Non renouvellement de l’accréditation de la licence pro CoLibre pour la rentrée 2027

24
21
mar.
2026
Éducation

L’institut de la communication (ICom) de l’université Lyon2 a ouvert en 2008 une licence professionnelle « Communication, Logiciels Libres et Sources Ouvertes », avec pour objectif de « former des professionnels de la communication qui sauront utiliser des solutions libres pour remplir leur fonction et qui seront à même d’accompagner l’intégration des solutions communicantes libres dans leurs organisations (institutions, entreprises, associations…). » L’annonce avait été relayée sur LinuxFr.org notamment et depuis lors les actualités de cette licence étaient régulièrement relayées sur le site (voir l’étiquette colibre).

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Le 19 mars 2026, le compte « Équipe pédagogique et camarades de la licence pro CoLibre (Communication et Logiciels Libres) @equipe_colibre@mastodon.social » apparaissait sur le Fediverse, avec l’annonce « L'équipe pédagogique de la licence pro « CoLibre » ouvre ce compte pour échanger autour de la fermeture de ce parcours de formation #colibre #logiciellibre #formation #lyon #communication ».

Et dans la foulée fournissait un peu plus de détails : « Souhaitons que la #fermeture annoncée de la licence pro #CoLibre pour la rentrée 2027-2028 soit une opportunité pour disséminer 18 ans d’expérience de la formation à la #communication avec des logiciels libres et éthiques. Le communiqué de l’équipe pédagogique : pdf #lyon #université #logiciellibre » (le PDF a été ré-hébergé sur un serveur April).

Tirés du PDF :

« le conseil d’administration de l’icom [a] entériné à la majorité la non-reconduction du parcours de licence pro "CoLibre" (Métiers de la Communication, conduite de projet et logiciels libres) répondant ainsi aux attentes portées par la présidence de diminuer le volume d’enseignements dans un cadre budgétaire restreint. »

« La licence ouverte en 2008 et ayant formé plus de 350 personnes répondait pourtant à des critères essentiels et attendus pour son renouvellement. »

« Ce parcours, au-delà de sa vocation à former des professionnels de la communication, était une formation unique dans le monde universitaire français, appuyant ses pratiques numériques pédagogiques et professionnelles sur l’usage exclusif de solutions logicielles libres, éthiques et ouvertes. »

« Il nous [L’équipe CoLibre] semble indispensable que des engagements formels soient pris pour que la disparition de cette formation ne réduise pas l’opportunité des équipes techniques et administratives de maintenir et développer des compétences en matière de déploiement et d’usage de solutions numériques libres et éthiques. Ce désengagement se ferait au risque de renforcer la dépendance de notre université à des solutions propriétaires nord-américaines qui contraignent chaque jour un peu plus nos valeurs démocratiques et scientifiques »

« Nous ne pensons pas que la décision de réaccréditer la licence soit réversible. Toutefois nous pensons qu’il est possible de disséminer cette belle expérience »

Aller plus loin

  • # s/Colibri/CoLibre/ — Taxe d'apprentissage

    Posté par  (site web personnel) . Évalué à 7 (+5/-0).

    Autocorrection orthographique intempestive ?

    Quoi qu'il en soit, c'est vraiment triste de voir cette formation disparaître. Je suis preneur de recommandations pour flécher la taxe d'apprentissage…

    Debian Consultant @ DEBAMAX

  • # (ré)(dés)accréditer ?

    Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 4 (+3/-0).

    Nous ne pensons pas que la décision de réaccréditer la licence soit réversible

    Plutôt "désaccréditer" non ? (Malgré le fait que c'est bien ce qui est écrit sur le pdf en lien).

  • # Pourquoi ?

    Posté par  (site web personnel) . Évalué à 5 (+3/-0).

    Sait-on pourquoi cette licence n'a pas été renouvelée ? Des raisons ont été données ?

    • [^] # Re: Pourquoi ?

      Posté par  (Mastodon) . Évalué à 5 (+5/-3).

      Comme dans beaucoup d'université : «il n'y a plus de sous». Donc, ça coupe là où ça peut, donc dans les formations au pif (surtout pas celle du copain qui est au CA et qui n'a que 4 étudiants). Mais tout va bien, grâce aux baisses d'impôts de production, Bernard Arnaud a pu s'acheter un nouveau yacht…

      • [^] # Re: Pourquoi ?

        Posté par  (site web personnel) . Évalué à 5 (+4/-1).

        "Comme dans beaucoup d'université : «il n'y a plus de sous»."

        Peut-être est-ce effectivement une des raisons, mais je préférais des faits plutôt que ce qui semble être une supposition.

        • [^] # Re: Pourquoi ?

          Posté par  (site web personnel) . Évalué à 8 (+6/-0).

          C'est écrit juste au-dessus dans le premier extrait du PDF

          « … répondant ainsi aux attentes portées par la présidence de diminuer le volume d’enseignements dans un cadre budgétaire restreint. »

          • [^] # Re: Pourquoi ?

            Posté par  (site web personnel) . Évalué à 2 (+0/-0).

            Arg, merci, donc c'est effectivement cette raison. J'avais lu le pdf mais trop rapidement…

          • [^] # Re: Pourquoi ?

            Posté par  . Évalué à 5 (+3/-0).

            Ça ne répond pas à la question, le cadre budgétaire des universités est toujours restreint, c'est un argument qu'on entend depuis des décennies. La question demeure : pourquoi avoir choisi de supprimer cette formation là plutôt qu'une autre ?

            • [^] # Re: Pourquoi ?

              Posté par  (Mastodon) . Évalué à 8 (+5/-0).

              Une licence pro, c'est assez facile à fermer. Il n'y a qu'une seule année de formation, généralement très peu d'étudiants (20 max), donc c'est ce qui est le moins impactant globalement. Dit autrement, ça ne se voit pas : les étudiants déjà dedans vont sortir à la fin de l'année, il suffit de couper l'admission et ça disparaît tout seul. Et puis, depuis le passage du DUT (2 ans) en BUT (3 ans), beaucoup de licences pro ont moins de flux d'entrée (mais ça dépend aussi des contextes).

              • [^] # Re: Pourquoi ?

                Posté par  . Évalué à 2 (+0/-0).

                Effectivement, quand tu as à coté des formations avec 200 étudiants en Licence, il y a des variables d’ajustement assez faciles à trouver pour faire rentrer la compta dans les clous.

                "Si tous les cons volaient, il ferait nuit" F. Dard

            • [^] # Re: Pourquoi ?

              Posté par  . Évalué à 5 (+2/-0). Dernière modification le 23 mars 2026 à 12:40.

              Les formations sont normalement évaluées à intervalle régulier; en théorie, l'université peut (même si ça n'est pas une obligation) conditionner le renouvellement des formations à ces évaluations.

              Même si des critères pédagogiques "objectifs" peuvent rentrer en jeu (qualité de la formation, nombre d'étudiants formés, nombre de demandes d'inscription reçues, taux d'emploi des étudiants à 6 mois / 2 ans, etc), j'ai l'impression en ce moment que le coût visible de la formation pour l'université (locaux et nombre d'heures de présence face aux étudiants, rémunération des intervenants exterieurs, etc) rentre de plus en plus en compte. Il n'y a plus une thune, mais la lettre de mission du président c'est que ça ne se voie pas. Il faut donc officiellement se réjouir de la situation, essayer d'attirer de plus en plus d'étudiants, et en sous-main couper les coûts; on voit bien comment les critères pédagogiques peuvent passer après… Ça explique notamment la multiplication des filières avec de l'alternance et de nombreux stages, puisque les stages c'est à la fois "gratuit" et professionnalisant, ça coche plein de cases à la fois.

              Là, sans information, c'est dur de savoir si cette formation n'était pas en mode "survie" depuis plusieurs années (typiquement, si ça fait 5 ans que tu as 15 étudiants alors que tu peux en accueillir 30, ça veut dire que tu prends tous ceux qui se présentent (donc niveau hors de contrôle) et que tu fais baisser le ratio elève/prof). C'est le genre de situations où les arguments sur la contribution à une meilleure société n'ont pas beaucoup de poids…

        • [^] # Re: Pourquoi ?

          Posté par  . Évalué à 8 (+6/-0).

    • [^] # Re: Pourquoi ?

      Posté par  . Évalué à 6 (+4/-0).

      Une licence pro, de ce que je vois (dans mon domaine, le BTP), c'est finalement assez peu d'enseignements (15/18 semaines/an) et aussi beaucoup d'établissements privés dans la partie (au pif, c'est au moins du 50/50).
      Ces derniers semblent bien s’accommoder de ce système puisque certaines formations (ou "écoles") ont acquis avec le temps une excellente réputation.

      Est ce que

      • l'Université (pourtant coutumière des contrats courts et précaires), c'est trop cher"
      • "l’Université, ce n'est pas assez agile"
      • "l'Université, c'est trop académique et pas assez Pro"
      • "l'Université n'a pas à faire du prosélytisme politique en faveur des Logiciels Libres"

      ont été des arguments ?

      "Si tous les cons volaient, il ferait nuit" F. Dard

      • [^] # Re: Pourquoi ?

        Posté par  (site web personnel) . Évalué à 7 (+4/-0).

        Si on en croit les syndicats et les messages que nous (enseignants du public) recevons à longueur d'année, ce serait encore un chouilla plus politique : alors que les financements publics de l'enseignement public sont en baisse constante, ceux du privé voient leurs parts augmenter d'année en année. L'objectif étant un, à terme, un recentrage de l'état sur sa mission unique (monopôle de la violence), en délaissant le reste (justice, éducation, santé…). Évidemment, personne ne viendra le dire ouvertement. C'est un peu comme dans l'exemple de l'épouse de JB Kempf. Les déclarations pour la justice, c'est il faut recruter à tour de bras pour désengorger les tribunaux, mais en arrière scène on verrouille le recrutement en préparant un scénario de déni plausible « on ne voulait pas, mais c'est une erreur purement fortuite qui a interdit les recrutements via l'une des trois voies d'accès à la magistrature) ; non, vraiment si on avait su prédire… en tout cas, pas de soucis, d'ici une décennie nos successeurs se seront assurément employés à corriger notre bévue ! »

        « IRAFURORBREVISESTANIMUMREGEQUINISIPARETIMPERAT » — Odes — Horace

  • # Effectifs

    Posté par  . Évalué à 7 (+6/-0).

    350 étudiants formés en un peu moins de 20 ans ça fait environ 18-19 étudiants par ans en moyenne, ce qui est plutot pas mal. Je suis dans une autre université, et en général au delà de 12 ou 14 étudiants on considère qu'une formation est "supportable" par l'établissement.

  • # On a travaillé avec la licence CoLibre

    Posté par  . Évalué à 10 (+18/-0).

    On a proposé un projet tutoré il y a 2 ans autour de notre fabrication de poupées sexuées. Ne lisez pas de travers! il s'agit de poupées fabriquées pour les victimes d'abus sexuels, pour les aider à parler. Elles sont aussi utilisées pour l'éducation, en Ehpad et par divers psychologues.

    Les élèves de CoLibre étaient beaucoup plus matures que d'autres étudiants, ceux de notre projet avaient tous un parcours déjà riche. La quantité de travail fourni nous a réellement impressionné.
    On a trouvé le niveau élevé. Très pro. On a du choisir entre des propositions riches, ce qui est rarement le cas avec des professionnels de la comm'. Les enseignants poussaient les étudiants, avec bienveillance et respect (les étudiants nous l'ont dit).

    On s'est dit que le Libre y était pour quelque chose : on ne s'engage pas là-dedans sans convictions, curiosité, ouverture, etc. Ainsi les étudiants étaient capables d'aller au-delà de leurs outils d'apprentissage (comme le diagramme SWOT), c'est à dire qu'ils avaient déjà dépassé la phase étude et comprenaient comme des pros.

    Enfin, quel bonheur de pouvoir reprendre le travail effectué avec les mêmes outils, les mêmes polices, les mêmes sources graphiques (etc.). Le tout sans inquiétude quant aux droits ou licences. Et quand je dis bonheur, c'est peu. La tranquillité d'esprit quand on gère une entreprise c'est indispensable.

  • # Ancien étudiant Colibre

    Posté par  (Mastodon) . Évalué à 10 (+10/-0).

    Je suis un ancien étudiant de la Licence Pro Colibre, que j'ai suivie en étant salarié à temps partiel.
    J'en garde un très bon souvenir, tant de l'équipe pédagogique que de mes camarades.

    J'ai trouvé du travail à la suite de cette formation, dans lequel j'utilisais mes connaissances acquises et où je promouvais l'utilisation des Logiciels Libres avec un certain succès… 

    C'est vraiment triste de voir disparaître une formation universitaire de cette qualité et misant tout sur les Logiciels Libres.

    Toutes mes pensées à Vincent Mabillot et au reste de l'équipe !!

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