D'une blague sur LinuxFr.org à l'écriture d'un roman de SF

Posté par  (site Web personnel) . Édité par Benoît Sibaud. Modéré par ZeroHeure. Licence CC By‑SA.
54
7
sept.
2020
Communauté

Le 2 avril 2009, LinuxFr.org organisait un concours libre. L'une des possibilités de participation était l'écriture d'une nouvelle sur le libre, sous une licence libre.

Je trouvais l'idée amusante et, en une soirée, je rédigeais « Les non-humains », un texte rempli de références Linuxfériennes aux bivalves lamellibranches (sous licence Creative Commons 2.0 By BE).

Ce fut mon dernier texte tapé en Azerty et le début d'un engrenage qui allait mener, 11 années plus tard, à cette dépêche.

Le texte « Les non-humains » fut fortement apprécié sur la tribune et reçut moult applaudissements. À tel point que nombreuses furent les moules à me demander une suite. Je m'y attelai immédiatement, mais migration au clavier Bépo et autres aléas firent que ce n'est qu'à l'aube de 2012 que je me décidai enfin à publier la suite des aventures de Lilo et Vista.

Une suite plus sombre, moins moulesque, un brin plus littéraire et interrogeant le phénomène de l'impression 3D à travers le filtre de la science-fiction. Malheureusement, comme beaucoup de suites, elle ne trouva pas son public. L'idée, cependant, continuait à grandir en moi.

Un an plus tard, après avoir renommé Lilo et Vista en Nellio et Eva, j'improvisai le début d'une nouvelle version de cette histoire sous le titre « Printeurs 1 ».

Ce feuilleton improvisé devait tenir mes lecteurs en haleine, mais il me fallut presque 4 années pour rédiger une cinquantaine d'épisodes dans une histoire qui ne devait, au départ, qu'être une nouvelle. Printeurs 51, la fin, toujours sous CC By BE, marque la fin de l'histoire.

Début 2020, une jeune maison d'édition suisse marqua son intérêt pour publier Printeurs sous forme d'un roman.

L'aspect communautaire n'est pas oublié, car l'éditeur a choisi de lancer une campagne de financement participatif pour publier sous une licence Creative Commons By-SA-NC (non libre car interdisant les utilisations commerciales) tous les fichiers nécessaires à l'impression du roman. Pas seulement le texte, mais bel et bien sa mise en page finale et plusieurs illustrations réalisées par le dessinateur Alexei.

En novembre paraîtra donc mon premier roman « Printeurs », l'aboutissement d'une idée commencée 11 années et demie auparavant à cause d'un concours Linuxfr. Un roman entièrement écrit en Bépo. Et si ce roman n’est pas sous licence strictement libre, il sera néanmoins sous Creative Commons.

Merci aux vieilles moules qui m'ont, sans le savoir, inspiré cette aventure ! Je me ferai un plaisir de faire des dédicaces toutes particulières à celles et ceux qui me diront « Coin-Coin » en me tendant le livre.

Aller plus loin

  • # Cool

    Posté par  . Évalué à 3 (+2/-0). Dernière modification le 07/09/20 à 11:22.

    l'occasion de relire cette excellente fiction (surtout que j'en avais loupé une bonne partie à l'époque, pas assez attentif aux publications successives…) !

    Par contre, j'ai une question naïve : comment l'éditeur PVH va-t-il valoriser son travail si le texte et tous les éléments de mise en page sont sous une licence en interdisant la commercialisation ?

    Uniquement via le fruit de la campagne de co-financement ?
    Ou je n'ai rien compris à la notion de « NC » de la licence ?

    • [^] # Re: Cool

      Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 10 (+9/-0).

      Si tu as écrit un logiciel sous licence GPL, tu as le droit, en tant qu'auteur, de réutiliser ton code dans un logiciel propriétaire (à condition que tous les contributeurs t'aient cédé leurs droits).

      En tant que seul auteur de Printeurs, je peux faire ce que je veux.

      La maison d'édition dispose des droits que je lui délègue par contrat. Elle peut donc publier sous plusieurs licences (tant qu'elle respecte le contrat signé avec moi).

      • [^] # Re: Cool

        Posté par  . Évalué à 5 (+5/-0).

        Haha, le ploum :)

        Comme tu as décidé d'avoir une présence rare sur les réseaux (et que moi aussi un peu grâce à toi) je profite que je te tiens ici pour te féliciter pour ton travail d'écriture, que l'on parle de tes billets d'humeur ou de tes récits.

        Je te lis à peu près depuis l’adolescence (et pour te donner une idée, c'est moi qui emmène mon fils à la maternelle maintenant, on parle donc au moins en décennie en notation décimale) et je me retrouve beaucoup dans tes écrits.

        Merci d'arriver à formaliser tout haut ce que je pense tout bas !

        Des bisous.

        ps: Désolé je sais que ce commentaire va encore faire grossir ton égo ;)

    • [^] # Re: Cool

      Posté par  . Évalué à 10 (+55/-0).

      Bonjour, je suis l'éditeur du livre, je trouve votre question pertinente et j'ai envie d'y répondre ici un peu plus en détail.

      Je pense que les gens ici s'intéressent à ce genre de détails.

      Les frais d'un éditeur comme moi sont pour résumer :
      - Le travail de l'éditeur (relectures, administration (contrats, budgétisation, gestion crowdfunding, etc.), gestion de tous intervenants (auteur, graphistes, illustrateurs, imprimeur, etc.) et gestion de la vente (contact avec le(s) diffuseurs, organisation de stands dans des salons, boutique on-line, gestion des stocks)

      Je le traiterai ici hors-budget car il se finance par le "bénéfice" de l'ensemble des projets éditoriaux de la maison d'édition. Parfois, on travaille sur un projet qui fait un flop, mais qui, on l'espère, sera compensé par le succès d'autres projets.

      Voici le budget d'un projet d'édition comme Printeurs :

      • Mise en page : c'est un point très important et coûte assez cher. Il s'agit d'obtenir un livre de qualité professionnelle qui permette de mettre en valeur le texte : mise en page agréable à lire, look général du livre qui démarque dans une librairie.
      • Illustration : c'est un point important aussi qui complète la mise en page.
      • Impression : c'est le point du budget évident mais qui contrairement à ce que l'on puisse croire n'est pas le plus cher.
      • Logistique : frais de ports pour envoyer aux distributeurs, location d'espace de stockage, etc.
      • Promotion : Du matériel de base pour la promotion du livre lors d'événements : roll-up, marque-page, etc. Pour un projet comme Printeurs, je me limite au strict minimum pour commencer, mais je m'adapte au succès d'un livre.
      • Production e-book : C'est un point important qu'il ne faut pas négliger. Je me fais un point d'honneur que la qualité du e-book soit aussi bonne que le roman imprimé.
      • Récompense de la campagne du crowdfunding : création d'un fichier print@home pour Printeurs. L'idée n'est pas de donner un fichier non-finalisé et dire "débrouillez vous, de toute façon c'est gratuit". Non, la qualité du fichier Print@home sera aussi bonne que celle du livre imprimé et disponible en librairie et le e-book.
      • Les droits d'auteur : c'est un pourcentage des ventes du livre et du e-book (je propose généralement un avaloir, une sorte d'avance, à mes auteurs)

      Un tel budget tourne autour de 6000 €, dont 2/3 sont des frais de design (graphisme, illustration, création de fichiers)

      Mon objectif est alors de rentrer dans mes frais, voici les sources de financement :

      • Ventes librairies : il faut savoir que je touche en Suisse 42.5% des ventes en librairie (le reste, c'est la part, libraire, diffuseur (les commerciaux qui font la promotion du livre auprès des librairies) et le distributeur (ceux qui assurent la gestion et livraison du stock pour les libraires)
      • Les autres ventes : je considère que 50% du produit de ces ventes participent au budget du projet. Il s'agit des ventes lors du Ulule, les ventes directes de l'auteur, les ventes lors de salons. L'autre moitié financent : la réduction accordée à l'auteur, les frais de salon, etc. Subventions : on peut parfois en obtenir, c'est n'est pas le cas pour Printeurs. Marge Crowdfunding : C'est le 50% de la somme récoltée sur le Ulule Ventes e-book : je passe par un diffuseur pour être présent sur toutes les boutiques et profiter de mises en avant lors d'actions spéciales sur les sites. Je touche 55% de la vente.

      Ensuite, je fais une estimation des ventes (doigt mouillé) et je décide dans quelle condition je peux me permettre d'éditer un livre.

      On ne se le cache pas : la campagne de crowdfunding est importante dans un tel budget (50% environ).

      Si l'on suppose que la campagne aboutie (et elle est bien partie pour ça) et que j'ai estimé correctement les ventes hors-Ulule, je rembourse tous les frais directs du projet.

      Voici alors la situation :

      • Je ne me suis toujours pas payé mon travail
      • J'ai un stock de livres imprimés déjà complètement financés qui bénéficient d'un réseau de vente. La version librairie du livre est sous copyright.
      • J'ai un e-book de qualité optimale sous copyright disponible sur toutes les plateformes de vente.
      • Je distribue gratuitement un fichier Creative Common (CC BY-NC-SA 3.0 CH). Il y aura dessus une page explicative qui permet à ceux qui le souhaite de soutenir dans le principe du "prix libre".

      Je pense qu'assez rapidement, la version e-book sous copyright sera distribuée illégalement. Et il est fort possible qu'une version alternative de l'e-book sera produite à partir du fichier CC, qui pourra être distribuée légalement.

      L'enjeu pour moi est alors de faire un bénéfice :

      1) Par des ventes du livre imprimé : je ne pense pas que l'impression@home y fera vraiment concurrence : car une impression à la maison n'est financièrement pas gratuite (papier et encre) et il faut aimer imprimer soi-même.
      2) Par la vente d'e-books… mais dans les faits, c'est négligeable. Donc les versions alternatives (légales et illégales) auront plutôt tendance à faire de la pub pour le livre plutôt que de pénaliser mon budget. De toute façon, ça ne se fera pas sur les mêmes canaux de diffusion que moi grâce au NC-SA.
      3) En cas du succès du livre, pouvoir vendre des produits "dérivés" : une traduction, un film, etc. Mais pour être franc, c'est assez rare, mais il faut le prévoir à l'avance. Un gros succès n'est jamais prévisible.

      Il faut aussi voir que ma propre rémunération comme éditeur signifie aussi la rémunération de l'auteur. Si je ne gagne rien de plus, l'auteur aussi ne gagne rien de plus.

      En gros, ma réflexion est :

      • Les réseaux de distribution "économiques" ne doivent pas être parasitées par de la concurrence opportuniste. Je ne souhaite pas voir un livre en librairie qui ne profite pas économiquement à moi, l'éditeur qui a pris un risque financier, et par conséquent à l'auteur. Je ne serais pas content de voir sur une boutique e-book, la vente de Printeurs à un prix plus bas que ma propre offre, ou une version low-cost du livre en librairie ou sur le stand d'à côté lors d'un salon.
      • Les réseaux alternatifs, j'aimerais pouvoir lui donner les coudées franches. De toute façon, je ne peux pas lutter et c'est pas dans ma philosophie. Donc je préfère l'assumer car de toute façon, c'est pas une véritable concurrence. Si ça permet que le livre soit plus lu, c'est une bonne chose. Si en plus d'autres veulent s'approprier l'oeuvre, c'est génial. Si c'est intéressant, je proposerai à ces personnes de rejoindre le réseau de distribution "économique", c'est Ploum et moi qui seront juge. Ici, je préfère que les gens viennent télécharger une version de qualité supérieure de l'oeuvre sur mon site internet, plutôt qu'une version mal foutue ailleurs.

      Pour moi, cette différenciation entre ces deux canaux est importante pour tous les partenaires qui dépendent économiquement du livre : librairies, diffusion, distribution mais aussi d'éventuels partenaires pour une traduction. Toutes ces personnes investissent du temps et de l'argent dans la promotion du livre (espace dans leur boutique, temps pour parler du livre auprès des libraires, etc.). Il faut éviter que des opportunistes puissent court-circuiter ceux qui se sont investis au départ. Comment pourrais-je intéresser par exemple un éditeur américain, espagnole ou autre s'il sait qu'un de ses concurrents puisse librement commercialiser légalement une traduction alternative.

      Comme je l'ai dit, moi l'éditeur mais aussi tous les intermédiaires vivent des succès qui viennent compenser les autres livres qui bénéficient d'un succès moindre.

      Voici pour ce qui est de ma vision des choses au niveau micro.

      Mais j'ai une vision plus large du potentiel d'une version Print@home de Printeurs et plus largement de pouvoir développer une collection qui reprenne l'idée. J'ai envie d'expérimenter sur une intégration du CC dans une démarche éditoriale professionnelle de qualité. Si ça vous intéresse, je pourrai développer.

      • [^] # Re: Cool

        Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 9 (+7/-0).

        Merci pour cette explication très intéressante. J'ai été brièvement éditeur de poésie et de littérature (10 ans seulement), alors j'ai pu oublier mais comment fais-tu pour avoir 45% du montant des ventes en librairie ? en France c'est beaucoup moins je crois.

        J'aime beaucoup ta réflexion sur la version électronique. Des amis musicien ont à peu près la même : de toute façon ça se fait, autant que ce soit bien fait, et ça fera de la pub pour les concerts. Les lecteurs qui dévorent tout ce qui sort en ebook piratés ne pourraient pas tous les acheter.
        Mais l'idée d'une version Print@home c'est nouveau pour moi. Si tu peux développer…

        "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

        • [^] # Re: Cool

          Posté par  . Évalué à 10 (+17/-0).

          Je ne connais pas le tarif en France mais je sais que le montant est négociable avec les diffuseurs. Cela dépendra donc souvent de la taille de ta structure et de ton type de publication.

          Le problème de la diffusion en France, c'est que c'est un gros gros morceau pour une maison d'édition de taille modeste. Tout d'abord, les diffuseurs sérieux préfèrent se concentrer sur leurs gros clients. Surtout que beaucoup de diffuseurs appartiennent déjà à des grandes maisons d'édition. Les diffuseurs indépendants ont du mal à survivre.

          Mais l'autre problème, c'est la taille du marché et le risque que ça comporte. Il me semble impossible de pouvoir bénéficier de la diffusion en France avec des petits tirages. Il y a un problème d'échelle à passer avant de pouvoir s'y frotter. Imprimer plus signifie que le budget d'édition augmente mais cela crée aussi des contraintes supplémentaires dans la gestion du stock. Je ne parle même pas des problèmes d'invendus et de retour des libraires.

          Concernant la comparaison avec les musiciens, c'est vrai qu'il y a des aspects comparables, mais il y a aussi une énorme différence : les écrivains et éditeurs ne peuvent faire des concerts pour retomber sur leurs pattes. Le livre ne peut être un produit d'appel pour un autre produit bancable comme de l'événementiel.
          Mais cela ne change pas grand chose, les maisons d'édition vont être touchée de plein fouet par la mutation numérique et le piratage. C'est moins massif que la musique et l'audio-visuel mais ça arrive petit à petit. Il va falloir se réinventer. Pour ma part, je m'y prépare et je pense que cela passera sans doute par le crowdfunding (campagnes de souscription, prix libre ou autre). Je pense aussi que l'on est dans une aire de crossmédia qui favorise la création de licences, de collections et d'une forme de clientélisme actif.

          On va donc expérimenter et on verra bien ce qui sera viable.

          Sinon concernant le print@home, je viens de rédiger une news à ce sujet : https://fr.ulule.com/printeurs/news/printeurs-et-le-printhome-268013/

      • [^] # Re: Cool

        Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 8 (+7/-1). Dernière modification le 07/09/20 à 15:42.

        J'ai envie d'expérimenter sur une intégration du CC dans une démarche éditoriale professionnelle de qualité.

        Il serait intéressant d'avoir un retour sur la différence entre cette publication et les autres de la série pas sous Creative Commons, pour avoir une idée si le fait de passer en Creative Commons a un impact sur le business, car pas mal de gens on peur des Creative Commons qui auraient un impact sur les ventes comme le "piratage" aurait un impact sur les ventes genre 1 film piraté = 1 vente perdue (qui n'a jamais été démontré).

        Je ne serais pas content de voir sur une boutique e-book, la vente de Printeurs à un prix plus bas que ma propre offre, ou une version low-cost du livre en librairie ou sur le stand d'à côté lors d'un salon.

        Ca sur un site libriste c'est un gros lancé de troll, le libre étant justement d'accepter ça :), surtout pour les produits dérivés alors que ceux-la ne sont pas dans votre investissement initial alors que vous vous en gardez la possibilité en refusant la concurrence sur une investissement non fait.
        (je ne dis pas qu'il faut faire absolument du libre sinon horrible, loin de là et on voit bien une réflexion sur le sujet quand à la rentabilité, juste que la formulation peut faire penser que c'est "bien" de ne pas être content de ça, une autre formulation pourrait être "je ne suis pas encore prêt à laisser autant de libertés aux autres" pour montrer qu'on a conscience que c'est un travail sur soit à faire que d'accepter le libre et qu'entre temps faire du Creative Commons est une première étape dans la direction ;-) )

        Il pourrait être intéressant de tenter une formule mixte genre si 50% des coûts en prévente OK on se lance (ce que vous faites si j'ai bien compris), et s'engager à si 200% (amortir le coût, se payer, prime de risque pour les projets qui foirent) des coûts en ventes totales on passe la chose en CC-BY, pour avoir un compromis entre le libre pas rentable et le non libre jalousement gardé, compromis qui irait un peu plus loin vers le libre que le CC-NC (ce qui est déjà pas mal, je ne dis pas le contraire, juste jamais libre ;-) ), ce serait alors les acheteurs qui seraient responsables de la disponibilité ou pas en libre de l’œuvre.

        PS : bravo à Ploum d'avoir bien anticipé et bien précisé qu'il était bien conscient que le résultat est non libre :). C'est non libre donc pas dans le sujet LinuxFr mais comme ça vient de LinuxFr ben il y a un lien quand même :-D.

        • [^] # Re: Cool

          Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 9 (+7/-0).

          "bravo à Ploum d'avoir bien anticipé"

          Ça fait 20 ans que je trolle sur ce site, je commence à connaître ;-)

        • [^] # Re: Cool

          Posté par  . Évalué à 10 (+17/-0).

          Je ne sais pas si l'échantillonnage sera suffisant pour pouvoir faire un retour vraiment pertinent sur l'expérience. Chaque roman doit son succès à plein de facteurs (qui n'est pas uniquement lié à sa qualité d'écriture ni à sa licences). Mais c'est avec grand plaisir que je ferai un retour d'expérience, c'est aussi le but pour moi.

          Désolé je ne voulais pas lancer un troll.
          Oui, je comprends bien que choisir une licence complètement libre, c'est accepter qu'on puisse en faire n'importe quoi (à part se faire déposséder de la paternité). Mais mon point, c'est pas uniquement sur moi-même mais aussi d'autres partenaires. Je parle plutôt de rééditions ou d'éditions traduites par exemple.

          Ce que je veux dire, c'est que la vie éditoriale d'un livre, ce n'est pas uniquement un investissement de départ. Je ne suis pas opposé à rendre une oeuvre complètement libre à partir du moment où j'ai pu me rembourser et que tous les intervenants ont pu gagner ce qu'ils avaient à gagner. Mais à ce moment-là, quelle licences choisir pour permettre à d'autres d'investir pour développer le truc et pouvoir tout comme moi rentrer dans mes frais et se payer son travail (par exemple lors pour une traduction) ?
          CC BY ?
          C'est sans doute la mieux car une personne peut se prémunir le temps de garantir le retour sur investissement mais ça permet aussi aux gens de sortir des versions que moi et l'auteur ne pourrons pas nous réapproprier librement.
          CC BY-SA ?
          Dans un tel cas, impossible aux gens de "prendre en otage l'oeuvre le temps de garantir le retour sur investissement comme moi je peux le faire pour la première édition (finalement conditionner une licences CC d'après des préventes, c'est plus ou moins l'idée derrière notre Ulule).

          Et ensuite, il reste la question de l'incentive pour promouvoir un roman. Du point de vue de ma société, si je libère sans conditions le commercial, je n'ai aucun intérêt économique à présenter le livre aux éditions de Poche ou à un éditeur étranger pour une traduction, etc. Car chercher un partenaire ou simplement quelqu'un qui veut juste profiter de l'aubaine, c'est du temps, de l'énergie et surtout c'est aller dans des salons spécialisés.
          Alors oui, les licences complètement libres rendent obsolète la nécessité de trouver un partenaire : il n'y a qu'à se servir. Mais malheureusement, à ma connaissance, il n'y a pas d'éditeur de seconde main (traducteur ou poche) qui cherche des pépites dans les livres libres. Il y a tellement de livres à disposition qu'ils vont chercher dans les succès de librairie que leur présente des éditeurs de première main motivés.

          Je n'ai pas de réponse à tout ça. J'ai surtout l'impression que c'est surtout le fonctionnement de l'édition qui n'a pas l'habitude de tout ça.

          Je pense aussi que ça dépend du genre de livre :
          - Un livre qui réussit mal ou moyennement et qui "meure" au niveau éditorial après une année, la question de la licence ne se pose pas. Autant qu'il soit CC BY-SA
          - Un livre à la Harry Potter, un succès tel que l'on vient te chercher pour faire des produits dérivés et des traductions, une licences CC BY, c'est sans doute ce qui permet une appropriation maximale.

          Mais que faire d'un succès plutôt pas mal, qui avec un peu d'effort peut avoir une vie éditoriale de 5-10 ans mais que personne ne vient chercher parce que tout le monde connait ? Si l'éditeur n'a plus grand chose à gagner de se démener pour continuer à faire vivre le projet par d'autres ?

          C'est des questions que je me pose encore. Mon avis peut encore changer et comme tu le dis, j'ai sans doute encore du travail à faire sur moi. On verra, j'attends d'avoir fait cette première étape et expérience pour avoir une expérience concrète en temps qu'éditeur sur le CC (j'ai déjà des petites expériences d'auteur).

          Après je n'exclue pas de faire évoluer la licences si les préventes sont de ouf. Mais une rentabilité à 200% sur un Ulule comme le notre, ça signifie sans doute près d'un millier de préventes si l'on considère des droits d'auteur acceptables pour Ploum et un coussin suffisant pour la maison d'édition (et éditer un ou deux autres projets à perte).
          Et ça pose la question de "est-ce morale de systématiquement conditionner le CC-BY à une forme de prise d'otage ?". Que doit-on faire des oeuvres méritantes qui ne parviennent pas à atteindre une souscription minimale (parce que l'auteur est méconnu) ?
          Plein de questions dont les réponses en posent d'autres

          • [^] # Re: Cool

            Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 5 (+5/-2). Dernière modification le 07/09/20 à 17:17.

            C'est une longue réflexion et elle est personnelle, ce sera ton chemin personnel vers le libre, donc juste quelques petites notes :

            C'est sans doute la mieux car une personne peut se prémunir le temps de garantir le retour sur investissement mais ça permet aussi aux gens de sortir des versions que moi et l'auteur ne pourrons pas nous réapproprier librement.

            D'une l'auteur dans ce cas a déjà accepté l'idée (il a diffusé sur son site en CC-BY), de deux c'est encore plus un travail sur soit, je n'étais pas allé jusqu'à la surtout connaissant la sensibilité ici sur le "-SA" (que certains défendent bec et ongle comme "l'idée derrière le libre" quand d'autres jugent que c'est priver le autres de libertés qui ne nous font pas de mal, on aurait pas le droit de s'approprier librement les versions non libre, et alors? On peut juste les ignorer et les considérer non existantes). C'est à toi de méditer dessus, discuter avec Ploum du pourquoi il a pris sa licence, et ce autour de plein de bières plein de fois, tellement le sujet est personnel et un long processus.

            Il faut juste être clair sur une chose : BY ou BY-SA sont exactement pareil au niveau libre, les 2 sont libres.
            L'oeuvre de Ploum ou Pepper & Carrot sont en BY, Wiipedia est en BY-SA, et les 3 sont libres de la mème manière.

            Du point de vue de ma société, si je libère sans conditions le commercial, je n'ai aucun intérêt économique à présenter le livre aux éditions de Poche ou à un éditeur étranger pour une traduction, etc.

            Oui et non, il te reste le nom, la réputation (être la source), par exemple.

            Que doit-on faire des oeuvres méritantes qui ne parviennent pas à atteindre une souscription minimale (parce que l'auteur est méconnu) ?

            C'est un curseur à mettre avec une étude "marketing", la c'est ton expertise du milieu qui est un plus.
            j'ai mis 50% et 200% mais si d'autres nombres sont plus en phase avec le risque à prendre…

            Et ça pose la question de "est-ce morale de systématiquement conditionner le CC-BY à une forme de prise d'otage ?".

            Tu trouveras toujours des gens pour dire que ta morale est pourrie, à toi de te faire ta propre opinion, c'est une piste que je t'indique, et c'est personnellement une piste que je prend parfois dans mes projets (logiciels, je suis pas doué en autre chose), perso c'est un des compromis que j'ai trouvé pour la viabilité financière de mes projets d'un côté, et ne pas garder pour moi ce que j'ai déjà fait de l'autre, en rendant libre quand je me suis payé + prime de risque. Personnellement j'estime responsabiliser les autres sur la licence, ils ne sont pas passifs mais acteurs (et j'en voit me faire de la pub dans le but de rendre une oeuvre libre)

            Pour donner une autre idée, en gros ma réflexion actuelle sur la viabilité du libre (car contrairement aux préjugés de gens "qui ne font pas de code", le code a aussi des problèmes de viabilité financière) est d'avoir 5 "niveaux" vers le libre :
            1/ pas libre tant que pas un business suffisant pour démarrer la pompe
            2/ livrable sur le site (celui le plus vu, qui a la réputation, et les gens ont la flemme de chercher ailleurs) payant et non libre, source (et le source dans ton domaine est encore une autre histoire, plus tard ;-) ) libre fournis que aux acheteurs (et sur ce point vu encore personne le diffuser, l'accord tacite est dans la tête des gens libristes qu'ils "forkeront" si je ne fait plus le taf correctement)
            3/ livrable sur le site payant et non libre, source disponible pour tous en libre (et pas foule ne "forke" pour la même raison)
            4/ livrable sur le site payant et libre
            5/ livrable sur le site gratuit et libre (j'ai fait assez de business avec, maintenant je ne garde plus rien pour moi et me motive avec le nouveau)

            A noter qu'à partir de 2/ c'est libre ;-), le libre ne veut pas dire que le source doit être fourni en libre à tous, seulement à ceux qui reçoivent.

            • [^] # Re: Cool

              Posté par  . Évalué à 9 (+9/-0).

              Pour ma part, au risque de vous décevoir, je ne cherche pas spécialement une sorte de chemin vers l'illumination par le libre. Je souhaite expérimenter avec pragmatisme.

              On peut longuement parler des "si" et de "voilà comment faire", mais je pense que je vais expérimenter un petit peu de mon côté et je ferai un retour si ça vous intéresse.

              Je ne dis pas que votre expérience dans le logiciel libre ne peut pas m'être utile mais je considère que l'édition et la création culturel sont des choses très différentes du développement de code. Les budgets sont très différents et la nature des créations sont différentes. Les entreprises ont rarement des budgets de "R&D" qui profitent à la littérature ou à l'art. Il y a des trucs des business plans en informatique qui ne peuvent pas marcher dans la création culturelle (et inversement).

          • [^] # Re: Cool

            Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 5 (+3/-0). Dernière modification le 07/09/20 à 17:28.

            Mais malheureusement, à ma connaissance, il n'y a pas d'éditeur de seconde main (traducteur ou poche) qui cherche des pépites dans les livres libres

            hmmm — au hasard — tous les livres qui se sont élevés dans le domaine public ? ;-)

            Pour approfondir, tu peux regarder du côté de Veni, Vidi, Libri https://vvlibri.org/fr/vvl/project

            Tu as quelques exemples de livres libres ici-même : https://linuxfr.org/tags/livre/public

            • [^] # Re: Cool

              Posté par  . Évalué à 9 (+9/-0).

              Les quelques ouvrages du domaine public qui sont encore éditées sont généralement des ouvrages bankable qui ont bénéficié d'une très longue vie éditoriale.

              Il n'y a pas de recherche de pépites mais simplement une récupération de best-sellers de leur époque.

              Par contre, je ne dis pas que ça ne peut pas exister ou que ça ne se fait pas déjà mais je dis juste que c'est encore très marginal.

              Et j'ai bien conscience que mon choix d'éditer des livres en Creative Commons, même si vous le jugez tiède, c'est quelque chose de très peu courant.Et je me suis renseigné sur ce qui se faisait ailleurs avant de me lancer.

              On peut toujours voir le verre à moitié vide, mais on peut aussi le voir à moitié plein.

  • # version papier ?

    Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 5 (+3/-0).

    Est-ce que la version papier existe ? Et où peut-on la trouver ?

    • [^] # Re: version papier ?

      Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 5 (+3/-0).

      Elle sera disponible en novembre. Le Ulule permet de précommander la version papier.

      • [^] # Re: version papier ?

        Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 10 (+8/-0).

        Hello,

        Il y a qqch que je ne m'explique pas.

        J'étais parti pour le pré-commander en version papier, mais quand j'ai vu les 6€ de frais de port en France je me suis abstenu. Surtout en voyant que la France était le pays avec le montant de frais de port le plus élevé de la liste des pays proposés. Les autres pays européens sont à 2€ et le reste du monde à 3€.

        Bref, j'attendrai qu'il soit disponible en librairie et cela aidera ma libraire préférée !

        Sinon, très sympathique retour d'expérience. Merci d'avoir persévéré contrairement à moi. J'avoue que je prendrai plaisir à redécouvrir le début et découvrir la fin.

        • [^] # Re: version papier ?

          Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 9 (+7/-0).

          La France est en effet problématique pour les frais de port. Le mieux est de contacter Ludom, l'éditeur, pour avoir des explications.

          À savoir : pour le moment, aucun distributeur en France n'a accepté de distribué les livres de la collection PVH. Il est donc possible que le livre ne soit pas disponible en librairie (ou pas immédiatement).

          L'éditeur travaille à ce problème et c'est l'un des objectifs de cette campagne : prouver aux distributeurs qu'il y'a un véritable intérêt pour les livres des éditions PVH.

          Après, mon rêve est effectivement que mon livre puisse se trouver dans les rayons des bons libraires :-)

        • [^] # Re: version papier ?

          Posté par  . Évalué à 10 (+10/-0).

          Bonjour,

          Tout ceci peut sembler bizarre mais ça s'explique par la politique culturelle de la France. Les envois de livre hors de France bénéficient d'un tarif spécial : https://www.laposte.fr/tarifs-livres-brochures

          Il y a un côté un peu absurde à ces tarifs postaux qui font qu'il est plus cher d'envoyer de la France à la France que d'envoyer de la France à la Patagonie. Désolé.

          Sinon, pour le moment, nous ne bénéficions qu'une diffusion/distribution en librairie en Suisse. Nous sommes en discussion avec un diffuseur belge, qui pourrait nous faire bénéficier d'une distribution aussi en France. Mais ceci est encore incertain.
          C'est toujours le problème de l'oeuf et de la poule. Nous sollicitons le partenariat de Diffuseurs mais ceux-ci se montrent frileux car ils ont peur de proposer des livres qui ne se vendront pas. Et inversement, les librairies et lecteurs se montrent frileux sur des livres qui ne sont pas diffusés. Cette campagne de crowdfunding a aussi pour objectif d'avoir un argument de poids pour aller discuter avec des diffuseurs.

          Ainsi votre librairie ne pourra peut-être pas commander le livre de manière habituelle. Mais nous avons pensé à eux et nous avons des offres spéciales pour les professionnels du livre dans le cadre de la campagne Ulule. Il s'agit d'achat de 6 exemplaires de Printeurs à 50% du prix et nous offrons les frais de port. Une offre comparable est valable pour toute la collection Ludomire. N'hésitez pas en leur en parler et de les inviter à prendre contact avec moi : lionel(chez)plaisirdhistoirePOINTch

          • [^] # Re: version papier ?

            Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 5 (+3/-0).

            Tout ceci peut sembler bizarre mais ça s'explique par la politique culturelle de la France. Les envois de livre hors de France bénéficient d'un tarif spécial : https://www.laposte.fr/tarifs-livres-brochures
            Il y a un côté un peu absurde à ces tarifs postaux qui font qu'il est plus cher d'envoyer de la France à la France que d'envoyer de la France à la Patagonie.

            Il n'y a pas que la France. Beaucoup de pays ont un tel tarif. C'est d'ailleurs souvent le cadre d'un échange : la distribution locale n'étant pas comptée pour les « livres et brochures ». Je ne saurai pas lister les autres pays, ni dire si c'est valable pour n'importe quelle destination (en France oui), mais la poste américaine le pratiquait aussi. À prendre avec des pincettes, tout ça ce sont des souvenirs.

            "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

            • [^] # Re: version papier ?

              Posté par  . Évalué à 6 (+6/-0).

              Oui il est possible que d'autres pays le pratique. Mais ce n'est à ma connaissance pas le cas de la Suisse et de la Belgique donc nous ne pouvons pas faire profiter les Français d'un tarif avantageux.

          • [^] # Re: version papier ?

            Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 4 (+1/-0).

            Bonjour,

            Merci pour ces explications.

            De ce que je comprends, bien que suisse, vous imprimez et faîtes livrer vos livres depuis la France, d'où les tarifs prohibitifs pour la France. Ai-je bon ?

            • [^] # Re: version papier ?

              Posté par  . Évalué à 2 (+2/-0).

              Oui vous avez bon !

              On imprime les livres en UE, on se fait livrer le stock à trois endroits : en Suisse, en France (nous avons un associé proche de la frontière, c'est là qu'est basé notre boutique en ligne) et sans doute un peu en Belgique pour Ploum.

              Oui et ce serait encore plus prohibitif de les envoyer depuis la Suisse pour la France. Le moins cher, c'est de faire tous les envois depuis la France avec notre stock en France.

  • # J'ai acquis de nouvelles références.

    Posté par  . Évalué à 3 (+2/-0).

    Mise à jour réussie. :)

  • # Le module ebook du wordpress semble KO

    Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 5 (+3/-0).

    Hello,

    Pour information, le module Wordpress qui permet de télécharger les ebooks (pdf, epub et kindle) des posts semble KO.

    Par exemple, pour "Printeurs 1", le lien ebook retourne le texte:

    une erreur critique est survenue sur votre site.

    En apprendre plus sur le débogage de WordPress.

    Bravo à toi et PVH pour ce projet de matérialisation de ton œuvre !

  • # Bravo

    Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 2 (+1/-0).

    Bravo, je vais y jeter un oeil ! #bepofanboy #typematrix

  • # Clin d'œil

    Posté par  . Évalué à 1 (+0/-0).

    Si j'ai bien compris c'est une sorte de « mitose » littéraire?

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