement constitué de personnes avec de fortes connaissances en programmation.

            Ça te dirait ?

            Pourquoi pas, d'autant que c'est un magnifique texte de philosophie politique. Je verrais dans la soirée pour commencer la relecture. N'ayant jamais contribué à wikisource : y a-t-il un médium de communication interne pour échanger entre nous sur le site pour les questions d'ordre technico-pratique que je ne manquerais pas d'avoir ?

            Au passage, une parfaite illustration de la rigueur, issue de ce texte, dans la détermination d'un concept :

            On ne peut définir la liberté juridique (par conséquent extérieure), comme on le fait ordinairement, « la faculté de faire tout ce que l’on veut, pourvu qu’on ne fasse de tort à personne. » Car que signifie ici le mot faculté ? la possibilité d’une action, en tant qu’on ne fait par là de tort à personne. La définition de cette faculté reviendrait donc à ceci · «la liberté est la possibilité des actions par lesquelles on ne fait de tort à personne. On ne fait de tort à personne (quoi que l’on fasse d’ailleurs), quand on ne fait de tort à personne ; » ce qui est une véritable tautologie — Il faut bien plutôt définir la liberté extérieure (juridique), la faculté de n'obéir à d’autres lois extérieures qu’à celles auxquelles j'ai pu donner mon assentiment. — De même l’égalité extérieure (juridique] dans un État est ce rapport des citoyens d’après lequel nul ne peut juridiquement obliger un autre à quelque chose, sans se soumettre en même temps à la loi, de pouvoir être obligé à son tour par celui-ci de la même manière. (Le principe de la soumission juridique étant déjà compris dans l’idée d’une constitution politique en général, n’a pas besoin de définition).

            note 5

            Plutôt que les philosophes (ou du moins certains d'entre eux), j'aurais tendance à penser que c'est le commun des mortels qui ne sait pas définir convenablement les concepts qu'il utilise.

            Et l'on retrouve, plus loin, un nouvel usage de correspondance avec la logique formelle pour justifier la séparation des pouvoirs :

            Toute forme de gouvernement, qui n'est pas représentative, n'en est pas proprement une, car le législateur ne peut être en une seule et même personne l’exécuteur de sa volonté (de même que dans un syllogisme l’universel de la majeure ne peut être en même temps dans la mineure la subsomption du particulier sous l’universel)

            Il fait ici référence à la forme logique du syllogisme que l'on retrouve dans ce raisonnement usuel :

            • tous les hommes sont mortels (majeur - question de droit - pouvoir législatif)
            • Socrate est un homme (mineur - question de fait - pouvoir exécutif)
            • donc Socrate est mortel (conclusion - sentence - pouvoir judiciaire)

            On retrouve cette analogie dans sa Doctrine du droit lorsqu'il justifie la forme nécessairement tripartite de l'État :

            Tout État renferme en soi trois pouvoirs, c'est-à-dire que l'unité de la volonté générale s'y décompose en trois personnes (trias politica) : le souverain pou­voir (la souveraineté), qui réside dans la personne du législateur; le pouvoir exécutif, dans la personne qui gouverne (conformément à la loi); et le pouvoir judi­ciaire (qui attribue à chacun le sien suivant la loi), dans la personne du juge (potestas legislatoria, rectoria et judiciaria). Ce sont comme les trois propositions d'un syl­logisme pratique : la majeure, qui contient la loi d'une volonté ; la mineure, l'ordre de se conduire d'après la loi, c'est-à-dire le principe de la subsomption des ac­tions sous cette loi; enfin la conclusion (la sentence), qui décide ce qui est de droit dans le cas dont il s'agit.

            Cette structure tripartite se retrouve également dans son œuvre avec les trois critiques qui déterminent les domaines de compétences de chacune de nos facultés : l'entendement et la connaissance de ce qui est (Critique de la Raison Pure); la raison et la connaissance de ce qui doit ếtre (Critique de la Raison Pratique), puis la faculté de juger (réfléchissante) et les jugements sur le beau, le sublime et la finalité dans la nature (Critique de la faculté de juger qui opère le pont et confère l'unité entre raison théorique et raison pratique). Au fond, dans cette structure tripartite de l'État, nous ne faisons que projeter extérieurement la propre structure formelle de notre esprit.

            Questions subsidiaires aux empiristes (qu'il moque quelque peu dans son avant propos) : si tous nos principes provenaient de l'expérience, comment se fait il que l'on ne peut concevoir autrement un État que de manière tripartite ? D'où vient la nécessité dans cette division en trois pouvoirs, nécessité que l'expérience ne peut jamais enseigner ? Là où la méthode rationaliste n'a aucune difficulté à résoudre la question, comme je viens de l'illustrer… ;-)

            Le vocabulaire kantien est, d'ailleurs, grandement emprunté au vocabulaire juridique. De même que la liberté est la soumission à la loi que l'on se donne soi même (autonomie, au sens propre du terme), la Critique de la Raison Pure est le tribunal institué par la raison où elle comparait face aux lois qu'elle se donne elle même : le fondement de la constitution de la république scientifique. ;-)

            Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.

            • [^] # Re: Définir les mots

              Posté par (page perso) . Évalué à 4.

              Science oui, scientifique non. Je me base sur mes souvenirs d'épistémo et mon environnement familial : fils, petit-fils, neveu et arrière arrière arrière petit-fils de chercheurs et mathématiciens, sans parler des amis, j'ai grandi dans un environnement de chercheurs pour qui « scientifique » est une démarche plus une confrontation avec ses pairs, sens qui est tout de même assez récent : 19e siècle, je crois que c'est dans Kuhn. Cela dit je n'en fais pas un argument d'autorité, c'est ancien, j'accepte de me tromper !

              c'est un magnifique texte de philosophie politique

              Je l'aime beaucoup aussi ! particulièrement la conclusion, magnifique de synthèse et de prédiction (Que les rois deviennent philosophes…)!

              Pour correspondre, il suffira de cliquer sur mon pseudo (le même) dans l'historique, qui t'emmènera sur ma page et de là tu cliques sur discussion.
              Pour relire dans Wikisource, une fois dans le Projet de paix perpétuelle il faut choisir l'onglet source, puis dans l'arc-en-ciel des pages clique sur la page 289, de là tu verras le texte corrigé avec un scan — c'est ce qu'il faut contrôler page à page (il y a des flèches « précédent-suivant » en haut à gauche). Quand une page est bonne tu cliques sur l'onglet Modifier puis sur le bouton Valider et enfin sur Publier les modifications.

              "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

              • [^] # Re: Définir les mots

                Posté par . Évalué à 2.

                « scientifique » est une démarche plus une confrontation avec ses pairs, sens qui est tout de même assez récent : 19e siècle, je crois que c'est dans Kuhn.

                Je vois ce que tu veux dire, mais publier un traité pour fonder une science nouvelle (telle était sa prétention), n'est-ce pas se confronter à ses pairs ? Pour quelle raison penses-tu qu'une personne publie un traité, si ce n'est pour rendre public sa pensée et la confronter à ses pairs ? Et les prolégomènes, publiés trois ans après la CRP, c'est pour quelle raison ? À son époque, la métaphysique était bien enseignée comme une science à l'université. Il occupait même la chaire de Logique et métaphysique à l'université de Königsberg. Ce qu'il a fait, avec la CRP, c'est globalement dire à ses pairs : « tout ce qu'on le prenait jusqu'ici pour de la science n'est que du vent, l'édifice de notre soit disant science n'est qu'un tas de ruine, voici le plan qu'il faudrait mettre en pratique pour le reconstruire et faire enfin de la métaphysique une science. Qu'en pensez-vous ? ». Et tu n'appelles pas cela se confronter à ses pairs ? Raison pour laquelle il a, en autre, qualifié sa démarche de « révolution copernicienne » tout comme Copernic a remis en cause le modèle géocentrique admis à son époque.

                De plus, c'est bien une volonté de réfutation du kantisme (comment peut-on vouloir réfuter quelqu'un qui ne se confronte pas) de la part de Frege qui a aboutit à l'avènement de l'informatique.

                Au XXème siècle, la notion de calcul s'est développée en relation avec celle du raisonnement. Avant d'aborder l'histoire du calcul, faisons une courte digression pour nous intéresser à celle du raisonnement. Nous avons laissé cette histoire aux logiques d'Aristote et des stoïciens, qui n'était suffisantes, ni l'une ni l'autre, pour exprimer les raisonnements mathématiques, car la grammaire des propositions dans ces deux logiques étaient trop fruste. Ce problème de trouver une grammaire pour les propositions mathématiques n'a pas avancé jusqu'à la fin du XIXème siècle, malgré quelques tentatives courageuses, comme celle de Leibniz. Le principal artisan de ce renouveau est Gottlob Frege, dont les motivations étaient surtout philosophiques : il s'agissait pour lui d'éclairer, et de contredire, un point de la philosophie d'Emmanuel Kant.

                Gilles Dowek, Les métamorphoses du calcul.

                Ce que voulait contredire Frege était l'affirmation kantienne selon laquelle tout les jugements mathématiques étaient synthétiques a priori. C'est ce qui engendra la formalisation de la théorie des ensembles de Cantor-Frege, les paradoxes de Burali-Forti et Russell, la crise des fondements de mathématiques, le programme de Hilbert puis, in fine, les théorèmes d'incomplétude de Gödel et l'impossibilité de résoudre le problème de l'arrêt par Turing. Voilà, en gros résumé, un fragment de l'histoire des mathématiques qui part de cette simple volonté de réfuter Kant. Et que retient-on aujourd'hui ? Et bien que Kant avait raison. Du moins c'est ce que laisse comprendre Gilles Dowek (chercheur INRIA) ainsi que Jean-Yves Girard (mathématicien et logicien, ancien chercheur CNRS, auteur entre autre du système F, système de types à la base de langage comme Haskell ou OCaml, et de la logique linéaire) dans son dernier livre.

                Le principal bénéficiaire de cette visite non guidée aura été l'auteur, tout surpris d'y trouver matière à de futurs développements techniques. Et de découvrir la surprenante adéquation du kantisme — au sens large — à la logique contemporaine. Ce qui n'est pas très étonnant après tout : que veut dire "raison pure", sinon logique ?

                Jean-Yves Girard, Le fantôme de la transparence.

                Ces derniers travaux portent même le nom de Syntaxe transcendantale :

                La syntaxe transcendantale est la justification technique des thèses du fantôme de la transparence. Le programme est exposé dans l'article La syntaxe transcendantale, manifeste (Février 2011)

                Même s'ils ne partagent pas toutes mes opinions sur le kantisme (il faudrait, si je les comprends bien, une sorte de kantisme renouvelé à la lumière des progrès de la logique, tout comme Einstein a réformé Newton), on est plus proche d'un accord sur l'importance de la révolution kantienne en philosophie. Et ce genre de confrontation avec la pensée d'un auteur, même mort il y a deux cent ans, j'ai du mal à ne pas la voir comme de la confrontation avec ses pairs.

                Pour en revenir sur ce que n'acceptait pas Frege (ce qui a engendré des travaux de recherche aboutissant à l'ordinateur), c'est cela :

                Les jugements mathématiques sont tous synthétiques. Cette proposition semble avoir échappé jusqu'ici aux observations des analystes de la raison humaine, et même être exactement opposée à toutes leurs conjectures, bien qu'elle soit incontestablement certaine et très importante dans ses conséquences. En effet, comme on trouvait que le raisonnement de mathématiciens procédaient tous d'après le principe de contradiction (ce qu'exige la nature de toute certitude apodictique) on se persuada que les principes aussi étaient connus à partir du principe du contradiction : en quoi ces analystes se trompaient; car une proposition synthétique peut bien être saisie d'après le principe de contradiction, mais de telle sorte qu'une autre proposition synthétique soit présupposée, d'où elle puisse être déduite, mais jamais en elle-mếme.

                Kant, Critique de la Raison Pratique.

                On peut noter aussi, qu'à l'époque ou naquit la polémique, Poincaré écrivit des articles sur la logique et les mathématiques pour défendre Kant face à, entre autre, Russell et Hilbert.

                Tout cela pour montrer, que ce soit Kant lui même de son vivant, ainsi que d'autres penseurs après sa mort n'ont eu de cesse de se confronter entre pairs sur les principes fondamentaux de sa philosophie.

                Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.

                • [^] # Re: Définir les mots

                  Posté par (page perso) . Évalué à 2. Dernière modification le 05/02/19 à 23:47.

                  Tu m'entraîne un peu loin. Je ne connais pas si bien Kant et je pratique peu la philo depuis mes années de fac. Comme je te l'ai dit, tu as peut-être bien totalement raison, j'ai un doute mal défini, un doute qui date, et je dirai des bêtises en poursuivant la discussion — par exemple il me semble dans ce doute que la démarche scientifique est faite de petits pas, de confrontations incessante et que ce n'est pas comme ça que les philosophes « à système » pratiquaient ; Kant est l'initiateur d'un gros changement mais me semble tout de même, dans mon doute mal défini, être encore dans la pratique de ses prédécesseurs — et j'ai en tête des énormités pires encore !
                  D'où peut-être mon lent travail de relecture pour Wikisource :-)

                  Par contre c'est très intéressant, tu veux pas nous faire une dépêche là-dessus ? ce pourrait être ce texte un peu plus éclairci, avec une présentasion des travaux que tu indiques et une interview de leurs auteurs…

                  "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

            • [^] # Re: Définir les mots

              Posté par (page perso) . Évalué à 2.

              Excellente démonstration de la rigueur et de la profondeur de pensée ! J'avais un prof qui s'exclamait « ah là là c'est beau ! » en lisant la CRP.

              "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

            • [^] # Re: Définir les mots

              Posté par . Évalué à -6.

              1) Je relève une coquille (comme précédemment, pour aider à la compréhension et à l'affinement de ton texte) :

              « pour autant que nous l'ayons perçu jusqu'ici, il ne se trouve pas d'exception à telle ou telle règle; mais rien ne garantie qu'une expérience future vienne la remettre en cause »

              Correction :

              « pour autant que nous l'ayons perçu jusqu'ici, il ne se trouve pas d'exception à telle ou telle règle; mais rien ne garantit qu'aucune expérience future ne vienne la remettre en cause »

              2) Tu écris ceci :

              Que vaudrait le savoir humain s'il n'était assuré que par de tels principes [NDR : des principes et des lois issus de l'expérience, sans le fondement stable des sciences non empiriques (ou pures)] ? Réponse : rien !

              Non, si le savoir humain n'était assuré que par de tels principes, il n'en vaudrait pas rien pour autant. Imagine 1000 ans d'observations de tel phénomène menant à l'élaboration de telle loi jamais contredite par une quelconque observation, même sans le fondement de principes issus de sciences pures, ça conserve un intérêt (certes limité) pour se projeter dans l'avenir.

              Vouloir fonder la totalité du savoir humain sur la seule expérience est une entreprise ridicule, voire inepte.

              Là je suis d'accord.

              3) tu écris ceci qui aiguise ma curiosité et suscite une question :

              La mathématique pure et la logique formelle ne sont pas suffisantes comme fondement a priori [NDR : de la totalité du savoir humain]. Reste donc la nécessité d'une autre science formelle et a priori pour fonder le savoir humain selon les principes du rationalisme […]

              En quoi la mathématique pure et la logique formelle ne sont-elles pas suffisantes comme fondement a priori ? Que rajoute la solution kantienne ou l'informatique théorique enseignée par Xavier Leroy cette année au Collège de France, qui ne soit pas déjà intégralement en germe dans les deux premières ?

              Merci.


              Long PS : je suis demandeur de ta part d'un effort systématique pour clarifier chacun de tes propos. J'aime que ma prose soit comme une équation, sans ambiguïté ; certes, la démarche a tendance à alourdir le texte en français, vu l'équivocité de nombreux termes et même de certaines constructions syntaxiques. Je l'assume. Tu as déjà une propension à appliquer une attention de cette nature, qui est largement au-dessus de la moyenne, tu as une culture vaste dans ton domaine de compétences, et tu aimes partager. Du coup je suis frustré parfois de ne pas bien comprendre (sans ambiguïté) ce que tu exprimes.

              Par exemple, tu écris ceci :

              Il fait ici référence à la forme logique du syllogisme que l'on retrouve dans ce raisonnement usuel :

              • tous les hommes sont mortels (majeur - question de droit - pouvoir législatif)
              • Socrate est un homme (mineur - question de fait - pouvoir exécutif)
              • donc Socrate est mortel (conclusion - sentence - pouvoir judiciaire)

              Dans ce passage, tu fais le parallèle entre le triplet {majeure, mineure, conclusion} d'un syllogisme et le triplet {pouvoir législatif, pouvoir exécutif, pouvoir judiciaire}. Qu'est-ce qui te retient d'ajouter du sucre syntaxique pour former des énoncés clairs ? En effet, énoncer que tous les hommes sont mortels, est-ce une question de droit, est-ce le fait d'un pouvoir législatif ? Non, alors que veux-tu exprimer ? S'il te plait, exprimes-le clairement.

              Souvent, quand je te lis, je vois ce genre de petits égarements par rapport à ta rigueur générale et je suis frustré de ne pas bien te comprendre. J'insiste : tu es détenteur d'une culture relativement rare et d'une compréhension synthétique peu courante, alors puisses-tu faire en sorte qu'elle soit parfaitement accessible à qui veut te lire avec application.

              Même chez Kant, tel que tu l'as cité, je vois des égarements. je te propose ci-dessous des exemples (en pire) avec le texte de la note 5.

              • Pourquoi, à la définition révisée et corrigée (dans un premier temps) de la liberté juridique, ajouter la tautologie « On ne fait de tort à personne (quoi que l’on fasse d’ailleurs), quand on ne fait de tort à personne », pour préciser ensuite que c'est une véritable tautologie ? S'agit-il de disqualifier la première définition de la liberté juridique par le fait que sa version révisée comporte cette tautologie ? Il y a une malhonnêteté intellectuelle ou au moins un égarement à prétendre que l'énoncé de cette tautologie est impliqué nécessairement par le constat allégué que la liberté juridique (par conséquent extérieure) ne peut pas être définie comme on le fait ordinairement, à savoir « la faculté de faire tout ce que l’on veut, pourvu qu’on ne fasse de tort à personne », attendu que le mot faculté signifie ici la possibilité d’une action (en tant qu’on ne fait par là de tort à personne). Pourquoi est-ce une malhonnêteté ou au moins un égarement ? Parce que cette première définition, avant révision, ne comporte absolument pas la tautologie disqualifiée. Ainsi, avant même que je m'accorde de réfléchir sur la validité de l'allégation de Kant relativement à l'inadéquation de la première définition qu'il donne de la liberté juridique, je butte sur un petit tas de merde (oui, j'ose !).
              • La syntaxe de l'expression suivante est imparfaite (j'ajoute les mots "comme étant" en gras, pour la rendre valide syntaxiquement) : « Il faut bien plutôt définir la liberté extérieure (juridique) comme étant la faculté de n'obéir à d’autres lois extérieures qu’à celles auxquelles j'ai pu donner mon assentiment ».
              • Dans la phrase qui suit, l'articulation syntaxique est encore invalide. C'est une épidémie ? Je cite la phrase : « De même l’égalité extérieure (juridique] dans un État est ce rapport des citoyens d’après lequel nul ne peut juridiquement obliger un autre à quelque chose, sans se soumettre en même temps à la loi, de pouvoir être obligé à son tour par celui-ci de la même manière. » […] de pouvoir […] ? Est-ce […] _la loi de pouvoir être obligé  ? Ainsi, ce serait une loi que de pouvoir être obligé par autrui à se soumettre à une autre loi à laquelle on a demandé, en miroir, à autrui de se soumettre. La construction de la phrase que je critique est en fait non seulement lourde, mais invalide syntaxiquement.

              Tout ça pour un pauvre petit paragraphe attribué à Kant… Et après tu as des lecteurs qui vont se détourner du texte au titre qu'ils ne comprennent pas le vieux français… Non, ils ne comprennent simplement pas le français à la syntaxe invalide (et la syntaxe que je critique ci-dessus n'était pas plus valide il y a 2 ou 3 siècles !) et n'apprécient pas d'être menés par le bout du nez via des paralogismes qu'il peuvent au moins ressentir intuitivement.

              • [^] # Re: Définir les mots

                Posté par . Évalué à -6. Dernière modification le 05/02/19 à 12:29.

                [ Correction d'une coquille ]

                Au dernier point de ma dernière liste à puces, une troncature intempestive s'est produite (du fait du Markdown), corrigée ci-dessous.

                • Dans la phrase qui suit, l'articulation syntaxique est encore invalide. C'est une épidémie ? Je cite la phrase : « De même l’égalité extérieure (juridique] dans un État est ce rapport des citoyens d’après lequel nul ne peut juridiquement obliger un autre à quelque chose, sans se soumettre en même temps à la loi, de pouvoir être obligé à son tour par celui-ci de la même manière. » […] de pouvoir […] ? Faut-il comprendre […] la loi de pouvoir être obligé […] ? Si oui, la virgule est en trop. Ainsi, ce serait une loi que de pouvoir être obligé par autrui à se soumettre à une autre loi à laquelle on a demandé, en miroir, à autrui de se soumettre. La construction de la phrase que je critique est en fait non seulement lourde, mais invalide syntaxiquement.
              • [^] # Re: Définir les mots

                Posté par . Évalué à 5.

                T'as de la chance que je sois de bonne constitution et que je ne te traite pas d'idiot. Tu te rends compte que tu viens de traiter Kant d'être un auteur de paralogisme ? Ça te viendrait à l'idée en lisant un texte d'Einstein, où tu ne comprends pas bien un passage, d'en conclure qu'il a commis une grossière faute dans l'application des principes de la physique ? Non, parce que là c'est ce que tu viens de faire, sauf que la science en question, c'est la logique. ;-)

                Avant de clarifier ton incompréhension (oui, la définition est bien tautologique), il me semble nécessaire de préciser un léger point. Kant était un philosophe allemand vivant en prusse orientale, dans la ville de Königsberg aujourd'hui en Pologne, il écrivait donc en allemand. Les lourdeurs de styles et les problèmes de syntaxes sont la faute du traducteur ! Bon, allez, je te donne la version que j'ai dans ma bibliothèque :

                La liberté de droit (par suite extérieure) ne peut pas être définie, comme on a coutume de le faire, par l'autorisation de faire tout ce qu'on veut pourvu qu'on ne fasse pas de tort à autrui. Car que signifie autorisation ? La possibilité d'agir dans la mesure où l'on ne fait de tort à personne. Ainsi l'explication serait celle-ci : la liberté est la possibilité de l'action qui ne fait pas de tort à autrui. On ne fait de tort à personne (quoi qu'on fasse d'ailleurs) à condition de ne faire de tort à personne. Par suite, c'est une tautologie vide. — Il faut au contraire définir ma liberté extérieure (de droit) ainsi : elle est l'autorisation de n'obéir à aucune autre loi extérieure que celles auxquelles j'ai pu donner mon assentiment. — De même l'égalité extérieure (de droit) dans un État est le rapport des citoyens selon lequel personne ne peut obliger l'autre, de droit, sans que, en même temps, il ne se soumette à la loi qui peut l'obliger réciproquement et de la meilleure manière. (Le principe de la dépendance de droit qui se trouve déjà dans le concept d'une constitution d'État en général n'a pas besoin d'explications.)

                Traduction par Jean-François Poirier et Françoise Proust.

                La syntaxe de l'ensemble te sied-elle mieux ?

                Maintenant, venons-en à l'analyse de la tautologie. Tu dois avoir un problème dans ton interpréteur du français. Commençons par un exemple simple, issu de l'interprétation de code dans un langage de programmation :

                let double = (fun x -> x + x)
                
                (* Comment procéder à l'interprétation du terme suivant : *)
                double 2
                
                (* on commence par substituer à `double` sa définition : *)
                (fun x -> x + x) 2
                
                (* puis on remplace le paramètre formel par la valeur de l'argument *)
                2 + 2
                
                (* et on calcul *)
                4

                Jusqu'ici tu suis ? Et bien, dans le texte de Kant, c'est la même chose : on substitue un terme par sa définition, comme dans le cas de double ci-dessus.

                On commence par la définition courante de la liberté :

                • l'autorisation de faire tout ce qu'on veut pourvu qu'on ne fasse pas de tort à autrui

                Puis comme pour double, on se demande : mais au fait c'est quoi la définition de autorisation ? Et l'on a :

                • la possibilité d'agir dans la mesure où l'on ne fait de tort à personne

                Ensuite, on substitue. Là je le fait textuellement (ne viens pas te plaindre de la syntaxe qui n'est pas correcte en français) :

                • [la possibilité d'agir dans la mesure où l'on ne fait de tort à personne] de faire tout ce qu'on veut pourvu qu'on ne fasse pas de tort à autrui

                ce qui, une fois qu'on redonne une forme syntaxiquement correcte en français, mais sans changer le sens (la sémantique), devient :

                • la liberté est la possibilité de l'action qui ne fait pas de tort à autrui. On ne fait de tort à personne (quoi qu'on fasse d'ailleurs) à condition de ne faire de tort à personne

                C'est la mise en forme avec une syntaxe correcte et préservation de la sémantique qui te pose problème ? Dans la première phrase on retrouve la définition de autorisation, mais le défini (et donc sa définition) était soumis à la condition de ne faire de tort à personne (pourvu qu'on ne fasse pas de tort à autrui) et cela quoi que l'on fasse (faire tout ce qu'on veut) : d'où la deuxième phrase. Est-ce plus clair maintenant ?


                Après ce préambule, quelque peu fastidieux pour une telle trivialité, jetons un œil à tes autres questions.

                Non, si le savoir humain n'était assuré que par de tels principes, il n'en vaudrait pas rien pour autant. Imagine 1000 ans d'observations de tel phénomène menant à l'élaboration de telle loi jamais contredite par une quelconque observation, même sans le fondement de principes issus de sciences pures, ça conserve un intérêt (certes limité) pour se projeter dans l'avenir.

                Bah ce que tu décris est notre situation bien réelle. Ce que je dis c'est que ces observations, qui forment un savoir objectif, n'est possible que par l'intervention de principes qui, eux, ne sont pas d'origine expérimentale. ;-) Sans ces principes purs nous n'aurions que des jugements de perceptions (à valeur subjective) et non des jugements d'expériences (à valeur objective). Mais, assurément, les jugement d'expériences ont également besoin d'une autre source que la seule pensée pure : à savoir les jugements de perceptions.

                Des jugements empiriques, s’ils ont une valeur objective, sont des jugements d’expérience ; mais ceux qui n’ont qu’une valeur subjective sont de simples jugements de perception. Ceux-ci n’ont besoin d’aucune notion intellectuelle pure, mais seulement de la liaison logique de la perception en un sujet pensant. Ceux-là, au contraire, demandent toujours, indépendamment des représentations de l’intuition sensible, des notions particulières produites originairement dans l’entendement, qui donnent au jugement d’expérience sa valeur objective. […]

                C’est ce que nous allons expliquer. Qu’une chambre soit chaude, que le sucre soit doux, l’absinthe amère, ce sont là des jugements d’une valeur purement subjective. Je ne demande pas de sentir toujours ainsi, ou que chacun sente comme je dois sentir. Ces jugements n’expriment qu’un rapport de deux sensations à un même sujet, moi-même, et moi seulement dans mon état actuel de perception, et ne valent par conséquent pas relativement à l’objet ; je les appelle donc des jugements perceptifs. Il en est tout autrement du jugement expérimental. Ce que l’expérience m’apprend dans certaines circonstances, elle doit me l’apprendre toujours et à chacun, et sa valeur ne se borne pas au sujet ou à son état du moment. J’énonce donc tous ces jugements comme objectivement valables, lors, par exemple, que je dis : L’air est élastique, ce jugement n’est immédiatement qu’un jugement de perception ; je rapporte deux sensations l’une à l’autre dans mes sens. Pour que je puisse l’appeler un jugement d’expérience, il faut que cette liaison soit soumise à une condition qui la rende universellement valable. Il faut donc que je sois toujours et que chacun soit comme moi dans la nécessité de faire cette liaison dans les mêmes circonstances. […]

                Pour qu’il y ait expérience par perception il faut encore un jugement tout différent de celui-là. L’intuition donnée doit être subsumée à une notion qui détermine la forme du jugement en général par rapport à l’intuition, qui relie la conscience empirique de l’intuition en une seule conscience en général, et donne ainsi aux jugements empiriques une valeur universelle : cette notion est une notion intellectuelle pure a priori, propre seulement à déterminer la manière dont une intuition peut servir aux jugements. Soit donc la notion de cause ; elle détermine l’intuition qui lui est subsumée, par exemple celle d’air, par rapport à ce jugement en général, que la notion d’air, en ce qui regarde la dilatation, dans le rapport d’antécédent à conséquent, a son usage dans le jugement hypothétique. La notion de cause est donc une notion intellectuelle, entièrement différente de toute perception possible, et qui ne sert qu’à déterminer la représentation à elle soumise, par rapport au jugement en général, par conséquent à rendre possible un jugement d’une valeur universelle.

                Il faut donc pour qu’il puisse y avoir jugement de l’expérience par un jugement de perception, que la perception soit subsumée à une notion intellectuelle, par exemple, l’air est soumis à la notion de cause, notion qui détermine comme hypothétique le jugement sur l’air par rapport à l’expansion. Et alors cette expansion n’est pas représentée comme appartenant simplement à ma perception de l’air dans mon état, ou dans plusieurs de mes états, ou dans l’état de la perception des autres, mais comme y appartenant nécessairement ; et ce jugement : L’air est élastique, devient d’une valeur universelle, et un jugement expérimental par le fait que certains jugements précèdent, qui subsument l’intuition de l’air à la notion de cause et d’effet, et déterminent ainsi les perceptions, non pas purement entre elles dans mon sujet, mais par rapport à la forme du jugement en général (ici la forme hypothétique), et donnent ainsi au jugement empirique une valeur universelle.

                Kant, Prolégomènes à toute météphysique future qui voudra se présenter comme science.

                Si tu trouves des choses à redire dans la syntaxe, cette fois incrimine le traducteur et non Kant. ;-) Ici, il fait jouer la catégorie de la causalité (pur concept d'entendement) pour transformer un jugement de perception (à valeur subjective) en jugement d'expériences (à valeur objective). C'est celle dont je parlais dans mon premier message en rapport avec la logique de Hoare. Et ce processus mental nous le faisons tous, naturellement, même si on n'en a pas conscience : M. Jourdain faisait bien de la prose sans le savoir. ;-)

                En quoi la mathématique pure et la logique formelle ne sont-elles pas suffisantes comme fondement a priori ?

                Bien trop long à expliquer, et, à dire vrai, il vaut mieux être spécialiste dans ces deux disciplines (ce qui est mon cas) pour le comprendre. Mais déjà, pour envisager la possibilité d'une telle insuffisance, pose toi cette question : les notions de liberté et de droit dont on parlait précédemment, sont elles d'origine empirique ou rationnelle ? Dans le seconde cas, appartiennent elles au domaine de la mathématique ou de la logique ? Ou sinon, pour invoquer deux autorités reconnues en physique et logique : Einstein, dans un article qu'il consacra à Russell, reconnaissait être heureux de savoir que celui-ci disait que l'on ne pouvait se passer de métaphysique. L'un et l'autre n'étaient certes pas satisfaits par la solution kantienne sur la constitution de la métaphysique, mais il n'avait rien de mieux à proposer en échange, et, pour ma part, je ne trouve pas leurs objections recevables.

                Que rajoute la solution kantienne

                Et bien, à mon goût, elle a mis, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, la métaphysique (ce savoir dont on ne peut se passer) sur la route sûre de la science.

                ou l'informatique théorique enseignée par Xavier Leroy cette année au Collège de France

                les schémas de pensée qui y sont enseignés sont analogues à ceux qu'utilisa Kant pour mettre la métaphysique sur le chemin sûr de la science. Mais dans le cas de l'informatique théorique, c'est plus simple à comprendre. Pour reprendre l'exemple de Pierre Jarillon, il est plus simple de comprendre cette égalité 2^3 + 34 = 42 que celle-ci e^{i\Pi} = - 1. Pour être honnête, lorsque j'étais encore un jeune étudiant en logique mathématique et informatique fondamentale, que l'on m'enseigna les principes du lambda-calcul typé (programmation fonctionnelle avec typage statique, le cœur du cours de Xavier Leroy), j'étais déjà kantien depuis plusieurs années et maîtrisais parfaitement sa logique transcendantale. Résultat la chose me paru évidente quand on me l'enseigna, c'était du « déjà connu », et j'obtins 20 comme note pour ce module.

                Qu'est-ce qui te retient d'ajouter du sucre syntaxique pour former des énoncés clairs ? En effet, énoncer que tous les hommes sont mortels, est-ce une question de droit, est-ce le fait d'un pouvoir législatif ? Non, alors que veux-tu exprimer ? S'il te plait, exprimes-le clairement.

                Si tu te donnes la peine de relire le texte de Kant que je cite juste en dessous, tu sauras ce que j'ai voulu exprimer.

                En espérant avoir éclairé ta lanterne.

                Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.

                • [^] # Re: Définir les mots

                  Posté par . Évalué à -8.

                  Banzaï ! Bel effort, kantien, je te tire mon chapeau. Déjà, oui, j'ai de la chance que tu sois de bonne constitution :)

                  [ Préambule hors sujet se concluant par une invitation appuyée ]

                  En passant, vu la longueur de nombre de tes commentaires, vu ton style sensiblement épaissi par l'exigence d'univocité et par des sources de tes allégations, vu ton manque de clarté anecdotique, Je me demande ce qui retient ceux des lecteurs qui parfois se transforment en hyènes de te faire le même sort qu'à moi, à savoir cliquer abondamment sur "inutile". Il est vrai que tu manifestes moins de vanité que moi. Peut-être aussi n'as-tu pas exposé d'idée politique qui soit clivante…

                  Vois-tu, j'ai perdu quelques 80 points de karma (au sens de Linuxfr.org) dans une séquence de quelques commentaires sous le journal titré « Bootstrap Binary seed ». En bon kantien que tu es, c'est à dire praticien érudit de science de la sagesse, peut-être auras-tu un bon mot pour soigner mon âme et celle d'autres égarés ;)

                  Outre le fait que je produise aussi régulièrement de longs commentaires — ce qui déjà en soi peut déplaire selon plusieurs témoignages — et parfois de longues phrases comme celle-ci, outre que mon style soit régulièrement alourdi par l'exigence de pédagogie, d'exhaustivité, d'univocité, par des sources de mes allégations, voire par des précisions accessoires (ZeroHeure me taxe d'une propension à justifier n'importe quoi en produisant une flopée de détails tout à fait inutiles, les bras m'en tombent), outre qu'on me critique pour mon manque de clarté (ce qui arrive ponctuellement (particulièrement au titre que je fais maladroitement des incices dans les incices, lol, et plus anecdotiquement par équivocité) et si la remarque me semble juste, je propose volontiers une reformulation), et enfin outre qu'on me taxe d'une attitude vaniteuse (ce qu'il m'arrive de donner à penser, m'entêtant à défendre ce que je tiens pour vérité, particulièrement en réaction aux critiques abusives pleines de vanité voire de mauvaise foi et en réaction aux notes abusivement négatives par exemple pour cause de longueur, sans que le fond ne soit jugé), outre tout cela, donc, je pense que j'ai trouvé une explication valide (ici), incluant particulièrement un historique de kabbale indubitable pour cause d'expression politique qui a pu déplaire, ce qui m'a incité à sourcer et désambiguïser pour épargner aux lecteurs innocents la constitution de préjugés à l'égard de mes commentaires par l'influence néfaste de critiques abusives et de notes abusivement négatives, explication à laquelle je peux ajouter mon inclination à la désambiguïsation dans le cadre de mon intérêt de longue date pour le traitement automatisé du langage naturel (contrôlé ou non).

                  Bon, j'ai fini par formuler une proposition pour corriger le problème de l'inadéquation d'un texte à un lectorat. Je l'estime intéressante, je t'invite à la lire et éventuellement à y réagir.

                  [ La suite ]

                  La suite viendra : j'ai commencé une lecture attentive de ton commentaire et j'ai déjà bien des choses à exprimer. Il me faut en poursuivre la lecture et rédiger ma réaction. Je la posterai peut-être seulement demain, ce sera selon ma disponibilité.

                • [^] # Commentaire supprimé

                  Posté par . Évalué à -10. Dernière modification le 12/02/19 à 21:28.

                  Ce commentaire a été supprimé par l'équipe de modération.

                  • [^] # Commentaire supprimé

                    Posté par . Évalué à -10. Dernière modification le 12/02/19 à 21:30.

                    Ce commentaire a été supprimé par l'équipe de modération.

                  • [^] # Re: Définir les mots

                    Posté par (page perso) . Évalué à 8.

                    comme une quenelle posthume

                    Merci d'éviter ce genre de propos.

                    "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

                    • [^] # Commentaire supprimé

                      Posté par . Évalué à -10. Dernière modification le 12/02/19 à 21:31.

                      Ce commentaire a été supprimé par l'équipe de modération.

                  • [^] # Re: Définir les mots

                    Posté par . Évalué à -10. Dernière modification le 09/02/19 à 09:54.

                    Pardon aux lecteurs, dont Ysabeau — indisposée par le hors-sujet, cf. ici — d'insister par un dernier message, surtout que je promettais d'arrêter d'alimenter ce fil, cf. , mais j'ai une dernière précision, pour le lecteur intéressé, qu'il m'importe beaucoup de partager.

                    On pourrait arguer que le problème n'est pas l'historicité d'un signifiant, ici le mot autorisation, ou sa définition dans le langage commun, car il n'est pas rare que des philosophes — surtout à ces époques reculées — aient recours à des mots existants qu'ils redéfinissent, leur définition propre ayant vocation à rester la même tout au long du texte.

                    Cependant, Kant prétend discuter, pour l'invalider, la définition COMMUNE de liberté de droit (ou liberté juridique), définition qui comporte le mot autorisation ; il se doit donc de s'appuyer sur la définition commune du mot autorisation. La définition qu'il en donne n'étant pas commune, il y a bien un problème, soit que Kant n'en connût pas la définition commune et n'a pas ouvert de dictionnaire pour vérifier, soit que les deux équipes distinctes de traducteurs de Kant se soient égarés, ce qui fait beaucoup… Ainsi, je maintiens mon jugement : Kant est coupable de paralogisme. Au terme de ce procès en appel, je retire tout de même la sanction de la qu…[BIP] au titre qu'elle déplait trop puissamment aux modérateurs (et à kantien… n'en parlons pas, cf. ici).

                  • [^] # Re: Définir les mots

                    Posté par . Évalué à 10. Dernière modification le 12/02/19 à 21:50.

                    Bonjour Samwang<

                    Ces derniers propos ont pris du temps en entrainant une discussion entre modos, et nous avons convenu d'une part d'effacer ces propos plus que limites, et d'autre part de supprimer cet enième compte. L'humour n'est pas un vecteur permettant l'insulte, par exemple ce n'est pas parce que quelqu'un rigole en disant "sale pédé", ou ici des allusions très déplacées, ou autre, que ce rire rends cette parole protégée par la dérision, l'humour ou toute forme de libre expression, non. La personne rigole de cela par lâcheté, elle n'a pas le courage de le dire sérieusement et elle prends ce biais pour le dire et le faire accepter. Ceci n'est PAS de l'humour.

                    Tant de fois et tant de personnes différentes te l'ont fait remarquer : tu postes des éléments intéressants parfois, mais parfois aussi tes propos dérapent. Trop souvent.

                    Ces commentaires seront supprimés et ce compte désactivé.

                • [^] # Re: Définir les mots

                  Posté par . Évalué à -10. Dernière modification le 08/02/19 à 08:56.

                  Je produis ici un commentaire complémentaire sur le même texte de Kant (celui que tu présentes dans la première partie avant le trait de séparation horizontal). J'observe qu'il peut y avoir une incompatibilité entre l'égalité (extérieure) de droit et la liberté (extérieure) de droit, non pas que Kant prétende dans cet extrait qu'il y ait une parfaite harmonie entre ces deux principes, mais je relève le fait, à toute fin utile. Je m'explique ci-après

                  1) Je rappelle que la liberté de droit d'un citoyen est, selon ce que propose Kant au final, l'autorisation de n'obéir à aucune autre loi extérieure que celles auxquelles [il a] pu donner [son] assentiment.

                  2) L'égalité de droit est définie par Kant comme étant, dans un État, le rapport des citoyens selon lequel personne ne peut obliger l'autre, de droit, sans que, en même temps, il ne se soumette à la loi qui peut l'obliger réciproquement et de la meilleure manière.

                  a) Autrement dit, si un citoyen ne se soumet pas à une loi [NDR : ce qu'il peut faire en exerçant sa liberté de droit], alors il ne peut obliger un autre à s'y soumettre.

                  Or, lorsqu'on a une implication « si A, alors B », nous savons qu'il y a (en logique classique) une stricte équivalence avec sa proposition contraposée, c'est à dire « si non B, alors non A ».

                  b) Ainsi, le point a) précédent peut être écrit par stricte équivalence comme suit : si un citoyen peut obliger un autre à se soumettre à une loi, alors il se soumet à cette même loi.

                  3) L'incompatibilité entre les deux principes d'égalité de droit et de liberté de droit se manifeste en ce que celui qui exerce sa liberté de droit peut ne pas donner son assentiment à une loi, c'est à dire ne pas s'y soumettre (ou ne pas lui obéir) — cf. la définition de la liberté de droit au point 1) — et, ce faisant, il n'est pas acceptable que, par le principe d'égalité de droit, celui-là soit obligé par un autre à s'y soumettre, même si cet autre s'y soumet lui-même — ce que devrait impliquer le point 2) b) si l'égalité de droit s'appliquait.

                  Finalement, quelles sont toutes les implications de l'égalité de droit (cette possibilité, pour un citoyen qui se soumet à une loi, d'obliger autrui à s'y soumettre également) lorsqu'il y a liberté de droit ? Voici :

                  • soit il n'y a aucune implication lorsqu'un citoyen ne se voit obligé par aucun autre à se soumettre à une loi ;
                  • soit il n'y a aucune implication, car un citoyen, exerçant sa liberté de droit, se soumet à une loi, et alors peu importe que quiconque souhaite lui imposer cette même contrainte ;
                  • soit il y a incompatibilité, car un citoyen, exerçant sa liberté de droit, ne se soumet pas à une loi, et alors il ne lui est pas acceptable de se laisser imposer la contrainte par autrui.

                  4) On peut sortir de l'incompatibilité en donnant la priorité à l'un ou l'autre des deux principes.

                  Soit la liberté de droit prime, et l'égalité de droit ne sert à rien. Soit l'égalité de droit prime, et la liberté de droit d'un citoyen se trouve amputée au cas par cas, sur simple décision de quiconque se soumettant à une loi à laquelle ledit citoyen ne se soumettait pas de lui-même.

                  • [^] # Re: Définir les mots

                    Posté par . Évalué à -10. Dernière modification le 08/02/19 à 14:52.

                    [ Correction ]

                    J'ai écrit un sophisme dans le commentaire parent. Je vais l'identifier, expliquer en détail le diagnostique, et proposer une version corrigée. Ce sophisme est sans conséquence secondaire dans ma thèse, car je ne me suis pas appuyé dessus spécifiquement pour inférer quoi que ce soit.

                    Avis au lecteur : les 8 points qui suivent sont tous cohérents et valides, pour autant, j'aurais pu les réorganiser mieux pour plus de fluidité de lecture, impliquant que je m'assure de renuméroter certains renvois. Je m'en suis abstenu par fatigue. Désolé pour la pénibilité accrue à la lecture.

                    1) Voici le sophisme que j'ai écrit au 2e paragraphe du point 3) dans le commentaire parent :

                    • « l'égalité de droit (cette possibilité, pour un citoyen qui se soumet à une loi, d'obliger autrui à s'y soumettre également) »

                    2) Cette définition erronée de l'égalité de droit donnée entre parenthèses peut s'exprimer ainsi, sans changer le sens :

                    • si un citoyen se soumet à une loi, alors il lui est possible d'obliger autrui à s'y soumettre également

                    3) Cet énoncé est en fait la réciproque de la définition valide donnée au point 2) b) du commentaire parent, que voici pour rappel :

                    • si un citoyen peut obliger un autre à se soumettre à une loi, alors il se soumet à cette même loi.

                    4) Pour rappel, l'implication « si A, alors B » n'implique pas elle-même l'implication réciproque « si B, alors A ». Lorsque A équivaut à B, alors les deux implications réciproques sont valides (et réciproquement, si les deux implications sont valides, alors il y a équivalence). S'il n'y a pas équivalence, alors en sachant que l'expression « si A, alors B » est valide, prétendre s'appuyer sur la validité de « si B, alors A » est un sophisme. Pour référence, cf. la section Attention aux sophismes de l'article Proposition contraposée.

                    5) Revenons sur le sens de l'expression « sans que, en même temps » pour vérifier si elle correspond à une équivalence logique, ou plutôt une implication logique. Pour écrire le commentaire parent, j'ai déterminé que c'était une implication (dans un sens évidemment déterminé). On va vérifier ici que j'avais raison.

                    Par exemple considérons l'expression suivante, qui est valide :

                    • il n'y a pas de ciel bleu clair et lumineux jusqu'à l'horizon en espace dégagé, sans que, en même temps, il ne fasse jour.

                    Note : j'ai fortement spécifié l'exemple pour éviter des cas d'éclairages naturels particuliers en pleine nuit (éclair, aurore polaire) et d'éclairage artificiel (selon les technologies actuelles, un tel éclairage n'est pas imaginable).

                    a) Je prétends que cette expression peut s'écrire ainsi, sans perte de sens :

                    • s'il ne fait pas jour, alors il n'y a pas de ciel bleu clair et lumineux jusqu'à l'horizon en espace dégagé.

                    Ici, j'ai écrit une implication logique, pas une équivalence.

                    b) Considérons la réciproque :

                    • s'il n'y a pas de ciel bleu clair et lumineux jusqu'à l'horizon en espace dégagé, alors il ne fait pas jour.

                    C'est faux, car s'il n'y a pas un tel ciel bleu, pour autant il peut pleuvoir avec un ciel gris en pleine journée.

                    c) Conclusion : cette réciproque fausse indique qu'il n'y a pas d'équivalence entre les deux termes (« il n'y a pas de ciel bleu clair […] espace dégagé » d'une part, « il ne fait pas jour » d'autre part), mais simplement une implication dans un sens déterminé.

                    6) Je rappelle (en détaillant mieux le processus, pour le valider) la traduction que j'ai faite, au commentaire parent, de la définition de l'égalité de droit :

                    a) Rappel de la définition de l'égalité de droit par Kant :

                    • Dans un État, le rapport des citoyens selon lequel personne ne peut obliger l'autre, de droit, sans que, en même temps, il ne se soumette à la loi qui peut l'obliger réciproquement et de la meilleure manière.

                    b) Dans cette définition, j'isole la charge utile suivante :

                    • Personne ne peut obliger l'autre, de droit, sans que, en même temps, il ne se soumette à la loi qui peut l'obliger réciproquement et de la meilleure manière.

                    c) Je reformule sans changer le sens :

                    • Un citoyen quelconque ne peut pas, de droit, obliger autrui à se soumettre à une loi officielle quelconque, si ledit citoyen ne se soumet pas à ladite loi.

                    Ici, j'ai négligé l'expression « de la meilleure manière », considérant la soumission à une loi en mode tout ou rien, pour simplifier (la meilleure manière est en fait la soumission à la loi y compris dans les conditions les plus dures).

                    d) Je note que j'ai utilisé une expression très proche au point 2) a) du commentaire parent, moins fidèle à la charge utile de la définition de Kant, car négligeant l'expression « de droit », estimée implicite. La voici pour rappel :

                    • Si un citoyen ne se soumet pas à une loi, alors il ne peut obliger un autre à s'y soumettre.

                    7) Concrètement, l'énoncé en italique du point 2) du présent commentaire est une affirmation abusive dans le cadre de la définition de la liberté de droit donnée par Kant. Dans ce cadre, il se peut qu'un citoyen se soumette à une loi sans que cela implique la possibilité d'obliger autrui à s'y soumettre également, par exemple car il faudrait d'autres conditions pour pouvoir le faire.

                    8) Voici enfin la version corrigée du sophisme incriminé au point 1) du présent commentaire, qui pourrait avantageusement prendre place au 2e paragraphe du point 3) dans le commentaire parent :

                    • « l'égalité de droit (cette possibilité, pour un citoyen, d'obliger un autre à se soumettre à une loi, impliquant pour ledit citoyen qu'il se soumette lui-même à cette loi ».
                    • [^] # Re: Définir les mots

                      Posté par (page perso) . Évalué à 10.

                      Je sais bien que c'est important de montrer qu'on est intelligent et tout ça, mais, si je puis me permettre, avant de poster ce genre de pavé, faudrait se relire pour éviter de rajouter des tas de corrections et d'une, et de deux, ce n'est pas tout à fait le sujet de cette dépêche et cet étalage de culture à longueur de commentaires commence à me gonfler velu.

                      OS préféré Mageia 6 et Mageia 7, CMS préféré SPIP, suite bureautique préférée LibreOffice, logiciel de dessin préféré Inkscape.

                      • [^] # Re: Définir les mots

                        Posté par . Évalué à -10. Dernière modification le 08/02/19 à 16:25.

                        Je me contente d'exprimer ma réflexion, avec un goût pour la pédagogie et l'exigence de justesse. Pour les corrections sur mes propres contributions, c'est un problème que je reconnais (j'essaie de limiter…). Pour le hors sujet qui s'étale, je pense qu'en effet c'est mal venu sous une dépêche (plus acceptable sous les journaux) et je te présente mes excuses pour y avoir autant participé (c'est terminé pour ma part). J'observe que tu produis un travail de qualité et je comprends la gêne. Bonne continuation.

        • [^] # Re: Définir les mots

          Posté par . Évalué à -1. Dernière modification le 04/02/19 à 04:41.

          Coquille (1) :

          Que le principe de causalité est, pour fondement, […]

          Correction :

          « Que le principe de causalité ait, pour fondement, […] »

          (1) je la relève et la corrige pour aider à la compréhension et à l'affinement de ton texte.

    • [^] # Re: Définir les mots

      Posté par (page perso) . Évalué à 7.

      Désolée, ça me paraissait tellement évident, après tout, on y retrouve « instruire ». Donc c'est le nom des tutoriels du site instructables.com comme cela a été répondu. À noter, sur le site on parle aussi d'« ible » pour faire plus court.

      Et merci pour le compliment. Sincèrement, je pense que c'est l'une des façons de faire sortir GNU/Linux des idées encore dominantes que c'est une truc pour obsessionnels de l'informatique. C'est aussi, en réfléchissant aux freins qui empêchent de changer d'OS, qu'on peut trouver des arguments, des pistes ou des solutions et favoriser l'adoption de GNU/Linux.

      OS préféré Mageia 6 et Mageia 7, CMS préféré SPIP, suite bureautique préférée LibreOffice, logiciel de dessin préféré Inkscape.

    • [^] # Re: Définir les mots

      Posté par . Évalué à 4.

      Ne suffirait-il pas de proposer un synonyme existant comme guide, mode d'emploi ou tutoriel (certes pour les puristes, il s'agit d'un anglicisme pour ce dernier, mais attesté depuis plusieurs décennies) ?

  • # A côté

    Posté par . Évalué à 3.

    A propos d'Inkscape, je me demande souvent s'il existe une extension ou un module ou quelque chose de plus ou moins intégré pour vectoriser des images, notamment les tracés en noir et blanc.

    • [^] # Re: A côté

      Posté par (page perso) . Évalué à 4. Dernière modification le 03/02/19 à 01:37.

      C'est possible avec potrace, qui peut s'intégrer à Inkscape s'il est installé (ce qui devrait être le cas normalement, à moins d'avoir compilé Inkscape depuis les sources).

    • [^] # Re: A côté

      Posté par . Évalué à 6.

      J'ai la version 0.92.3 installée, je fais
      chemin> vectoriser un objet matriciel, ou Maj+Alt+B.

      ça marche en couleur également.

      Une fois vectorisé, je simplifie les contours.

      • [^] # Re: A côté

        Posté par (page perso) . Évalué à 2.

        Et on peut exporter en DXF, ce qui permet de le travailler dans des applis de CAO.

        « Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries que mobiliser sa connerie sur des choses intelligentes. »

    • [^] # Re: A côté

      Posté par (page perso) . Évalué à 5.

      La FAQ d'Inskcape sur la vectorisation d'images matricielle et bien fichue en plus.

      Mais pour le manchot Linuxfr par exemple et dans l'optique d'un motif de broderie avec des à plats de couleurs bien séparés, je crois, malgré tout, que redessiner les contours prends un peu moins de temps quand on est familier avec les courbes de Béziers que de passer par le module et d'ensuite retoucher. Donc ça dépend un peu de l'image d'origine et de ce qu'on veut en faire.

      OS préféré Mageia 6 et Mageia 7, CMS préféré SPIP, suite bureautique préférée LibreOffice, logiciel de dessin préféré Inkscape.

  • # Quand je disais que ça ôtait un frein pour passer à Linux, la preuve

    Posté par (page perso) . Évalué à 10.

    Je viens de recevoir un message via mon site dutailly.net, suite au tutoriel sur l'extension :

    Je jongle depuis des années avec un vieux window et
    des versions préhistorique de PEdesign. De la récup de JANOME au
    maintient coûte que coûte de la Brother je travaille depuis plus de 10
    ans dans la création textile. Vous avez unifié enfin tous les systèmes.
    Inkscape sera désormais mon logiciel de création. Adieu Microsoft
    définitivement…

    'videmment ce sont surtout les personnes qui développent Inkscape et ont développé cette extension qui méritent les compliments et les remerciements. S'il y en à qui passent par là, c'est pour vous.

    PS : Brother et Janome ont des formats de fichiers différents, ce qui signifie deux logiciels de création de broderie différents.

    OS préféré Mageia 6 et Mageia 7, CMS préféré SPIP, suite bureautique préférée LibreOffice, logiciel de dessin préféré Inkscape.

  • # Ça va même plus loin

    Posté par (page perso) . Évalué à 9.

    La personne qui m'a écrit qu'elle allait enfin pouvoir abandonner Windows, me propose d'apporter une contribution, et me demande s'il existe un endroit où elle pourrait partager ses fichiers.

    Je ne pensais que la rédaction de ces tutoriels irait aussi loin.

    OS préféré Mageia 6 et Mageia 7, CMS préféré SPIP, suite bureautique préférée LibreOffice, logiciel de dessin préféré Inkscape.

    • [^] # Re: Ça va même plus loin

      Posté par (page perso) . Évalué à 4.

      Tu vois bien que tu es une Hacktiviste !

      "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

      • [^] # Re: Ça va même plus loin

        Posté par (page perso) . Évalué à 4. Dernière modification le 08/02/19 à 17:13.

        Hacktiviste peut-être pas. Mais ça illustre la nécessité de faire (d'écrire même dirais-je) des tutoriels accessibles à tout le monde et sur des sujets aussi éloignés de l'informatique pure, bref du concret.

        Et ça fait plaisir de recevoir ce genre de message.

        OS préféré Mageia 6 et Mageia 7, CMS préféré SPIP, suite bureautique préférée LibreOffice, logiciel de dessin préféré Inkscape.

  • # Tutoriel sur la gestion des couleurs et les palettes de couleurs fait

    Posté par (page perso) . Évalué à 6.

    En complément et comme promis, je viens de mettre en ligne un tutoriel sur les palettes de couleurs qui donne une méthode pour les gérer et indique comment créer directement une palette au format gpl pour Inkscape et Gimp avec un éditeur de texte.

    https://dutailly.net/palettes-de-couleurs

    Normalement, avec tout ça tout le monde devrait être capable d'avoir une gestion plus cohérente et rationnelle des couleurs pour ses documents.

    NB : je trouve beaucoup plus facile de procéder de cette façon que d'ajouter les couleurs une à une dans Gimp et ça prend beaucoup moins de temps.

    OS préféré Mageia 6 et Mageia 7, CMS préféré SPIP, suite bureautique préférée LibreOffice, logiciel de dessin préféré Inkscape.

  • # To edit

    Posté par . Évalué à 2. Dernière modification le 01/03/19 à 17:56.

    Pour ajouter au capharnaüm edit/éditer:
    - éditer un texte signifie «Assurer la reproduction, la publication et la diffusion d'une œuvre.», mais parfois aussi «Établir le texte d'une œuvre, éventuellement accompagné de notes critiques et de commentaires, en vue de sa publication.».
    - to edit a book signifie «to make changes to a text or film, deciding what will be removed and what will be kept in, in order to prepare it for being printed or shown» (traduction : modifier un texte ou un film et décider ce qui sera enlevé ou gardé afin d'en établir une version à diffuser).

    Bref, ce n'est pas tout à fait clair que ces deux mots ne se recoupent pas dans leur usage. Par contre, en termes d'usage fréquentiel, il me semble (mais je n'ai pas de source), qu'effectivement, le mot anglais «edit» est souvent utiliser pour simplement dire «modifier», et que le mot français «éditer» est souvent utilisé pour dire «publier». Mais on peut utiliser un peu les deux pour parler d'établissement d'un texte.

    D'ailleurs, je ne vois pas d'ailleurs bien pourquoi la fonction «Rechercher dans le texte» correspondrait à un menu intitulé «Modifier», c'est plutôt une forme de recherche dans le texte qui n'a rien à voir avec une modification… mais peut-être plus avec de l'édition.

    On n'est pas sortis de l'auberge…

    Source :
    - TLFi
    - Cambridge Dict
    - Linguee propose éditer, réviser, rédiger, corriger, monter
    - Le grand dictionnaire terminologique propose éditer, mais aussi apprêter

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