Quelles températures après 2080 ?

Posté par  . Édité par etbim, Bruno Ethvignot, Ysabeau, Yves Bourguignon, orfenor et xunfr. Modéré par Ysabeau. Licence CC By‑SA.
39
26
avr.
2021
Science

De nombreux organismes de recherche étudient l’évolution du climat. À partir des conférences en ligne proposées par le Copernicus Climate Change Service (C3S), on va extraire les températures prévues en Europe après 2080, disponibles à travers le programme EURO-CORDEX.

Anomalie de la température moyenne annuelle de l'air en surface. Données NASA/GISS : [https://climate.nasa.gov/vital-signs/global-temperature/](https://climate.nasa.gov/vital-signs/global-temperature/)

Ci-dessus la variation de la température moyenne observée avec une référence prise sur la période 1951-1980, données NASA/GISS. On observe une nette tendance à la hausse sur les dernières décennies. La régression Lowess lisse le signal afin de mieux distinguer les tendances. On réservera cependant le code source correspondant aux développeurs et aux développeuses aguerris.

Sommaire

En premier lieu, familiarisez-vous avec le sujet ! Consultez les présentations issues du webinaire du C3S, en particulier celles de E. Kjellström et de E. Coppola.

Présentation succincte d’EURO-CORDEX

EURO-CORDEX est la ramification européenne du projet de recherche international CORDEX, financé par les Nations Unies à travers le programme mondial de recherches sur le climat. Le but de ce projet est d’améliorer les projections climatiques. EURO-CORDEX est dédié aux projections sur la zone Europe.

Qu’est-ce qu’un modèle climatique  ? Ensembliste ?

Un modèle climatique est un modèle météorologique adapté pour simuler le climat sur de très longues périodes, typiquement 300 ans. Pour des raisons de coût et de temps de calcul, mais également de stockage des données, les résolutions horizontales (la distance entre deux points de grille) et verticales utilisées dans les modèles climatiques sont généralement plus grossières que celles utilisées dans les modèles simulant les conditions météorologiques à courtes échéances comme une semaine ou dix jours.

Il est impossible de prévoir le temps de manière déterministe à plus de sept jours car l’écoulement de l’atmosphère est chaotique. En effet, même pour des simulations portant sur les prochains jours, un petit écart dans les conditions initiales peut entraîner des différences énormes sur le temps prédit (effet papillon). C’est l’image de billes de bois à la surface d’un fleuve : proches au début, les billes ont toutes des trajectoires différentes et peuvent se retrouver rapidement très éloignées.

On peut tout de même analyser les différents scénarios météorologiques représentés par l’ensemble des billes, on qualifiera alors l’approche du terme « ensembliste ». L’effet papillon est souvent résumé au point suivant : le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut provoquer une tornade au Texas. D’un point de vue ensembliste, on pourrait compléter ce point par le suivant : les battements d’ailes des papillons au Brésil ne changent ni la probabilité d’apparition des tornades au Texas, ni l’intensité probable de ces dernières.

À partir d’une situation initiale de référence constituée de paramètres météorologiques – observations à différentes altitudes corrigées après assimilation de donnée — un modèle météorologique donne une prévision. Concrètement, une prévision est le résultat d’une simulation, et on nomme membre une prévision individuelle. De nombreuses conditions initiales peuvent être construites en perturbant la situation initiale de référence. En effectuant des prévisions pour un grand ensemble de conditions initiales, on construit un modèle météorologique ou climatique dit « ensembliste » (constitué de plusieurs membres). Plus généralement, on peut considérer un membre comme la réalisation d’une expérience (numérique ici), et le modèle ensembliste comme un ensemble de réalisations. L’ensemble de réalisations peut être obtenu en changeant les conditions initiales, mais également en changeant certains paramètres physiques pour lesquels il y aurait de l’incertitude.

Les membres sont indépendants et aucun ne peut être privilégié à priori : les membres – simulations météorologique couvrant 300 ans –, les conditions initiales et les différentes paramétrisations ne peuvent pas être hiérarchisées et évoluent tout le temps au fil de l’évolution du modèle. Dans l’approche ensembliste, plus les membres s’accordent sur un point, plus il est probable. Ainsi, lorsque 2/3 des membres s’accordent, l’indice de confiance est de 60 %.

Si la prévision déterministe est impossible après quelques jours, il existe des éléments du système qui sont bien connus (variations saisonnières du rayonnement solaire) ou qui, par inertie, varient lentement et sont mieux prévus (banquise et cryosphère, caractéristiques océaniques). Par exemple, une anomalie de température de l’eau comme l’ENSO (El Niño / La Niña) favorise l’occurrence de situations météorologique aux dépens d’autres sur de grandes parties du globe et sur plusieurs mois. Le système climatique est dit « forcé » par ces éléments que l’on nomme des « forçages ».

De nombreux forçages évoluent dans les modèles climatiques (augmentation de l’effet de serre, déforestation/désertification et changement d’occupation des sols, pluviométrie, température des océans, cryosphère, etc.). Bien prendre en compte l’évolution de ces forçages est l’une des clés permettant d’avoir des prédictions robustes.

Bien entendu, au pas de temps tri-horaire ou quotidien (résolutions temporelles natives des modèles climatiques) le bruit domine sur le signal et l’évolution des forçages est peu visible. En revanche, sur une moyenne trimestrielle ou annuelle, ces évolutions émergent naturellement. Cette prévisibilité de long terme augmente lorsque l’on se rapproche des zones tropicales ou des pôles qui sont des zones à fortes inerties thermique (ceinture océanique tropicale ou cryosphère polaire).

Aucun modèle de projection climatique ne saurait être parole d’évangile, le multi-modèle est donc indispensable en prévision longue échéance. Pour maximiser l’information et mieux cerner les incertitudes, les modèles climatologiques sont donc tous ensemblistes. EURO-CORDEX regroupe ainsi près de 40 modèles climatiques planétaires. Dans cette dépêche, les simulations s’appuient sur le modèle climatique planétaire IPSL-CM5A à résolution intermédiaire (1,25° x 2,5°). La surface étudiée lors des simulations est limitée à l’Europe, et à travers une descente d’échelle statistique, les modèles atteignent des résolutions jusque-là réservées aux modèles à courte échéance : 12 km de résolution horizontale actuellement, et 5 km prochainement.

Dans le cadre de cette dépêche, on va uniquement illustrer l’extraction et l’analyse de données. Les données sélectionnées font partie de la catégorie r1i1p1. Les ensembles r1 correspondent à des ensembles constitués d’un unique membre et donc d’une unique réalisation. On ne propose donc pas dans cette dépêche une analyse ensembliste de la température après 2080. Les résultats ainsi obtenus sont purement illustratifs.

Extraction des données

Sans création d’un compte

Vous pouvez récupérer des données à travers ce lien. L’accès ainsi obtenu est limité, privilégiez l’accès avec un compte pour reproduire l’analyse proposée ici.

Avec création d’un compte

Vous pouvez créer un compte sur https://esgf-node.ipsl.upmc.fr/ ou sur tout autre nœud de la fédération ESGF. Pour le nœud IPSL, après création du compte, l’extraction des données EURO-CORDEX se fera sur https://esgf-node.ipsl.upmc.fr/search/cordex-ipsl/. À titre illustratif, on va filtrer les données en sélectionnant :

  • « EUR-11 » dans « Domain » (résolution spatiale de 0,11 °, soit environ 12,5 km) ;
  • « RCP » dans « Experiment family » ;
  • « day » dans « Time frequency ».

Pour extraire les températures moyennes, il faut sélectionner « tas », dans « Variable ». À ce stade, il y a des centaines de jeux de données disponibles. On va sélectionner les données issues de l'IPSL dans « Institute ». Enfin, on va sélectionner le modèle climatique planétaire « IPSL-IPSL-CM5A-MR » dans le champ « Driving model ».

Pour les expériences disponibles (RCP4.5 et RCP8.5), récupérez le script WGET associé à chaque jeu de donnée ou téléchargez directement les fichiers (List files => HTTP Download). Les données prennent la forme de fichiers NetCDF. On va se limiter aux fichiers couvrant la période 01/01/2016-31/12/2020 pour référence et 01/01/2081-31/12/2100 pour les températures après 2080. Notez bien que chaque fichier pèse 660 Mio et que le téléchargement n’est possible qu’après avoir rejoint le groupe « CORDEX Research » ou « CORDEX Commercial ». Lors du premier téléchargement direct d’un fichier par HTTP, vous aurez la possibilité de rejoindre l’un des groupes. En cas de difficulté, n’hésitez pas à consulter la FAQ.

Les expériences RCP

À partir d’hypothèses sur les évolutions sociétales et technologiques, on esquisse des trajectoires d’évolution pour les émissions nettes (émission - stockage) des gaz à effet de serre ainsi que pour l’occupation des sols. Les expériences RCP ont été établies par le GIEC et correspondent au regroupement de scénarios jusqu’à l’horizon 2300. Elles sont nommées d’après le forçage radiatif de l’année 2100. Ainsi, l’expérience RCP2.6 correspond à un forçage radiatif de 2,6 W/m² en 2100. Plus le forçage est important, plus le système terre-atmosphère gagne en énergie et se réchauffe. Nombre de scénarios avec des émissions nettes faibles ou négatives à long terme s’appuient sur une production d’énergie issue en grande partie de biomasse, avec capture et stockage du carbone émis lors de la production d’énergie. L’accord de Paris sur le climat (2015) aspirait à une variation de 1,5 °C au-dessus du niveau préindustriel, ce qui correspond à RCP1.9. Ce cas de figure est jugé improbable et inatteignable.
Émissions nettes de CO2 jusqu’en 2100. Global Carbon Budget 2015. Global Carbon Project, https://www.globalcarbonproject.org/carbonbudget/archive/2015/GCP_budget_2015_v1.02.pdf

Visualiser les données NetCDF

Une partie des données est visualisable sans téléchargement mais implique la création d’un compte Copernicus. Après création du compte, vous pourrez visualiser les données interactivement à l’aide de l’éditeur en ligne. De nombreux exemples sont proposés. Si vous avez téléchargé des données, l’utilitaire ncview est léger et très pratique pour visualiser des données NetCDF.

Capture d’écran ncview

Exploitation des données NetCDF

Pour importer et exploiter des données NetCDF en python, installons quelques modules :

$ pip3 install netcdf4 numpy matplotlib

Lançons un interpréteur python3 et importons un jeu de données :

import numpy as np
import matplotlib.pyplot as plt
import netCDF4 as nc

ds = nc.Dataset("nom_dataset")
print(ds)

Dans le champ dimensions, on observe qu’il y a 412 latitudes, 424 longitudes et 1 827 échantillons temporels disponibles. Dans le champ variables, on observe des variables :

  • uni-dimensionnelles : time, rlat et rlon pour le temps, la latitude et la longitude
  • bi-dimensionnelles : lat et lon pour la latitude et la longitude
  • tri-dimensionnelle : tas pour la température

Affichons les limites spatiales et temporelles du domaine :

for var in ['rlat', 'rlon', 'time']:
   print("Variable " + var + " : " + 
         np.str(ds.variables[var][0].data) + 
         " / " + 
         np.str(ds.variables[var][-1].data))

Pour les données issues de l'expérience RCP4.5 couvrant la période 2016-2020, on observe les bornes suivantes :

Variable rlat : -23.375 / 21.835
Variable rlon : -28.375 / 18.155
Variable time : 24137.5 / 25963.5

Les limites spatiales ne correspondent pas directement à la latitude et à la longitude. Les coordonnées de Paris dans le référentiel local sont -0.81 / -10.23 en latitude / longitude d'après ce lien. On pourra donc extraire la température à Paris au niveau du point 205 en latitude et 165 en longitude. Les limites temporelles sont obscures de prime abord, mais toutes les informations sont disponibles :

>>> print(ds.variables['time'])
<class 'netCDF4._netCDF4.Variable'>
float64 time(time)
    standard_name: time
    calendar: standard
    axis: T
    bounds: time_bnds
    units: days since 1949-12-01 00:00:00
unlimited dimensions: time
current shape = (1827,)
filling off

On peut immédiatement tracer l’évolution de la température à Paris et en Europe au cours du temps.

plt.plot(ds.variables['tas'][:,205,165] - 273.15, '-k')
plt.xlabel("Nombre de jours, 5 ans")
plt.ylabel("Température en °C")
plt.title("Évolution de la température à Paris. 2016-2020.")
plt.show()

# Calcul approximatif mais rapide de la moyenne spatiale
plt.plot(np.mean(ds.variables['tas'][:,:,:], axis=(1,2)) - 273.15, '-k')
plt.xlabel("Nombre de jours, 5 ans")
plt.ylabel("Température en °C")
plt.title("Évolution de la température en Europe. 2016-2020.")
plt.show()
Paris. Évolution sur 5 ans, de 2016 à 2020. Europe. Évolution sur 5 ans, de 2016 à 2020.
Température Paris 2016-2020 Température Europe 2016-2020

Les figures ci-dessus correspondent à une moyenne, sur la période 2016-2020, des expériences RCP4.5 et RCP8.5. En complément du signal brut, on va calculer de manière abrupte et approximative une moyenne annuelle sur la période 2016-2020 :

def moyenne(array):
   sortie = (array[:365,:,:]
           + array[365:730,:,:]
           + array[730:1095,:,:]
           + array[1095:1460,:,:]
           + array[1460:1825,:,:]) / 5.
   return sortie
Paris. Évolution sur une année-type entre 2016 et 2020. Europe. Évolution sur une année-type entre 2016 et 2020.
Paris. Température annuelle 2016-2020 Europe. Température annuelle 2016-2020

Les figures ci-dessus correspondent à une moyenne, sur la période 2016-2020, des expériences RCP4.5 et RCP8.5. On va prendre cette température annuelle pour référence, et la comparer à la température annuelle sur la période 2081-2100 pour les deux expériences RCP.

Paris. Température annuelle après 2080. Europe. Température annuelle après 2080.
Paris. Comparaison ref VS RCP4.5 VS RCP8.5 Europe. Comparaison ref VS RCP4.5 VS RCP8.5

Pour le jeu de données sélectionné (moyenne des expériences RCP4.5 et RCP8.5 avec multi-modèle climatique planétaire « IPSL-IPSL-CM5A-MR »), la température moyenne sur la période 2016-2020 est de 12,3 °C à Paris et 10,7 °C en Europe. Sur la période 2081-2100, les expériences RCP4.5 et RCP8.5 sélectionnées conduisent à une augmentation de la température moyenne à Paris de +0,3 °C et +1,8 °C par rapport à 2016-2020. En Europe, l’augmentation est de +1,4°C et +3,5 °C par rapport à 2016-2020. Attention, ici on regarde l’élévation de température pour un membre donné et par rapport à la période 2016-2020, ce qui ne correspond pas à une température de référence prise à la période pré-industrielle.

La température obtenue avec un membre particulier et en un point précis est incertaine et n’est pas toujours représentative du climat à l’échelle planétaire ou continentale : dans l’approche ensembliste, il faut comparer plusieurs membres pour obtenir des prédictions fiables. Ce bémol est particulièrement important pour les zones urbaines denses au sein desquelles la météorologie a des spécificités (îlot de chaleur urbain).

Conclusions

Cette dépêche a une vocation illustrative et propose quelques pistes permettant d’exploiter les projections climatiques EURO-CORDEX. L’analyse des climats futurs (suivant les différents scénarios) a été approfondie par de nombreux organismes (notamment Météo-France, l’IPSL, le CERFACS et le CNRM, cf portail Drias : http://www.drias-climat.fr/).

Les statistiques sur les fréquences et les intensités des vagues de chaleur sont réalisées en étudiant les différents membres des modèles climatiques regroupés dans EURO-CORDEX. Ce point a été largement évoqué en introduction lors de la présentation de l’approche ensembliste. La prévision des évènements climatiques extrêmes (canicule, crue) et de leur fréquence reste un défi scientifique.

C’est un enjeu majeur, en particulier pour les pouvoirs publics dans le cadre de l’aménagement du territoire. La plupart des ouvrages sont dimensionnés pour résister à un évènement extrême (crue décennale par exemple). Les cumuls de précipitations observés lors des épisodes méditerranéens récents, comme celui qui s’est passé dans les Alpes Maritimes, sont d’ores et déjà 20 % plus élevés qu’il y a 50 ans. Le climat futur nécessitera à la fois que l’on adapte l’occupation des sols pour que l’ampleur d’une crue décennale n’augmente pas trop et des travaux sur les ouvrages afin qu’ils puissent résister à des crues de plus grande ampleur.

Adapter l’occupation des sols passe par une maîtrise de l’urbanisme, actuellement associé à l’imperméabilisation des sols. Cette adaptation passe également par une modification des cultures et de l’alimentation : il est indispensable d’avoir des plantes cultivées adaptées au climat. Face aux changements climatiques, des cultures avec une évapotranspiration intense menacent les ressources en eau potable et l’autosuffisance alimentaire à moyen terme.

Aller plus loin

  • # 2080 , un peu trop loin pour moi

    Posté par  . Évalué à 4 (+3/-0).

    Mais j'en parle à mon petit fils et fille..
    Sérieusement merci pour ces informations.

  • # Super intéressant ...

    Posté par  . Évalué à 1 (+2/-1).

    .. le contenu

    Par contre, le code ForTran (dans le code source), ça pique toujours autant.

  • # Si on veut rester à 2° d'augmentation de température moyenne...

    Posté par  . Évalué à 4 (+3/-0). Dernière modification le 27/04/21 à 00:05.

    … faut en gros diminuer les émissions de CO2 de 7% par an.
    Une baisse de 7% cela s'est vu une seule fois dans notre histoire industrielle. En 2020 avec l'arrêt de l'économie avec le Covid. Donc pour atteindre les objectifs de l'accord de Paris, il faut "un équivalent Covid" tous les ans en termes de réduction des émissions de CO2 (oui je sais C02 != tous les gaz à effets de serre. Mais la courbe CO2 seul est proche de celle montrée ci-dessous).

    Lors de la dernière glaciation, les températures étaient en moyenne inférieures d'environ 6°C avec de la toundra en Europe au sud des glaciers jusqu'à la méditerranée. Donc imaginez ce que cela donne avec 3 à 4 degrés de plus que maintenant…

    Émissions de gaz à effet de serre VS Températures

    • [^] # Re: Si on veut rester à 2° d'augmentation de température moyenne...

      Posté par  . Évalué à 6 (+5/-0).

      La chimère dans cette course contre la montre, c'est peut-être le stockage du CO2. En effet, il est difficile d'imaginer une diminution des émissions brutes de CO2 : un équivalent COVID tous les ans, pourquoi pas. Mais ce sont des équivalents qui doivent s'empiler !

      Comme évoqué dans l'article, la plupart des scénarios qui permettent de maintenir la température à un niveau raisonnable (fixé à 1.5°C au début, 2°C maintenant, …) supposent l'existence de technologies de stockage de CO2. Reste à développer ces dernières ! Et surtout à avoir des technologies robustes : si le dispositif de stockage relâche le CO2 dans l'atmosphère lors d'un incident, tout les efforts sont gâchés.

      • [^] # Re: Si on veut rester à 2° d'augmentation de température moyenne...

        Posté par  . Évalué à 7 (+7/-0).

        Vu dans une conférence sur ce sujet… le scénario le plus pessimiste prévoit quand même une diminution importante des émissions de CO2 à partir de 2050-2060. Pourquoi ? Parce qu'on aura plus de pétrole. LOL (ou pas).

        • [^] # Re: Si on veut rester à 2° d'augmentation de température moyenne...

          Posté par  . Évalué à 5 (+6/-1).

          Il restera du charbon.
          Wikipédia Charbon

        • [^] # Re: Si on veut rester à 2° d'augmentation de température moyenne...

          Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 6 (+4/-0).

          Le pétrole n'est que le fer de lance des énergies non-renouvelables. Énergie que l'on consomme à un rythme exponentiel depuis plus d'un siècle maintenant.

          Or, il ne faut pas nécessairement avoir fait polytechnique pour se rendre compte qu'une consommation exponentielle de ressources d'un stock fini ça ne fonctionne pas. Quelques soit la quantité initiale de ce stock, la production finira par diminuer et tendre vers zéro.

          Donc charbon, uranium, gaz (naturel ha ha), pétrole, gaz de chiste, lithium, tantale, … même combat -> la production baissera.

          Et comme ces ressources sont consommées exponentiellement aujourd'hui, cette baisse va venir (très) vite.

          J'ai plus qu'une balle

          • [^] # Re: Si on veut rester à 2° d'augmentation de température moyenne...

            Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 5 (+4/-1). Dernière modification le 27/04/21 à 14:22.

            Vu les graphiques présentés dans ce journal, la finitude des réserves a peu de chances d’être la raison du décrochage d’une progression exponentielle de la consommation. Soit on décroche par choix politique de ne pas consommer ces ressources pour limiter les émissions de CO₂, soit le décrochage se fera quand une partie des consommateurs actuels ne seront plus en mesure de consommer du pétrole, tout ensevelis sous les crues, ou déshydratés qu’ils seront en fonction de leur localisation sur la planète et des surprises que le dérèglement climatique leur réservera. Les réserves d’énergies fossiles risquent de ne pas y être pour grand chose.

    • [^] # Re: Si on veut rester à 2° d'augmentation de température moyenne...

      Posté par  . Évalué à 1 (+0/-1).

      J'ai reconnu la dialectique de Jancovici dans ton poste. =)

  • # Ah ! Sept jours…

    Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 2 (+5/-5).

    Un peu hors-sujet, mais :

    « Il est impossible de prévoir le temps de manière déterministe à plus de sept jours car l’écoulement de l’atmosphère est chaotique. »

    Si seulement sept jours de prévisions météorologiques fiables étaient vraiment possibles ! Jusqu'à devenir jardinier en Normandie, ce lieu commun paraissait raisonnable. Puis, surveillant assidûment l'évolution des prévisions matinales de Météo-France à potron-minet autour du point de congélation de certains bourgeons, force est de constater que même vingt-quatre heures de prévisions fiables (toute la nuance est probablement à mettre là) restent un défi non relevé.

    Dans le même ordre d'idée je m'interroge beaucoup sur la capacité prédictive des modèles climatiques. Ils n'ont été testés que sur une seule situation : celle que nous connaissons sur cette planète en ce siècle, mais ont vocation prédictive. Ne suffit-il pas qu'un seul paramètre/phénomène majeur soit mal pris en compte pour nous amener très rapidement hors des prévisions obtenues par le consensus des modèles ?
    Ores, n'a-t-on pas récemment observé sur quelques indicateurs climatiques importants au cours du passé le plus récent, que les mesures sont bien pires que ce que semblaient vouloir indiquer les plus pessimistes des simulations ? N'a-t-on pas vu l'an passé, par exemple, des mesures de surfaces des calottes glaciairesw (oublions ce mot presque prochainement désuet) polaires bien plus faibles que les pires craintes que l'on pouvait entretenir à ce sujet sur la base des modélisations ?

    « IRAFURORBREVISESTANIMUMREGEQUINISIPARETIMPERAT » — Odes — Horace

    • [^] # Re: Ah ! Sept jours…

      Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 10 (+9/-1).

      je m'interroge beaucoup sur la capacité prédictive des modèles climatiques

      C'est bien de douter, mais dans quel but ? Les scientifiques qui extrapolent les prévisions des modèles prennent un soin particulier à préciser les limites des prédictions, justement. Mais ça demande de l'énergie de s'y plonger. Un exemple de point d'entrée avec quelques liens pour approfondir : https://jancovici.com/changement-climatique/predire-lavenir/peut-on-faire-confiance-aux-modeles-climatiques/

      Quand à l'argument « la météo est mal prédite donc le climat doit l'être aussi », il a autant de valeur que « la matière quantique a un comportement imprévisible donc l'horlogerie, faite de matière, doit l'être aussi » : le climat et la météo ne sont pas régies par les mêmes lois, au même titre que l'horlogerie et la mécanique quantique ne sont pas régies par les mêmes lois.

      Adhérer à l'April, ça vous tente ?

      • [^] # Re: Ah ! Sept jours…

        Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 0 (+4/-6).

        « C'est bien de douter, mais dans quel but ? »

        Les modèles climatiques ne présentent que des tendances les plus vraisemblables à l'instant présent. Autrement dit personne n'a les moyens de garantir que tous les éléments pertinents soient pris en compte correctement. Qu'on les trouve lénifiant — « bah 8 ou 9 degrés de plus dans cent ans ça nous fait une belle jambe, on plantera les vergers au Groenland. » — ou au contraire alarmiste — « qui nous dit qu'une éruption volcanique majeure ne va pas provoquer prochainement un grand refroidissement, vite produisons des gaz à effet de serre pendant qu'il est encore temps. » — ils restent partiellement basés sur des estimations de vraisemblance ontologiquement impossible à valider scientifiquement (i.e. par la reproduction expérimentale).
        La portion de trajectoire climatique qui constitue les seules données factuelles intéressantes que l'on puisse tester — l'argument d'y ajouter Mars et Vénus paraissant bien oiseux à quiconque aurait suivi un cycle d'étude primaire en France (où l'on étudie le cycle de l'eau) — est un élément bien peu discriminant. Pour donner une idée, et reprendre votre comparaison avec des modèles de la matière basés sur de la mécanique quantique, donc pour produire des modèles empirique d'interaction atomique il est courant de se baser sur des milliers, ou des millions de trajectoires. Et encore dans la littérature trouvera-t-on bien souvent des modèles ainsi produits très peu transférables et incapables de prédiction hors du minuscule domaine utilisé pour leur ajustement (au risque de paraître employer un argument d'autorité, et juste pour l'anecdote, je suis payé pour le savoir depuis 20 ans ; mais la littérature sur le sujet, et les codes libres pour le vérifier sont très abondant et assez facilement accessibles).
        Il me semble donc important de savoir raison garder quant à ces modélisations climatiques. Si elles représentent l'état de l'art, il n'est pas invraisemblable que le futur les voient grandement évoluer. Non pas seulement à cause des moyens de calculs, mais à cause d'observations.

        Voici pour le doute.
        Quant à son but, d'une part ne pas tomber dans un discours techno-scientifique béat qui décrédibiliserait les efforts liés au climat, l'état de l'art en science n'est pas nécessairement une panacée, encore moins un apogée ; et d'autre part souligner que si les risques sont peut-être moindres qu'envisagés ils peuvent aussi être bien pire, et qu'il serait sans doute urgent d'envisager des actions plus sérieuse que l'interdiction du coton-tige en plastique, ou le renouvellement du parc automobile par des véhicules plus gourmand en énergie pour ne pas obérer les chances de survie de l'espèce humaine.

        Subtile précision : le climat, l'horlogerie, la météo, les particules, et cætera, sont bel et bien régis par les mêmes lois pour autant qu'on le sache à l'heure actuelle. Il est juste inenvisageable pour nous (et non pertinent par ailleurs) de les modéliser de la même manière.

        « IRAFURORBREVISESTANIMUMREGEQUINISIPARETIMPERAT » — Odes — Horace

        • [^] # Re: Ah ! Sept jours…

          Posté par  . Évalué à 1 (+4/-4). Dernière modification le 29/04/21 à 22:26.

          Tu vas nous faire toute la rhétorique climato-sceptique toi.

          Donc:

          1. J'arrive à prévoir que cet été il va faire plus ensoleillé et plus chaud que l'hiver prochain. Je suis trop fort. Nique Météo-France et ses super-calculateur qui se plantent à 3 jours.
          2. Les modèles sont testés vis-à-vis des "archives climatiques" (carotte de glace, tout ça).

          vraisemblance ontologiquement impossible

          Pour donner une idée, et reprendre votre comparaison avec des modèles de la matière basés sur de la mécanique quantique, donc pour produire des modèles empirique d'interaction atomique il est courant de se baser sur des milliers, ou des millions de trajectoires.

          Que de grand mots… qui n'ont malheureusement rien à voir avec la choucroute (c'est jamais bon signe…)

          https://youtu.be/K15Z-GcGIhU?t=120

          Voici pour le doute.

          https://www.youtube.com/watch?v=6IGVqsnxCE0

          (pas se fier au début du commentaire)

    • [^] # Re: Ah ! Sept jours…

      Posté par  . Évalué à 5 (+4/-0). Dernière modification le 27/04/21 à 14:50.

      Pour être pris en compte par le GIEC ou pour faire partie de EuroCORDEX, les modèles climatiques sont lancés sur la période 1750-présent et les modèles doivent reproduire l'évolution du climat sur cette période.

      S'ils reproduisent de manière valable statistiquement sur ces deux siècles et demi sur lesquels on dispose d'observations fiables, si donc ils donnent par exemple les bons nombre de jours avec gelée, les occurences moyennes de vagues de froid/chaleur, les précipitations, l'état et l'étendue de la cryosphère, etc, alors on regarde les prévisions desdits modèles sur les siècles à venir.

      Après bien entendu nos connaissances sont limitées et effectivement le réchauffement climatique actuel arrive à surprendre bon nombre de météorologues/climatologues même les plus pessimistes par son ampleur et sa rapidité.

      Ces observations récentes sont alors assimilées dans les modèles et les simulations sont améliorées.
      C'est comme cela que l'on a corrigé les prévisions en aggravant l'estimation du réchauffement et que Météo-France et le CNRS a signalé l'été dernier que l'on pourrait monter jusqu'à +7°C de réchauffement d'ici la fin du 21ème siècle si rien n'est fait…

      • [^] # Re: Ah ! Sept jours…

        Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 4 (+3/-1).

        S'ils reproduisent de manière valable statistiquement sur ces deux siècles et demi sur lesquels on dispose d'observations fiables

        Personnellement, ceci est un point que j'ai toujours eu un peu de mal à comprendre. Je comprends que dans les dernières décennies, on a diverses méthodes de mesures différentes qui nous permettent une certaine confiance dans les variations (pas forcément dans les données absolues, qui peuvent différer, mais ça c'est moins important). Tout comme pour les modèles climatiques, je peux comprendre qu'on puisse évaluer que, du fait qu'on fait une moyenne, les irrégularités d'une station locale ou dans un pays particulier n'ont a priori pas d'impact majeur. Le fait qu'on puisse comparer différentes méthodes (comme pour les modèles), c'est un gros plus.

        Par contre, sur les périodes précédentes (quelques siècles), les méthodes de mesure applicables sont plus limitées et donc difficiles à valider. Et si on remonte plus loin, les méthodes disponibles sont difficilement comparables à celles pour les périodes actuelles et, surtout, n'offrent pas une résolution fine (a priori, elles ne garantissent pas de détecter un changement de température rapide qui ne durerait que quelques centaines ou milliers d'années).

        Du coup, j'ai un peu de mal avec les graphiques qui mélangent des données issues de méthodes de mesure différentes sur des périodes allongées.

  • # Où peut-on avoir les températures quotidiennes sur une période ?

    Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 4 (+2/-0).

    Je suis en train de travailler sur un projet de « panneau température » qui irait de 1980 à 2020 à Paris et je n’arrive pas à trouver des données faciles à exploiter (ou même exploitables) sur cette période. Je les ai depuis 2016, je pourrais éventuellement remonter à 2010, mais en récupérant les données les jours après jours, grosso modo. Mais avant zéro !

    Quelqu’un aurait des pistes sur le sujet ?

    Ce projet serait un panneau tricoté à raison d’un rang de la couleur du jour par jour. Sur une gradation de couleurs allant du fuchsia (≤ à −15°, peu probable à Paris d’ailleurs) au rouge foncé (≥ à 35°) de 5 en 5 degrés, en passant par le bleu, le vert, l’orange et divers tons de rouge. Ce panneau serait exposable et j’espère bien trouver des lieux d’exposition d’ailleurs. Effectivement, ce ne serait pas terrible pour les personnes daltoniennes. Mais, si je réalise le premier panneau, cela me permettrait de trouver des idées pour un deuxième sur d’autres choix de couleurs.

    Je pars du principe qu’exposer des variations de températures sur des années permettrait de mieux les visualiser et de rendre le réchauffement plus « concret ». J’ai déjà tricoté une écharpe température sur une année.

    Designeuse de masques pour sphéniscidés.

  • # Règle de 3

    Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 1 (+1/-1).

    Si tu regardes le premier graphe, tu pourrais extrapoler la témpérature de 2080 en faisant:

    1960: +0deg
    2020: +1deg
    2080: +2deg

    A noter que le climate de 2050 est déjà plié à cause du lag climatique créé par les océans qui sont difficiles à réchauffer:

    http://www.climatevictory.org/lags.html

    On subbit en ce moment le réchauffement des émissions d'il y a 30 ans.

  • # Résultat d'une simulation

    Posté par  . Évalué à 2 (+3/-1).

    Une petite correction d'expert.
    Le résultat d'une simulation est un comportement et non pas une prévision.
    Plus précisément, c'est l'ensemble des réactions observables d'un système placé dans son environnement et dans des circonstances données (un scénario).
    Une simulation, c'est la mise en oeuvre de modèles comportementaux.
    La prévision est l'observation d'un ensemble de données qui permet d'envisager une situation future. Ces données peuvent être déduites de comportements mais aussi provenir d'autres sources comme des modèles statistiques, par exemple.

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