Sommaire
- Mon employeur est visionnaire
- La première révélation
- La deuxième révélation
- La troisième révélation
- La part sombre
- Conclusion
Mon employeur est visionnaire
Et croyez bien que ça me fait mal à l'arrière train de l'admettre, parce qu'il y a quelques zélotes à l'égo sur-dimensionné que j'aurais bien voulu voir rabattre leur caquet. Mais bon, ce n'est pas de l'arrogance si ils ont raison?
Bref, ils ont mis le paquet. Ils ont compris que, comme lors de la révolution informatique et de la révolution internet, où il ne s'agissait pas juste de coller un ordinateur ou un navigateur devant les yeux de la secrétaire ou du patron mais de créer l'écosystème qui permette d'utiliser ces nouveaux outils au maximum de leur potentiel, il fallait un vrai département IA dédié (deux, en fait), et intégrer les nouveaux outils finement dans toutes les activités de la boite.
Ainsi, l'accès à ChatGPT ne fut que la toute première étape : on a ensuite eu un ChatGPT "sûr" (en fait, un simple NDA où il était permis d'envoyer des informations confidentielles au LLM. Ensuite, tout un tas d'outils que je trouve personnellement discutables, pour résumer des e-mails, ou même automatiquement générer et envoyer à son manager son petit résumé de la semaine, à partir des e-mails, des commits, et des tickets (ce que je trouve être une hérésie, mais on peut lancer le débat).
L'autre aspect à noter et que la philosophie Devops et Infra-as-code est très développée chez nous, ce qui veut dire que la plupart des changements courants (déploiement de services, espace disque, logiciels installés sur la machine…) se contrôlent à travers des dépôts Git. Tout est mûr pour que la machine prenne le pouvoir.
La première révélation
Finalement, ce sont 2 nouveaux produits qui ont tout changé: d'une part ce bon vieux Claude CLI en ligne de commande, et d'autre part, un accès à Claude via une GUI Web. Mais pas les versions brut de décoffrage, non - On parle de versions adaptées, intégrées avec les dépôt de code, les logs de prod, les APIs ActiveDirectory, et tout le toutim, le tout correctement référencé par des MCP et des Skills, et avec les bons niveaux d'isolation pour éviter les accidents.
C'était il y a quelques mois - Un collègue me fait remarquer que nous n'avons plus Notepad++ depuis la migration d'OS. Ayant vu une démonstration du Claude Web juste avant, je me suis lancé, sans trop y croire. "Salut lapin, ajoute Notepad++ sur le Puppet de l'équipe". Après avoir mouliné 2 minutes, il me sort la pull request. Je ne lui ai pas dit quelle était mon équipe. Je ne lui ai pas donné le nom du paquet. Je ne lui ai pas dit où était le dépôt Puppet. Là où j'aurais galéré à trouver l'info et certainement fait plusieurs typos, il s'est débrouillé dans son coin. À partir de ce moment, je n'ai plus touché un Gitops manuellement. Je lui dit ce que je veux, il se débrouille, et il écrit du bien meilleur Yaml que moi.
La deuxième révélation
Quelques semaines plus tard, toute l'équipe doit se rendre à l'évidence : Claude écrit du meilleur C++ que nous. Alors oui, il ne part pas de zéro : on a déjà une belle base de code bien propre, cohérente et bien testée. Mais Claude se montre infatigable : il écrit des services entiers, il refactore ou implémente des petites fonctionnalités mineures qui étaient au fond de la pile - Mais il est tellement rapide et autonome que c'est un faible coût pour moi de le lancer sur le sujet et de voir ce qu'il fait. Si c'est du n'importe quoi, je n'ai perdu que 5 minutes.
Notre approche est la suivante : tout d'abord, on utilise le Claude Web, on lui demande de ne pas écrire de code, mais juste une spec. Il part alors dans la base de code principale, les Gitops, les tickets, la documentation, et écrit une spec. Je la revois en détail, j'itère, jusqu´a ce que je sois content. Ensuite, je donne la spec à manger à Claude CLI, qui implémente. Quand il a fini, je fais une revue de code, je lui dit quoi changer, si c'est quelque chose d'un peu fondamental je lui demande d'éditer les documents de style ou de bonnes pratiques qu'il utilise comme base.
Notre approche du développement a complètement changé: puisqu'on a des Claude autonomes, plutôt que de travailler sur une fonctionnalité à la fois, je lance 2, 3 ou 4 choses en même temps - J'ai mis en place quelques macros Emacs pour avoir mon éditeur favori qui intègre une session entière avec la ligne de commande, Git, et l'éditeur de texte, j'ai un bureau virtuel par tâche sur laquelle je travaille, et je passe de l'une à l'autre, je vérifie, je relance, je relis une spec, je vérifie des tests unitaires - Comme une sorte de tech lead fou qui aurait un nombre illimité de développeurs brillants mais un peu bornés à son service.
La troisième révélation
La conséquence de ce changement, c'est que le code va vite, mais pas le reste : il me faut encore revoir les changements que mes collègues ont vibe codé, et eux les miens. Il faut tester, il faut déployer, et nos mise en prod hebdomadaires prennent de l'embonpoint et deviennent plus risquées.
L'IA, c'est comme la violence, si ça ne résout pas ton problème, c'est que tu n'en a pas mis assez. J'ai donc demandé à Claude de créer un document de test, avec des trous à remplir et les requêtes et systèmes à utiliser. Ensuite, chaque semaine, je lui donne le document à mouliner, ça tourne pendant 10 minutes, et il me sort tous les tests de régression, corrélés aux tickets qui sortent, aux logs, et ainsi de suite, le tout justifié et simple à vérifier. Ça ne fait pas tout, mais c'est un fort gain de temps.
La part sombre
Bien sûr, ce n'est pas gratuit - Et le management a l'intention de faire un retour sur investissement conséquent. L'on parle de 5X, 10X, 50X même, et nos chefs ont été explicites sur les améliorations de productivité qu'ils comptent tirer de l'IA. Pour l'instant, il s'agit de faire beaucoup plus avec les même ressources. Mais je me doute bien que le jour où il faudra faire moins, beaucoup perdront leur emploi.
De mon côté, mes douleurs aux bras, aux poignets et aux mains, disparues depuis longtemps grâce au Typematrix, reviennent. Avant, je pouvais taper du code pendant des heures, presque sans toucher la souris, et je devais fréquemment ralentir pour réfléchir à mon algo ou aller lire une doc. Maintenant, l'on passe d'une tâche à une autre tout le temps, on écrit un peu de texte à toute berzingue sans trop se préoccuper des fautes ou des typos, et on utilise la souris tout le temps. J'ai tenté de mettre en place autant de raccourcis clavier que possible, et j'ai investi dans une souris verticale - On verra si ça aide.
Conclusion
Que l'on déplore ou que l'on se réjouisse de ces changements, ils sont là pour durer. Le chat est sorti du sac, comme disent nos amis d'outre-Manche, c'est la nouvelle manière de travailler, il faudra s'y faire. Steve Yegge, un développeur et blogueur influent, en a parlé dans un article récent : vibe coder, c'est épuisant (après, peut-être qu'il se fait vieux). De mon côté, je me suis pris au jeu - Je me sens insatisfait quand je n'ai pas un ou deux Claude qui moulinent en arrière plan. Mais je continue à coder un peu à la main à la maison, j'installe des LLM en local chez moi pour bidouiller et évaluer les technologies. Quelque part, c'est passionnant. Mais c'est aussi terrifiant.

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